Lecture / Ecriture
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Le poète de Gaza de Yishaï Sarid

Yishaï Sarid
  Le poète de Gaza

Le poète de Gaza - Yishaï Sarid

D’une grande noirceur
Note :

   «Ce que tu fais pour moi avec ce voyage t’ouvre les portes du paradis»
   
   Un agent des services secrets israéliens se fait passer pour un conseiller financier en quête de l’écriture d’un roman. Il réussit ainsi à rentrer en contact avec Dafna, une écrivaine juive. Elle l’aide dans la rédaction, la mise en place de l’intrigue et la construction des personnages. Il n’a pas franchement envie de prendre des cours de littérature et essaie de dissuader son patron Haïm de le mettre sur cette affaire, mais c’est peine perdue. Car ce travail n’est pour lui que secondaire, son occupation principale consistant à mener des interrogatoires musclés, qui lui prennent tant de temps qu’il délaisse sa femme Siggie et leur fils de quatre ans.
   
   Dafna a été mise sur écoute et il entend donc ses conversations à son insu comme celle qu’elle a avec un directeur de collection qui l’appelle pour prendre des nouvelles du livre sur lequel elle travaille en temps qu’éditrice. Elle reçoit aussi des appels de son compagnon Hani, qui souffre et serait bien mieux soigné à Tel Aviv. En nouant amitié avec Dafna, l’objectif des services secrets est que cet agent israélien puisse l’inciter à faire venir ce compagnon, en phase terminale de cancer, chez elle. Car ils espèrent qu’il voudra, avant de mourir, revoir son fils. Car ce poète palestinien a un fils qui est un dangereux terroriste. Et cet agent est chargé avant tout de lutter contre les attentats suicide.
   
   Mais alors qu’un de ses interrogatoires tourne mal (l’un des suspects meurt) et qu’une enquête est ouverte, il se rapproche de plus en plus de Dafna et une amitié qui semble sincère se noue entre eux, et aussi avec Hani, qu’il réussit à faire venir auprès d’elle pour vivre ses derniers jours. Réussissant à gagner la confiance et l’amitié de ce couple, il se rapproche peu à peu du but fixé: à savoir organiser une rencontre entre le père et le fils, rencontre au cours de laquelle le fils sera tué et lui disparaitra, sa mission accomplie…
   
   Un roman d’une grande force. Même si l’étau se resserre au fil d’une lecture véritablement oppressante, ce polar est avant tout un formidable portrait de la société israélo-arabe. La complexité des enjeux de cette société est très bien rendue, sans que jamais ne soit posé un regard accusateur ou manichéen sur ces deux communautés qui s’opposent. Tout est dépeint de façon subtile malgré l’extrême violence à la fois physique et morale de la vie de tous les jours où se mélangent de beaux sentiments comme l’amour filial et en même temps une haine toujours sous-jacente entre deux clans qui se détestent, et une brutalité mise en scène dans les interrogatoires musclés du narrateur qui font froid dans le dos et sont décrits de façon si réaliste qu’on se croirait devant une scène de cinéma.
   
   L’auteur réussit à traiter ce sujet sensible et actuel, en évitant la facilité d’un regard partisan tout en sachant faire ressortir les haines qui semblent si difficiles à dépasser. Voilà ce qui rend ce roman passionnant, d’autant que le suspens est maintenu jusque dans les dernières pages. Ce récit d’une grande noirceur, où pourtant parfois l’espoir vibre grâce aux liens que réussissent à nouer certains personnages, est aussi un livre sur la trahison et un récit poignant, que j’ai lu d’une traite.
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critique par Éléonore W.




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Dans le parfum des cédrats
Note :

   Le narrateur est un agent des Services Secrets israéliens. Il est chargé d’éviter les attentats-suicides. Une mission particulièrement délicate l’attend : capturer le chef d’une organisation terroriste palestinienne. Pour cela il va approcher Dafna, romancière israélienne, afin d’entrer en contact avec Hani, son ami palestinien, également écrivain, qui est le père du chef terroriste. Hani est coincé à Gaza, atteint d’un cancer en phase terminale.
   
   Peut-on encore lire un Actes sud noir sans cancer en phase terminale? ( il n'y a pas longtemps j'ai souffert avec une jeune femme très malade dans la "Tristesse du samouraï").
   
   Un bon point tout de même, ici, la maladie sert l’intrigue. Le narrateur va tenter de rapatrier le malade dans un hôpital d’Israël. Son état de santé devrait le rendre plus facile à berner.
   
   Le narrateur se fait passer auprès de Dafna pour un écrivain cherchant un agent littéraire, assorti d'un riche bienfaiteur… Notre espion est un lettré!
   
   Dafna semble comprendre de quoi il retourne, accepter implicitement le marché, et en profite pour demander des compensations : le narrateur doit s’occuper de son fils à elle, drogué et endetté, le ramener à la maison.
   
   Hani, lui, ne se doute de rien. Petit à petit, le narrateur s’attache au couple d’écrivains, cultivés, pacifistes, nostalgiques, si différents des gens qu’il a coutume de fréquenter. Mais il doit mener à bien sa mission…
   
   Avant d’en arriver à l’intrigue proprement dite, le narrateur nous fait assister par le menu à des scènes d’interrogatoire violentes auxquelles il participe. Longues et répétitives, elles ont pour but de nous rendre crédible un homme qui pourrait apparaître un rien trop sympathique pour un agent des services secrets. Pour peu qu’on veuille se laisser prendre, et subir patiemment ces interrogatoires du début, le récit est bien conçu, et on le suit volontiers.
   
   Cependant le suspense est minime, les personnages assez convenus (le jeune homme camé désespéré, la romancière fascinante décidément trop belle…) et on ne va rien apprendre de neuf, sauf sur l’utilisation des cédrats dans les fêtes religieuses juives.

critique par Jehanne




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