Lecture / Ecriture
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La vie financière des poètes de Jess Walter

Jess Walter
  La vie financière des poètes
  De si jolies ruines

La vie financière des poètes - Jess Walter

Excellent !
Note :

   « Pourtant je m’étais persuadé, jusqu’à hier soir en tout cas, que le nouveau passe-temps de Lisa sur internet, l’établissement de liens sociaux, était un besoin plus sain que cette brève fièvre acheteuse de l’année dernière sur eBay»
   
   Il reste moins d’une semaine à Matt, ancien journaliste économique, la quarantaine, pour payer ses dettes à sa société de crédit s’il ne veut pas risquer de perdre la maison qu’il occupe avec se femme Lisa et leurs deux enfants. Il lui faut donc d’urgence trouver un travail, car le site internet donnant des conseils financiers en vers qu’il a créé a été un fiasco, l’obligeant à hypothéquer sa maison d’où sa condition désastreuse actuelle. Malheureusement les offres d’emploi ne sont pas foison. Il se retrouve donc dans une situation pour le moins désespérée, qu’il n’ose avouer à sa femme, qu’il soupçonne, de plus, d’avoir repris contact via internet avec un ex petit ami fraichement divorcé…
   
   Sans oublier son père qui passe ses journées la zapette à la main à regarder les filles sexy à la télévision pendant que Lisa va chez le psy pour soigner sa crise d’achats compulsifs de l’année précédente ou plus précisément l’épisode dépressif qui a déclenché cette crise d’achat… Qu’elle remplace maintenant par un autre comportement cybernautique tout aussi inquiétant: créer du lien social sur tous les sites possibles et imaginables style copains d’avant. Elle passe ainsi ses journées à surfer sur le PC familial et il voit sur ses historiques de navigation avec désarroi qu’elle est toujours en contact avec ce dénommé Chuck, tout cela pendant que lui cherche désespérément un emploi. Elle n’est pas à proprement parler emballée par le sien, ce cabinet d’optométriste où elle «croupit au poste d’accueil trente heures par semaine» et où on lui a interdit d’utiliser l’ordinateur à des fins personnelles. Alors il lui faut bien au moins deux heures chaque soir pour alimenter sa page Facebook et répondre aux questions indiscrètes d’anciens camarades de lycée, ou visionner sur Google les images des gens qu’elle a connus lorsqu’elle était adolescente…
   
   Franchement dépité par sa vie actuelle, Matt se laisse embarquer par deux zonards qu’il rencontre un soir alors qu’il va chercher une bouteille de lait dans ces rares magasins ouverts toute la nuit. Tout cela lui rappelle ses années de fac quand il fumait de l’herbe et il finit par se dire qu’en revendre serait certainement une façon bien plus rapide de se refaire une santé financière… Il investit donc dans le commerce lucratif de la came… Et sympathise avec Dave, un dealer…
   
   Un roman hilarant, à l’humour ravageur, avec un anti héros super sympathique qui manie avec humour et cynisme l’autodérision quand il s’interroge sur l’infidélité à venir de sa femme, son fiasco professionnel ou encore la société capitaliste et ses ravages. Ajoutez à cela une intrigue super bien ficelée, de la tendresse à revendre, et un happy end qu’on n’attend plus…
   
   J’ai beaucoup aimé ce roman drôle, décapant, original et qui malgré tout pose un regard désabusé sur notre société où l’argent domine tout. C’est à la fois vif, percutant, pertinent et enlevé et cela reste pour moi un excellent moment de lecture.

critique par Éléonore W.




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