Lecture / Ecriture
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Fakirs de Antonin Varenne

Antonin Varenne
  Fakirs
  Le Mur, le Kabyle et le Marin
  Trois mille chevaux vapeur

Antonin Varenne est un écrivain français né en 1973.

Fakirs - Antonin Varenne

Paradoxal
Note :

    "Un monde d'hommes se tenant maladroitement debout sur des tapis de clous, courant et se fuyant les uns les autres."
   
   Un lieutenant, Guérin, flanqué de son fidèle stagiaire, Lambert, tous deux honnis par le restant de leurs collègues, sont chargés d'enquêter sur les suicides. Loin de se plaindre de la situation, nos deux anti-héros barbotent la-dedans quasiment avec bonheur, ce qui ajoute encore à la répulsion des autres policiers.
   
   La mort en direct d'un "fakir" américain qui donnait en spectacle ses souffrances sur une scène parisienne spécialisée dans le sado-maso va amener à paris un franco-américain retranché à la campagne dans un tipi, Alan Mustgrave. Fatalement les trajectoires des trois hommes vont se croiser, surtout quand Guérin et Lambert vont trouver des similitudes à toute une vague de suicides soigneusement mis en scène...
   
   Ne vous fiez pas à la couverture ni à la quatrième de couv': "Fakirs" n'est pas du tout un énième roman policier glauque. Même s'il y est question de suicide, de torture, ce n'est jamais présenté de manière malsaine, l'auteur ayant le chic pour balancer, mine de rien, quelques assertions déroutantes: "Un chien peut-il faire interner son maître?" ou donner à toute une liste de suicidés les identités d'auteurs de romans policiers (Sylvie Granotier ou J. B Pouy, entre autres). Autant de clin d’œils qui détendent - un peu – l'atmosphère.
   
   Avec son "Columbo", tout aussi dégarni que son ara Churchill, nanti d'un imperméable jaune, qui prend frénétiquement des notes et balance sa vérité au moment où on s'y attend le moins, Antonin Varenne nous donne un personnage paradoxalement falot et haut en couleurs. Beaucoup d'humanité et d'empathie dans un texte qui ne ménage pas ses rebondissements. Un grand bonheur de lecture.
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Excellent !
Note :

   Ayant apprécié "Trois mille chevaux vapeur", j'ai voulu connaître un peu mieux cet auteur que je n'avais pas encore lu auparavant, bien qu'il publie depuis 2006. C'est ainsi que j'ouvris "Fakirs" , et j'ai bien fait.
   
    Ce roman policier est tout à fait différent de "Trois mille chevaux vapeur", bien qu'on y retrouve un même thème, celui de la souffrance physique et de la torture, que l'on soit victime, bourreau ou spectateur, en quoi elle change ceux qui l'approchent. Il se trouve que c'est justement un sujet que j'évite prudemment, de peur d'être traumatisée. On ne peut pas dé-lire ce que l'on a lu, et je suis d'une nature sensible. J'avais donc tout lieu de craindre le pire, mais Antonin Varenne ne fait pas dans le glauque et le voyeurisme, c'est vraiment au fond du problème, au concept, qu'il s'intéresse, il m'a donc suffit de sauter quelques passages en fin d'ouvrage (récit du spectacle) pour sortir non blessée de ce roman. (N'étant pas maso moi-même, je n'avais aucune raison de souhaiter le contraire.) Je précise ce point pour ceux qui ont le même problème.
   
   John Nichols, universitaire, psychologue, américain, s'est retiré au fond des bois, sur un bout de terre hérité de sa mère française, où il vit en ermite, dans une hutte, chassant à l'arc. Ce qui n’empêche pas les gendarmes de parvenir jusqu'à lui pour lui annoncer la mort sur scène de son ami, Alan Mustgrave, fakir (en fait, masochiste s'infligeant des blessures impressionnantes dans une boîte parisienne, devant un public d'amateurs éclairés). Nichols est le seul contact en France d'Alan Mustgrave, américain comme lui, et l'ambassade souhaite le voir prendre en main les formalités.
   
   Parallèlement, nous découvrons l'invraisemblable Commissaire Guérin, mis au rancard dans le service des suicides du Quai des Orfèvres, en un bureau-placard sans fenêtre, et avec la seule compagnie d'un adjoint réputé "simple" dont personne ne sait quoi faire. Guérin vit seul avec le vieux perroquet de sa mère, mourant lentement depuis le décès de cette dernière ; lui aussi se mutile. Le perroquet, pas Guérin, quoique, si, un peu, quand il a ses crises. Car Guérin est quand même pas mal psychotique. Il est détesté de tous car il a dénoncé un ripou et il paraitrait que cela ne se fait pas. Mais il impressionne quand même tout le monde justement parce qu'il a été capable de faire cela et aussi parce que tout le monde sent, même sans pouvoir le prouver, la fêlure de plus en plus importante qui est en lui. Sa grande théorie est que dans le monde, tout est lié, par exemple la chute de l'empire romain avec ce que vous avez pris ce matin au petit déjeuner. Il suffit de trouver le lien, et il passe pas mal de son temps à cette tâche. Ainsi, au bout d'un moment, tous ces suicides qu'il classe ne lui semblent plus si naturels... des liens apparaissent. Ou pas. Et il s'avère que Mustgrave s'est sans doute suicidé...
   
   Du côté de Nichols, il ne faut pas oublier que, sous l'homme des bois, se trouve un docteur en psychologie qui a fricoté avec la CIA et qui est suffisamment habile pour avoir pu s'en débarrasser...
   
   Une bonne intrigue, des personnages excellentissimes, des seconds rôles exceptionnels (même le chien), font de ce polar très particulier une totale réussite. La problématique en est moderne, originale et profonde. Elle touche à une des racines de la nature humaine, tout autant qu'aux magouilles politiques, sexuelles ou financières. La vision des choses est très intelligente.
   
   Et n'oubliez pas!:
   "Donner les ordres, c'est être le dernier à pouvoir y désobéir. Ce n'est pas une responsabilité de grand homme, c'est une pathétique illusion de pouvoir. Vous avez besoin d’obéissance comme d'un miroir, de serviteurs dévoués pour étayer cette illusion"

critique par Sibylline




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