Lecture / Ecriture
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Charly 9 de Jean Teulé

Jean Teulé
  Le magasin des suicides
  Darling
  Je, François Villon
  Le Montespan
  Mangez-le si vous voulez
  Charly 9
  Fleur de tonnerre
  T comme: Je voudrais me suicider mais j'ai pas le temps

Jean Teulé est un romancier français né en 1953, en Normandie. Il fut d'abord dessinateur de bandes dessinées, avant de travailler à la télévision pendant plusieurs années, puis se consacrer à l'écriture de romans.

Charly 9 - Jean Teulé

Crime et Châtiment d’un roi raté
Note :

   Le problème quand un auteur choisit un style percutant, qu’il va directement au but, qu’il passe par beaucoup de dialogues, c’est que parfois il manque du corps à ses personnages et on passe à côté d’eux sans les considérer. Je n’ai pas été passionné par le texte proposé ici. Les personnages, dits historiques, par définition devraient être épais et Jean Teulé a choisi de les rendre humains, version plutôt basse.
   
   Charles IX est le jeune roi de France de la terrible nuit de la Saint Barthélémy, celui dont le premier chapitre nous montre qu’il a décidé (forcé par la volonté de sa mère Catherine de Médicis) le massacre des protestants. C’est ce démarrage au retentissement historique (partie la plus réussie) qui déclenche la souffrance du jeune roi trop sensible pour la fonction.
   
   Tractations politiques, considérations éthiques, cour du roi bourdonnant au cerveau de ce dernier jusqu’à le rendre fou alternent avec des plages de délire royal et de considérations intimes. Le roi perd la boule jusqu’à en transpirer du sang.
   
   Le style est original parce que mordant. Parfois la morsure est trop profonde. C’est surjoué comme un acteur qui n’aurait pas trouvé le ton juste. C’est aussi limite vulgaire par moment. Sous prétexte de rentrer dans l’intimité d’un pouvoir et d’une folie, on y entend et voit des éléments si poussés à mon goût qu’ils en perdent en justesse et crédibilité. Parfois c’est simplement tout much. Et pourtant il n’y a pas un déficit d’humour et d’originalité chez cet auteur à la verve avérée.
   « Tout beugle en sa cervelle ainsi qu’un troupeau au pré. » P116
N’est-ce pas imagé?
   
   Je salue l’essai original, la tentative créatrice, mais je trouve le résultat raté. Comme une œuvre qui nous interpelle mais qu’on n’aime, au final, pas vraiment.
   ↓

critique par OB1




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Charly le Calamiteux
Note :

    Pochade de potache. Palsambleu, certes, mais rudement troussée et qui bouscule l'Histoire, tous cotillons voltigeant. Les premières pages me sont apparues presque trop appliquées, comme un numéro de music-hall un peu laborieux, Teulé est d'ailleurs un peu un enfant de la télé. Puis j'ai trouvé que la langue était belle, verte certes, mais d'un picaresque qui parvenait à faire bien rire des Guerres de Religion, particulièrement hilarantes, il est vrai. Certains se sont offusqués de ce qu'ils considèrent comme une pantalonnade. Pas si faux mais qu'importe. "Charly 9" m'a au moins aidé à comprendre le rythme d'une époque, très accélérée par rapport à la nôtre. Notamment les derniers Valois, François II, roi à quinze ans mort à seize. Son frère Charles IX, roi à dix ans, mort à vingt-quatre, et n'ayant survécu que deux ans à la Saint Barth (oui, je suis un peu snob, je dis Saint Barth). Mais vraiment quelle belle histoire de famille, aimante et tendre!
   
    Quand on parle fin de race on peut penser que ça s'applique tout à fait bien à cette invraisemblable fratrie sous la houlette de la Mère Catherine de Médicis, le vrai patron de ces Valois hors d'usage. J'ai oublié de vous présenter Alençon, le benjamin, aimablement surnommé Hercule étant donné sa difformité. Les morceaux de "bravoure" sont légion dans les deux dernières années de la vie de Charly. A condition d'avoir de la bravoure une approche un peu particulière. Quand il joue à la paume avec ses deux frères et son cousin Navarre, qui entre parenthèses, pue l'ail à cent lieues, pendant que le royaume est à feu et à sang. Quand il chasse le lapin ou le cerf dans les salles d'apparat du Palais du Louvre, égorgeant au besoin lévriers et valets. Ou ses ratés de faux monnayeur.
   
    Certains ont détesté, invoquant les incroyables libertés avec l'Histoire. Vraiment détesté parfois. Je ne prends pas Teulé pour un très grand écrivain mais j'ai passé un très bon moment à lire ce que je considère pas si éloigné de la vérité historique telle que la concevaient par exemple les Monty Python. Après tout l'Histoire en a vu bien d'autres et les lecteurs sauront faire la part des choses, sans être spécialistes de cette époque si brutale et si expéditive.
   ↓

critique par Eeguab




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Grosse déception
Note :

   Ce roman s'ouvre le 23 août 1572, à la veille de la Saint-Barthélémy, alors que Catherine de Médicis et son fils Henri d'Anjou, futur Henri III, et de nombreux conseillers, persuadent Charles IX, le souverain, âgé de vingt-deux ans, d'autoriser le massacre de tous les chefs protestants, juste après une tentative d'attentat manquée contre Gaspard de Coligny, un noble connu pour son attachement à la Réforme. Le monarque, d'abord réticent, finit par signer l'ordre royal autorisant le massacre, à la condition d'épargner son médecin, Ambroise Paré, sa nourrice huguenote, son beau-frère Henri de Navarre, futur Henri IV, et quelques autres nobles protestants. Mais alors que sa mère, son frère et tous les autres conseillers lui avaient annoncé quelques centaines de morts tout au plus, Charles IX découvre effaré que ce sont plusieurs milliers de protestants qui ont péri, dans la nuit du 23 au 24 août, ou dans les jours qui ont suivi. Aussitôt, il prend des mesures pour arrêter le massacre, mais le mal est fait, et la Saint-Barthélémy se poursuit plusieurs jours durant en Province. Le monarque semble alors plonger lentement mais inexorablement dans la folie, se mettant à chasser le cerf au beau milieu du Louvre ou à tirer à l'arbalète sur les servantes et espionnes de sa mère lorsqu'elles se cachent derrière les tapisseries pour épier ses faits et gestes. Mais sa folie le conduit également à prendre des initiatives désastreuses, pensant racheter sa faute envers le peuple et envers Dieu : le voilà qui forge de la fausse monnaie pour renflouer les caisses de l'Etat, ou offre au peuple affamé des brins de muguet censés leur porter bonheur, mais qui causent une hécatombe chez ceux qui ont essayé de se nourrir de la fleur mortelle. Haï de tous, menacé par les complots de ses proches, Charles IX n'est bientôt plus que l'ombre de lui-même, et une ombre sanglante, qui, atteinte d'hématidrose, se met à suer du sang par tous les pores de sa peau...
   
   Disons-le d'emblée, ce roman est une biographie très romancée du souverain, certes documentée, mais qui ne saurait prétendre à l'exactitude d'un ouvrage historique véritable. Ne serait-ce que par son titre, délicieusement décadent, on voit que Jean Teulé ne s'est pas fixé pour but de raconter le règne réel de ce souverain méconnu, assimilé par la postérité à un Néron sanguinaire. Les approximations, voire les déformations historiques sont légion, notamment en ce qui concerne l'implication de Catherine de Médicis dans le massacre de la Saint-Barthélémy : alors qu'elle a longtemps été considérée comme l'instigatrice de la tuerie, aidée de son fils Henri, il est apparu qu'elle avait en réalité probablement joué davantage un rôle de médiatrice entre les deux religions, tentant d'apaiser les tensions au lieu de les exacerber.
   
    Néanmoins, s'il a le mérite de décaper un peu l'Histoire (sans doute jugée poussiéreuse par un auteur qui ne s'embarrasse pas de subtilités), ce roman se révèle très rapidement décevant : les personnages sont affreusement caricaturaux, entre un Charles IX complètement dépassé par les événements et ne pensant qu'à chasser et à honorer sa femme ou sa maîtresse, une Catherine de Médicis castratrice et volontiers cabaleuse, un Henri d'Anjou grande folle à la limite du travesti de la place Clichy, perpétuellement recouvert de dentelles, de maquillage et de frous-frous, ou encore un Henri de Navarre paillard, grossier et répugnant. Seuls les personnages secondaires sont relativement épargnés par cette déformation, et l'on regrette que Ronsard ou Ambroise Paré soient si peu présents dans l'intrigue. Celle-ci est d'ailleurs bien mince, et l'on se demande si Jean Teulé a lui-même écrit son roman dans un TGV tant l'ouvrage se prête bien à une lecture en 2h à peine. Autant dire que le style est fort peu soigné (et c'est une litote!), mélangeant allègrement les anachronismes et faisant voisiner des tournures argotiques ou familières du XXe siècle (quelle horreur que ce "Ben" qui commence chaque réplique de dialogue, sans doute pour le rendre plus vivant...) avec des expressions directement tirées de Rabelais. Ce mélange, loin d'être harmonieux, est de plus agaçant, artificiel et n'apporte absolument rien au roman : Jean Teulé se veut subversif et iconoclaste, mais faire jurer Charles IX comme un charretier n'est pas dépoussiérer l'Histoire, simplement la massacrer.
   
   Si encore l'humour et les situations saugrenues rattrapaient l'ensemble, mais ce n'est souvent qu'une succession de gags sans grand intérêt. Une grosse déception que cette version de "L'Histoire pour les Nuls" à la sauce démago.

critique par Elizabeth Bennet




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