Lecture / Ecriture
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Un mensonge sur mon père de John Burnside

John Burnside
  Une vie nulle part
  Les empreintes du diable
  La Maison muette
  Scintillation
  Un mensonge sur mon père
  L'été des noyés

John Burnside est un écrivain écossais né en 1955 à Dunfermline.

Un mensonge sur mon père - John Burnside

Père/fils
Note :

   John Burnside est un poète-écrivain écossais qui se livre ici à l'exercice de l'autobiographie. C'est lorsqu'il prend un auto-stoppeur et que celui-ci lui pose des questions que Burnside bloque et qu'il lui ment, comme l'a toujours fait son père. Ensuite, il déroule ce qu'il connait de l'enfance de son père: enfant trouvé, confié à plusieurs familles consécutivement, vaguement joueur de foot (?), puis militaire dans la RAF. Mais surtout alcoolique invétéré et ne voulant pas se soigner, préférant faire vivre l'enfer à sa femme et ses deux enfants, dont le petit John.
   
   John Burnside a vécu dans les quartiers les plus pauvres des villes de Grande Bretagne les plus pauvres, son père travaillant comme aide-maçon ou encore ouvrier dans les mines. Il a été "le destinataire de la haine de soi paternelle sous la forme d'une violence furieuse et, pire, d'une humiliation mesquine et cruelle. Il a appris à mentir à son père, puis plus tard sur son père." (4ème de couverture)
   
   Ce récit est dur, âpre, violent. On ne voit pas comment ce jeune homme pourra s'en sortir et cependant malgré une écriture sombre, noire on sait qu'il le fera puisqu'il écrit ce livre et d'autres avant. Burnside se livre sans complaisance, sans fioriture. On frémit de cette enfance et de cette adolescence ruinées par son père. Et pourtant, malgré tout ce qu'il a enduré, on sent une petite lueur d'espoir. L'auteur, des années après, a envie de pardonner. Pardonner, mais ne pas effacer. Texte très fort s'il en est.
   
   Pour finir mon billet, voici les dernières lignes de la quatrième de couverture, qui peuvent résumer mon sentiment après la lecture de ce livre: "Poussant le langage à ses limites, voici un texte inoubliable sur deux hommes perdus: le père et le fils. Sur la façon de pardonner sans rien oublier."
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critique par Yv




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Mon père avait raison
Note :

   John Burnside va rejoindre dès maintenant mon graal littéraire toujours visible ici même. Souffrant un peu d'autocomplaisance vers la fin "Un mensonge sur mon père" est dans la lignée, très autobiographique à mon avis, de "Une vie nulle part" (Nowhere man).
   
    Burnside n'a pas vécu une jeunesse d'enfant de chœur, cela se respire à chaque page. Dans son Ecosse de minerai et de grisaille le personnage, au cœur des années soixante, est bien loin de la Swinging London. Joliment introduite par le mensonge du narrateur, John, maintenant un homme mûr, à un autostoppeur, cette ballade du temps d'enfance, d'adolescence et de jeunesse à travers l'absence au moins affective de la figure du père, se révèle terriblement clivante quant à notre propre divorce d'avec nos vertes années. Ce père est un enfant trouvé, donc un enfant perdu, à peine un enfant.
   
   Ces relations, plus inexistantes que difficiles entre le père, emmuré dans l'alcool et le boulot, et son fils, qui va très vite basculer dans la drogue, sont parfois à pleurer de désespoir. Ce n'est guère dans l'éveil des sens que le jeune homme trouvera une route semée d'étoiles, ses jeux érotiques plus sado-maso que baignant dans la tendresse. "Un mensonge sur mon père" s'avère parfois éprouvant. Même si une mère dépressive et anémique a protégé comme elle a pu John et sa sœur, même si le rock a pu accompagner l'apprentissage si douloureux (et ça c'est un élément auquel je suis particulièrement sensible, et j'aimerais un jour écrire davantage là-dessus qu'un article de trente lignes), même si une bibliothèque qui brûle peut finalement et curieusement s'avérer rédemptrice, on ne peut s'empêcher vis à vis de John d'un sentiment d'ambivalence quelque peu reptilienne, où la fascination finirait par triompher.
   
   Ce père, John, lui donne une allure de Robert Mitchum et je ne sais la part de réalité de cette idée, comme de celle qui ferait de ce même homme un ancien de la prestigieuse Royal Air Force, devenu ouvrier d'usine. Mais je trouve que c'est une bien belle licence littéraire. Parce que, et je me souviens de ma longue formation cinéphilique toujours en cours, Mitchum, c'est l'inquiétude même, dans tous ses films. Cette silhouette souvent hautaine et dédaigneuse, ce regard fatigué et décadent font de lui un archétype de l’ambiguïté, le Love/Hate de "La nuit du chasseur".
   
    Certains critiques évoquent une autre dualité quant au personnage du père de John: Jekyll/Hyde. Et la menace, présente du début à la fin, on ne sait laquelle d'ailleurs, mais une épée de Damoclès. Quant à la R. A. F on saisit bien le symbole, ce qui se fait de mieux dans l'establishment britannique (attention, pour moi rien de péjoratif), quelque chose qui aurait pu être, qui sait...
   
   Les sentiments du père et du fils l'un pour l'autre, au long d'un psychodrame des années durant, sont magistralement rendus par cet écrivain, aussi poète, qui évoque les terreurs de l'enfance à travers Edgar Allan Poe. Les pulsions ne seront pas meurtrières, enfin pas directement. Mais il s'en faut de peu.

critique par Eeguab




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