Lecture / Ecriture
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Bleu de chauffe de Nan Aurousseau

Nan Aurousseau
  Bleu de chauffe

Bleu de chauffe - Nan Aurousseau

Tuyauterie et magouilles
Note :

   Daniel est plombier chauffagiste. Au début du roman, il poursuit son patron, Dolto qu'il soupçonne de malversations. Sur la route qui le mène en Normandie, Dan (ainsi qu'on l'appelle sur les chantiers) se dévoile peu à peu, parle de sa vie d’ouvrier, de son passé de petite frappe, ce qui constitue en soi une véritable et cruelle critique de l'ultralibéralisme. Pour Dan, la classe ouvrière n'existe plus, les chantiers sont des microcosmes intéressants de cette mondialisation où toutes les nationalités se côtoient mais où l'individualisme prend le pas sur la solidarité; le vol d'outils et la dénonciation sont monnaie courante, encouragés par les patrons. Il y dénonce par ailleurs la rigidité du système représenté par des petits chefs qui humilient les ouvriers, qui sont souvent incompétents mais qui cherchent à garder leur emploi. Il y décrit aussi par le menu son métier, les réductions de tuyaux, le recuit (cher au masque et la plume et à Jérôme Garcin qui m'ont donné envie de lire ce livre !) et le tout à l'égout...
   Il y a un ton détaché de l'OHQ qui connaît son métier, qui l'aime malgré tout mais qui n'est pas dupe de toutes les magouilles aussi bien dans les hautes sphères qu'à son niveau, et les cent euros qu'il a avancés à un locataire de HLM et qui ne lui sont jamais rendus, lui restent à travers de la gorge car il en fait une question de principe :
   
   Salauds de pauvres comme dit Gabin dans La Traversée de Paris. Piquer cent euros à un ouvrier comme lui et mentir avec un aplomb pareil!
   
   Le style est vif, direct, parlant. On pense à Céline (pour l'argot et la syntaxe), à Jean-Patrick Manchette auquel il est fait référence puisque le narrateur est allé lui installer son chauffage et lui a présenté son travail de romancier de polar en devenir, et parfois j'ai aussi pensé au Bernard Lavilliers des débuts notamment quand il parle des voyous des quartiers, ouvriers rêvant d'un ailleurs :
   
   Ce sont des paroles tenues dans des mains discrètes, comme de petites bougies protégées du vent des fanfares officielles. Nous nous y réchauffions, tels des loups venus d'un autre cosmos et en partance pour y retourner. (83)
   
   Au long du récit, le narrateur fait mention de son arrêt maladie, de son médecin qui lui "d'aller voir 'quelqu'un' " et on s'aperçoit que plus on avance, plus on se pose de questions sur son état mental. En ce sens, la fin est assez... surréaliste.
   Un livre d'une grande tenue dans lequel les types qui bossent sur des chantiers ou y ont un peu bossé se retrouveront.

critique par Mouton Noir




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