Lecture / Ecriture
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Hygiène de l'assassin de Amélie Nothomb

Amélie Nothomb
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Amélie Nothomb est le nom de plume de Fabienne-Claire Nothomb, écrivaine belge francophone née en 1966 à Bruxelles. Fille d'ambassadeur, elle a passé son enfance en Asie et aux Etats Unis.
Auteur prolifique, elle a écrit de nombreux romans (traditionnellement un par an).

* Interview dans la rubrique "Rencontres"

Hygiène de l'assassin - Amélie Nothomb

Nous v'là propres!
Note :

   Les deux parties de ce titre sont dévoilées assez tard dans l'histoire, bien que la première reste assez... bizarrement dite jusqu'au bout et après...
   
   C'est l'histoire d'un prix Nobel de littérature du nom de Prétextat TACH - comme quoi, il l'a mérité, son prix - qui, après avoir passé toute sa carrière à refuser le moindre journaliste, décide - après que son médecin lui ait annoncé sa mort imminente - d'en recevoir cinq lors d'interviews en tête à tête.
   Il se jouera méchamment de tous et ira jusqu'à les effrayer, les humilier et les briser complètement...
   Pourtant, la cinquième - ouioui, une femme - lui tiendra tête. C'est là que commence véritablement le roman, qui est en fait une succession de répliques cassantes venant de chaque côté du dialogue.
   
   Extrait :
   « Son secrétaire, Ernest Gravelin, vivait quatre étages plus haut mais évitait autant que possible de le voir ; il lui téléphonait régulièrement et Tach ne manquait jamais de commencer la conversation par : « Désolé, mon cher Ernest, je ne suis pas encore mort. »
   Aux journalistes sélectionnés, Gravelin répétait cependant combien le vieillard avait un bon fond [...] « Bien sûr, il nous terrorise tous, et moi le premier, mais je soutiens que ce masque agressif est une coquetterie : il aime jouer à l'obèse placide et cruel pour cacher une sensibilité à fleur de peau. » Ces propos ne rassurèrent pas les chroniqueurs qui, du reste, ne voulaient pas guérir d'une peur qu'on leur enviait : elle leur conférait une aura de correspondants de guerre. »

   
   J'ai beaucoup aimé le personnage de Prétextat TACH. Une pourriture, il n'y a pas d'autre mot. Mais avec un esprit tellement tordu qu'il en devient génial !!! Un exemple : extrait avec le 3è journaliste :
   « - Alors, la guerre a commencé?
   - Pas encore, monsieur Tach.
   - Elle va commencer, quand même?
   - A vous entendre, on croirait que vous l'espérez.
   - J'ai horreur des promesses non tenues. Une bonde de rigolos nous a promis une guerre, pour le 15 à minuit. Nous sommes le 16 et il ne s'est rien passé. On se fout de la gueule de qui? Des milliards de téléspectateurs sont aux aguets.
   - Êtes vous pour cette guerre, monsieur Tach?
   - Aimer la guerre! Enorme! Comment peut-on aimer la guerre? Quelle question ridicule et inutile! Vous en connaissez, vous, des gens qui aiment la guerre? Pourquoi ne pas me demander si je mange du napalm au petit déjeuner, tant que vous y êtes? [...]
   - Bien. Donc vous n'aimez pas la guerre, mais vous voulez qu'elle ait lieu?
   - Dans l'état actuel des choses, c'est une nécessité. Tous ces petits cons de soldats bandent. Il faut leur donner l'occasion d'éjaculer, sinon ils auront des boutons et reviendront en pleurant chez leur maman. Décevoir les jeunes, c'est moche. »

   
   Voilà un extrait des plus communicatifs, mais pas le meilleur... !
   
   Sinon, j'ai personnellement trouvé quelques longueurs, et j'ajouterais même que l'ambiance bizarre et désagréable du livre est tellement... communicative lorsqu'on lit que j'avoue avoir eu quelques difficultés à reprendre le livre par moments... me disant "brrr..... je vais encore être de mauvais poil..."
   
   Finalement, la fin est aussi tordue que l'auteur - celui du et celui dans le livre - mais une bonne fin néanmoins.
   
   (bien plus tard) -> Une fois le livre fini, cependant, et quelques années après encore, j'en garde néanmoins un excellent souvenir: étant fan des dialogues aux piques cinglantes, c'est une de mes références en la matière!
   ↓

critique par Anna-Panda




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Lecture, écriture, la vie, la mort
Note :

   Amélie Nothomb n’est pas ma littérature de chevet. Il a fallu qu’on me prêtât celui-ci en en vantant les grands mérites pour que je m’y misse, que je m’immisce dans cette histoire, comme dirait un certain, pour le moins abracadabrantesque. Car l’auteure ne manque pas d’imagination, c’est même ce qui fait sa force.
   
   Qui plus est, le roman est assez original dans sa facture puisqu’il s’agit essentiellement d’un dialogue entre un écrivain au seuil de la mort, enlaidi et grossi par la vie, ténébreux, farouchement solitaire et reclus, et les journalistes qui guettent le scoop. Car le bonhomme n’est pas n’importe qui : il est prix Nobel et mondialement célèbre. Ces seuls plaisirs sont la nourriture - il est énorme, glabre et chauve- et les cigares. Il y a quelque chose de Churchill dans ce portrait qui m’apparaît soudainement : prix Nobel, forte corpulence, cynisme de bon aloi et cigares comme antidépresseurs.
   
   Les deux premières parties, assez jubilatoires, où trois journalistes hommes se succèdent et se font littéralement démonter, augurent du reste qui va crescendo, puis redescend légèrement dans le pathos sans trop s’y enfoncer. L’écrivain est une énigme sous couvert d’un homme qui méprise tous les autres, Alceste en puissance qui voue toutes les femmes aux gémonies.
   "Je hais les femmes encore plus que les hommes. […]
   D’abord parce qu’elles sont laides : avez-vous déjà vu plus laid qu’une femme? […]
   Et puis, je hais les femmes comme je hais toutes les victimes."

   
   Enfin, la dernière partie est un dialogue avec une journaliste. La mise en place n’est pas facile mais celle-ci - et c’est quand même un peu attendu- réussit à déceler les failles du bonhomme en lui dévoilant son passé car la bougresse connaît son sujet et, comme il finit lui-même par le reconnaître : elle a lu ses livres.
   
   Car, il s’agit ici surtout de parler de littérature et de sa place dans le monde. Pour Prétextat Tach (le nom de l’écrivain fictif de ce roman), les gens ne le lisent pas ou ils découvriraient ses secrets s’ils savaient seulement lire comme il le faut. De plus, on réapprend que toute littérature a trait à l’enfance, aux rêves avortés avec la puberté qui, selon Prétextat Tach enlaidit toute chose et abolit toute capacité de rêve. Le dernier passage de l’enfance de Prétextat, la journaliste Nina le dit aussi avec un certain recul, procède un peu du kitsch romantique, wagnérien et moyenâgeux. Mais Prétextat, à deux mois de mourir laisse –volontairement, dit-il – un roman inachevé. Il appartiendra à Nina de reconstituer le puzzle. La fin du roman est assez intéressante. Il est vrai que les auteurs en général ont souvent du mal à conclure.
   
   Un roman qui se lit vite et bien avec des personnages peu communs et une histoire bien imaginée quoique parfois un peu attendue. Mais un bon roman de détente avant de reprendre "plus sérieux" et aussi plus long.

critique par Mouton Noir




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