Lecture / Ecriture
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La ballade de Lila K de Blandine Le Callet

Blandine Le Callet
  Une pièce montée
  La ballade de Lila K
  L comme: Médée - T1 - L'ombre d'Hécate

Blandine Le Callet est une auteure française née en 1969.

La ballade de Lila K - Blandine Le Callet

L'éternel grain de sable dans le rouage
Note :

   "On passe sa vie à construire des barrières au delà desquelles on s'interdit d'aller: derrière il y a tous les monstres que l'on s'est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n'est pas vrai".
   
   A l'image de ma lecture récente de "Au nord de monde" voici un roman dont il faudrait pratiquement ne rien dire pour préserver l'histoire au maximum.
   Mais comme c'est un très gros coup de cœur, je vais essayer quand même. Lila raconte les péripéties de sa jeune vie à un interlocuteur dont nous ne connaîtrons l'identité qu'assez tardivement. Nous sommes dans les années 2100 et des poussières, le monde est divisé entre une ville intra-muros, hyper-protégée, entendez sécurisée et contrôlée dans ses moindres détails par des caméras et un univers extra-muros "la zone", livré à la violence et à la pauvreté, où il vaut mieux ne pas être né.
   Lila a été arrachée à sa mère très jeune. Elle n'a plus aucun souvenir du passé, ni de ce qui a provoqué son placement dans le Centre. "Pour moi, la rupture s'est produite le jour où des hommes casqués, tout en noir, ont défoncé la porte pour se ruer dans la chambre. Lorsqu'ils ont tiré ma mère du lit, elle s'est débattue en hurlant."
   Le Centre ressemble fort à une prison, où une toute puissante commission décide du sort de Lila à chaque instant et s'efforce d'en faire une personne normale et surtout conforme. Seulement, contre toute attente, Lila se révèle très intelligente, "mon passé aurait dû faire de moi une arriérée mentale" surdouée même et elle mettra beaucoup d'obstination à ruser et à combattre le système, avec pour seule obsession de retrouver sa mère.
   
   Dire que j'ai adoré ce roman est peu dire, j'ai bien failli passer une nuit blanche pour le finir et croyez-moi je tiens à mon sommeil! J'ai A-DO-RE la personnalité de Lila, une résistante teigneuse, mal embouchée, qui crie, qui hurle, qui se débat, mais capable aussi de larmes, de faiblesse et en recherche malgré tout de traces d'humanité dans ce monde aseptisé.
   
   Justement, parlons-en de ce monde. L'auteur a eu la sagesse de ne pas trop le décrire, ce qui le rend encore plus glaçant. Nous le percevons par des détails qui nous le font imaginer. Les caméras dans tous les lieux, les analyses d'urine faites automatiquement tous les matins, les implants permettant de "tracer" un individu partout, les injections obligatoires pour ne pas avoir de rides, des chats couleur arc-en-ciel, des automates... et le pire de tout, les livres papier ont été bannis sous prétexte de risques de contamination. C'est le règne des "grammabook" sur écran bien sûr, où rien ne peut être dissimulé.
   "Je l'ai regardé sans comprendre, et j'ai vu qu'il jetait un regard gêné aux miroirs sans tain. Bien sûr. Ils étaient tous là, de l'autre côté, à scruter mon visage, avec leurs caméras qui filmaient en gros plan. Ils ne voulaient manquer aucun détail. Les lunettes de soleil gâcheraient le spectacle, fausseraient les données. Mais qu'est-ce qu'ils attendaient? Une crise de larmes, de nerfs, d'hystérie?"
   
   Plusieurs personnes apporterons leur aide à Lila. D'abord M. Kauffmann, son précieux tuteur, qui ira jusqu'à compromettre son poste pour lui donner les moyens de se défendre. Puis le très ambigu Fernand, probablement amoureux d'elle et quelques autres dont je ne dirai rien, dont le mystérieux interlocuteur.
   
   Tout cela donne un récit haletant, sans temps mort où l'on a constamment envie de savoir ce qui va se passer après... La fin me fait d'ailleurs rêver à une suite, il y a matière, je continuerais bien un bout de chemin avec Lila. C'est un livre qui fait aussi réfléchir sur la société qui se met en place aujourd'hui au nom entre autres du principe de précaution et de l'insécurité. Est-ce un roman prémonitoire??
   
   Je n'ai qu'un conseil à donner, lancez-vous!
    ↓

critique par Aifelle




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Mise aux normes
Note :

   Je vais être claire et nette : j'ai longtemps tourné autour de ce roman, et c'est sa sélection à mon prochain comité de lecture qui m'a incitée à le découvrir. Pourtant, je connaissais son succès populaire (j'ai même apprécié la première œuvre de Blandine Le Callet, "Une pièce montée"). Enfin, maintenant la lecture faite, je vais discourir sur ma notation, car il est évident que ce livre se scinde en deux parties : le fond et la forme. Le premier mérite largement les quatre étoiles, le second (avec un style moyen, peu de lyrisme dans l'écriture) ne dépasse guère le trois! Bref le mieux pour vous reste de lire "La Ballade de Lila K" (au titre encore obscur pour moi : une référence musicale? ou au refrain chanté par la mère de l'héroïne? ou un jeu de mots subtil qui m'aurait échappé? On ne peut subodorer la confusion avec le mot balade qui aurait été plus approprié) pour vous faire votre propre opinion ou pas (c'est vous qui voyez!).
   
   Lila est une adolescente intelligente, photosensible, enlevée à sa mère toute petite et élevée dans un institut hospitalier très attaché à ses progrès sanitaires et relationnels, à ses performances intellectuelles. La société dans laquelle elle évolue ne supporte aucun dysfonctionnement, chaque citoyen de l'intra muros est observé à la loupe, quand la Zone est laissée à l'abandon, dénigrée médiatiquement. Aidée par son mentor et thérapeute, le professeur Kauffmann, Lila est bien décidée à gagner son émancipation pour enfin retrouver sa mère et connaître son passé.
   
   "La Ballade de Lila K" représente un roman d'anticipation. Tout y est décrit de façon naturelle : les codes de bonne conduite, les années 2100 etc, les rituels quotidiens à respecter sous peine d'enclencher l'alarme du Big Brother, une société où chacun agit en espion de son voisin, malade de prévention et de manipulations archivistes, ces thèmes déjà exploités en littérature (la SF s'en donne à cœur joie) ou au cinéma (Minority Report de Steven Spielberg par exemple). Blandine Le Callet a eu ce courage de changer de registre et le traitement final semble satisfaisant. Les personnages sont bien marqués, Lila, petite tête fragile attire la sympathie et l'empathie, les hommes ambivalents jouent avec nos nerfs. Mention spéciale à la race féline qui m'a réjouie (parce qu'elle est sûre de rester libre, quoiqu'il arrive) : toutes ces pelages bigarrés redonnent l'espoir!
   
    Pourtant, je n'ai pas adhéré au style développé par Blandine Le Callet. Certes, elle fait parler une adolescente, mais n'oublions pas que celle-ci est surdouée et possède un vocabulaire élaboré. Il aurait été souhaitable que ses tournures de phrase le soient également. Je déplore l'absence de lyrisme dans les réflexions de l'héroïne, même si celles-ci interpellent le lecteur sur cette société sous pression. La fin aurait mérité un allègement d'une trentaine de pages sans que cela perturbe l'ossature globale des révélations. J'aurais aimé adorer ce roman, j'ai juste apprécié découvrir les souvenirs de Lila.

critique par Philisine Cave




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