Lecture / Ecriture
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Le général sudiste de Big-Sur de Richard Brautigan

Richard Brautigan
  Le monstre des Hawkline
  Mémoires sauvées du vent
  Un privé à Babylone
  La vengeance de la pelouse
  Le général sudiste de Big-Sur
  La pêche à la truite en Amérique - Sucre de pastèque
  L’Avortement

Richard Brautigan (1935 - 1984) est un écrivain et poète américain.

Le général sudiste de Big-Sur - Richard Brautigan

Un peu cinglé
Note :

   L'édition que j'ai lue ne comportait que « Le général sudiste de Big-Sur ».
   Big-Sur, vous connaissez ? Au sud de San Francisco, un bord de Pacifique sauvage, plutôt paumé, où le Pacifique n'a rien de pacifique et où-tiens comme c'est curieux- Romain Gary attaque « La promesse de l'aube ». Donc Big-Sur, trou-du-cul du monde branché, en Californie, plutôt sauvage. C'est là que Jesse et Lee Mellon, dans une atmosphère perpétuellement genre cigarette-qui-fait-rigoler, se retrouvent pour y vivre. A l'écart du monde. Forcément (Big Sur oblige). Et ce qui suit n'a pas forcément de lien étroit avec la réalité. Ou alors la réalité vue par le filtre déformant de la cigarette dont je parlais un peu plus haut.
   Il faut accepter de se laisser porter par les mots de Brautigan, ses phrases et ses tête-à-queue parfois grotesques. « Le général de Big-Sur » n'est pas « Mémoires sauvés du vent » mais on y trouve les prémices. Il y a des indices d'un écrivain hors du commun. Un petit échantillon :
   « Lee Mellon était également très impressionné. Elle avait acheté pour cinquante dollars de provisions, et deux alligators. Avec sa langue, Lee Mellon compta machinalement les dents dans sa bouche. Six. Six, réparties dans les différents sacs de provisions sur la banquette arrière. Il fut très content de son calcul, et un sourire comme les ruines du Parthénon vint illuminer son visage.
   « Fameuse journée ! » dit Lee Mellon. C'était la première fois que je l'entendais utiliser cette expression. Je l'avais entendu dire toutes sortes de choses sauf fameuse journée. C'était probablement pour m'embêter qu'il disait cela. Et si c'était pour cela, c'était réussi.
   « Je ne suis jamais allée à Big-Sur », dit Elaine, regardant par la portière le paysage qui défilait. « Mes parents se sont installés à Carmel quand je suis partie pour l'Est à l'Université. »
   « Une étudiante ? » s'est écrié Lee Mellon, en se tournant brusquement vers elle, comme si elle venait d'annoncer que toutes les provisions sur la banquette arrière n'étaient que des modèles en cire habilement imitées.
   « Oh, mais non ! » s'exclama-t-elle triomphalement. « J'ai été collée à tous mes examens, et le jour où je suis partie, ils ont fait sauter l'Université, tellement j'étais conne. Ils se sont dit que ça ne pourrait plus jamais servir à rien. »
   « Parfait », dit Lee Mellon, en reprenant le contrôle visuel de la voiture.
   Il y avait un grand oiseau dans le ciel. Il partit survoler l'Océan, et resta là.
   « Splendide », dit Elaine.
   « Fameuse journée ! » répéta Lee Mellon, à ma grande consternation. »
   
   
   A la fin, il n'y a pas de fin ! Où plutôt on a le choix entre plusieurs fins, beaucoup de fins :
   « Les fins sont de plus en plus nombreuses : la sixième, la 53ème, la 131ème, la 9435ème, elles filent de plus en plus vite, elles s'accumulent, on arrive à 186 000 fins par seconde. »
   Je vous l'avais dit. Il faut accepter de se laisser porter par les mots de Brautigan !
   
   
   
   

critique par Tistou




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