Lecture / Ecriture
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Entre les murs de François Begaudeau

François Begaudeau
  Entre les murs
  Le moindre mal
  B comme: Mâle occidental contemporain
  Antimanuel de littérature
  Molécules
  Au début
  Fin de l'histoire
  La blessure la vraie

François Bégaudeau est un écrivain, critique littéraire et scénariste français, né en 1971.

Entre les murs - François Begaudeau

Vie quotidienne d’un professeur ordinaire
Note :

   En commençant ce livre, j'avoue que je me suis dit : "Encore un bouquin sur les collèges et la banlieue!" mais, vite rattrapé par la façon dont l'auteur nous présente la chose - un récit romancé de la vie d'un professeur de français au jour le jour - j'ai lu l'ouvrage quasiment d'une traite. Outre les dialogues bien sentis de ces adolescents "plein de vie", le narrateur réussit à introduire un aspect répétitif relatif en commençant ces chapitres par son arrivée dans le bar face au collège où chaque fois, selon la saison et "s'il a bien dormi ou pas", il croise une quadragénaire, quinquagénaire etc... Pour finir sur un trentenaire au printemps.
   
   Les discussions avec les élèves sont d'un réalisme souvent comique, parfois poignant, d'autant plus percutantes que j'ai entendu dire qu'il avait puisé dans la vie réelle. Les professeurs, pour une fois, ne sont pas trop caricaturaux bien qu'ils répètent souvent les mêmes gestes et les mêmes phrases.
   
   Reste le narrateur qui ne se présente pas comme un pédagogue hors pair mais comme un homme ordinaire qui essaie de faire son métier tant bien que mal et gère des situations au jour le jour. Aucune morale, aucune arrogance, aucune prétention -souvent l'écueil de ce genre d'ouvrage - dans ce récit et c'est reposant. Le professeur commet des erreurs, se heurte à l'incompréhension des élèves, est sans cesse en train de leur expliquer tel ou tel mot, apparemment évident, déjoue les provocations et selon son humeur aussi, entend ou n'entend pas les insultes. Surtout, il essaie de montrer que les efforts, si minimes soient-ils, paient et valent la peine. En retour, le lecteur peu au fait du langage "djeun's de banlieue", apprend quelques mots aussi, ainsi j'ai appris ce que voulait dire "tiper" mais surtout je m'y suis souvent reconnu, dans le bien comme dans le moins bien ...
   
   Bien des professeurs s'y retrouveront mais il est presque d'utilité publique de faire lire cet ouvrage aux non enseignants car il est très proche de la réalité, de la vie quoi.
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critique par Mouton Noir




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Vie scolaire
Note :

   Enseignant dans un collège du 19e arrondissement de Paris, le narrateur relate une année scolaire «entre les murs» de cet établissement, le titre n’évoquant pas une prison, mais un lieu où l’on vient un peu à contre-cœur et qui a ses propres codes. Excellente idée de lecture de rentrée, satisfaisant également à ma quête de littérature française contemporaine.
   
   J’avais -je dois le dire- certains a priori car la littérature portant sur le monde enseignant et la vie dans la classe comporte toujours un certain nombre de lieux communs, que ce livre revisite d’ailleurs: comme «que serait un établissement scolaire sans machine à café» ou «pourquoi s’acharner sur la pauvre photocopieuse» ou encore «quelle mascarade que les conseils de classe et autres conseils d’administration; sans parler des cours».
   Ces passages attendus ne sont pas absents du livre et c’est ce que j’ai le moins aimé, à l’image de cet échange professoral à l’aube de la prérentrée :
    _ J’avais le vague espoir que tout ait brûlé.
   _ Il est pas trop tard pour poser une bombe, tu me diras.

   
   Mais le regard du narrateur se révèle vite original; c’est celui d’un prof, mais un prof qui observe avec curiosité les deux «côtés» (profs, administration – élèves) et qui y note des comportements parallèles: même tendance à s’envoler dès que la sonnerie/l’autorisation du principal permet de quitter la salle de cours/de réunion, à prendre la parole sans la demander, mêmes vêtements à message (pour les élèves des slogans comme «Inaccessible» ou «Life style», pour Léopold le prof gothique des anges aux ailes déployées)…
   
   Le style se veut transparent, retranscription documentaire de ce qui se dit ou se passe. Le livre se compose essentiellement de dialogues, comme pris sur le vif, syllabes mangées comprises, négations et subordination absentes ( «par’emple», «je suis pas sûre c’est bon» ). On est entre les murs d’un petit théâtre dont le narrateur est un acteur et un metteur en scène parfois pris en défaut.
   
   Il ne s’agit pas ici d’étudier les personnages, mais de les écouter parler et de les peindre d’un trait: Hinda ressemble à il ne sait plus qui, Sandra est en permanence branchée sur plusieurs centrales électriques, les cernes de Gilles le prof de maths s’allongent au fil de l’année, Bastien grignote des biscuits aux récréations.
   De ci de là une formule: «J’avais mal dormi, ils dormaient.»
   
   Ce que le livre restitue bien, c’est l’aspect répétitif de la vie scolaire: surveiller du coin de l’œil l’élève retenu à la fin du cours, suivre à chaque rentrée de vacances le même chemin, pour retrouver le même élève à la traîne qui demande à changer de classe, affronter sans fin le même petit caïd qui suit d’un pas traînant le prof au bureau du principal… et mal dormir…
   
   Les scènes de classe montrent un professeur nuancé, qui manie l’ironie et l’humour mais parfois s’agace et choisit injustement une cible; petits arrangements pour éviter aux élèves Chinois qui parlent mal français d’être obligés de lire leurs exposés maladroits devant toute la classe, pour détourner l’attention d’élèves venues lui reprocher ses moqueries. Tricheries immédiatement remarquées par les élèves, public extrêmement exigeant. L’année scolaire est une succession de minuscules affrontements, de grands éclats et de trêves (je vous laisse découvrir le feuilleton des pétasses).
   
   Le ton oscille entre humour et gravité, lorsque la politique s’introduit entre les murs et que la mère d’un élève chinois est menacée d’expulsion.
   
   Une bonne surprise, donc, qui laisse la même impression qu’une année scolaire: douce-amère, pleine de nouvelles têtes qu’on n’a pas forcément le temps (ni l’envie) de bien connaître.
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critique par Rose




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Litteraire & cinéphile
Note :

   Quoi de plus intéressant pour moi, intéressé par les livres et le cinéma, qu'un film basé sur un roman? Et qui reçoit la palme d'or au festival de Cannes? D'autant plus lorsqu'on connaît l'oeuvre originale ("Entre les murs" de François Bégaudeau) et qu'on a une affection pour le réalisateur (Laurent Cantet qui a signé le remarquable "Ressources humaines", qui a permis de découvrir Jalil Lespert)? Pas grand chose me direz-vous? Et je suis bien d'accord.
   
   "Entre les murs" est une fiction avec une base autobiographique. Pour être plus clair, François Bégaudeau a été professeur pendant presque dix ans en collège, et il raconte la vie d'une classe de ZEP tout au long de l'année scolaire. Bien sûr, il utilise certainement des anecdotes ou des situations vécues mais tout ceci est une fiction. Nous ne sommes pas ici en présence d'un travail documentaire ou d'une étude sociologique (pas plus que le film d'ailleurs).
   
   "Entre les murs", car l'auteur prend le parti de ne décrire que ce qui se passe dans le collège: pas de présentation des vies personnelles en dehors de ce qui se dit en salle des professeurs, les vacances ne sont considérées qu'en tant que cible à atteindre, etc. L'action se déroule donc entre salle de classe et salle des professeurs: on est dans un monde clos, parfois un peu enfermé, mais où transparaissent toutes les composantes de la société actuelle: les problèmes familiaux, sociaux, les difficultés liées au racisme,... Ce lieu, même s'il est fermé, est le réceptacle de toutes les tensions sociales.
   
   Le narrateur est ici le professeur, qui parle alternativement de sa classe ou de ses collègues. Il est parfois distant, parfois cynique, et n'hésite pas à charrier les élèves. Pourtant, je ne peux pas dire que j'ai senti de l'antipathie de la part de ce prof vis à vis de ses élèves: j'ai trouvé qu'il avait avec eux un rapport d'adulte, qu'il n'essayait pas d'être misérabiliste. Cette forme de relation, parfois grinçante, est plutôt une façon pour le prof de se protéger face aux élèves et, pour certains d'entre eux, leur détresse sociale. En revanche, le fait de toujours identifier les élèves par leurs vêtements a un côté répétitif qui devient lassant.
   
   Mais ce que j'ai trouvé encore plus intéressant dans ce livre, c'est la vie dans la salle des professeurs. On se rend compte que ce métier est dur, usant. Même en le prenant un peu légèrement comme ici, c'est fatigant de tenir la distance face à des classes de 25, de trouver la bonne réplique au bon moment à chaque instant. On y voit également la difficulté de travailler ensemble et surtout, j'y ai senti que Bégaudeau détruit un mythe qui a actuellement la vie dure: non, on ne devient pas enseignant par vocation. Pas plus qu'on ne devient inspecteur des impôts ou éboueur pour cette raison! La majorité des profs qui sont là le sont pour avoir de quoi remplir la gamelle, et seraient bien ailleurs s'ils le pouvaient.
   
   Je sais que ce livre est loin de faire l'unanimité, dans le corps enseignant notamment (je n'en fais pas partie mais le connaîs relativement bien), mais je trouve qu'il a le mérite d'ouvrir des débats intéressants. Il ne faut pas tant y voir une agression contre le métier d'enseignant, ou contre les enseignants, qu'une tentative de description de ce métier si particulier. Description parfois outrée, bien entendu, comme tout ouvrage de fiction. Car ce livre est avant tout une fiction, et je l'ai pris comme cela. Bien sûr, il a quelques défauts, mais ils ne sont pas rédhibitoires. Et, même si c'est une fiction, j'ai refermé ce livre avec le sentiment d'avoir appréhendé une réalité qui m'avait jusque là échappée. Ce qui est un très bon point pour un roman.

critique par Yohan




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