Lecture / Ecriture
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Rom@ de Stéphane Audeguy

Stéphane Audeguy
  Fils unique
  La théorie des nuages
  In Memoriam
  Nous autres
  Rom@
  Histoire du Lion Personne

Né à Tours en 1964, Stéphane Audeguy vit à Paris. Il enseigne l’histoire du cinéma et des arts dans un établissement public des Hauts-de-Seine. Il a publié en 2005 son premier roman, "La théorie des nuages", chez Gallimard. En 2007, il reçoit le prix des Deux Magots pour "Fils unique".


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"


Rom@ - Stéphane Audeguy

Une idée très originale!
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Si les villes pouvaient parler, comme elles auraient des choses à nous dire... Voici l'idée de départ de ce roman, qui décide de confier exceptionnellement sa narration, non à un être de chair et de sang, mais à une ville de pierre et de poussière, bâtie sur un marais insalubre il y a presque trois mille ans, qui s'est inexorablement agrandie, dépassant rapidement ses sept collines originelles pour recouvrir peu à peu toutes les plaines environnantes. Rome a vu se faire et se défaire les empires et les royaumes, elle a connu Romulus et Rémus, les Césars, les papes, Mussolini et tant d'autres encore, personnages historiques et foules d'anonymes qui ont contribué à sa richesse et à sa renommée. Et contrairement à la représentation traditionnelle que l'on s'en fait, Rome s'exprime tantôt au masculin, tantôt au féminin, dans un brouillage volontaire d'identité, qui lui fait prendre successivement l'avatar d'une louve, d'une sainte, d'une putain, d'une vieille femme ou d'un amant enfiévré. Mais cette Rome éternelle est aussi l'héroïne d'un jeu vidéo extraordinaire, baptisé Rom@, où des millions de joueurs se promènent virtuellement dans une Rome impériale fidèlement modélisée en 3D. Trois personnages gravitent autour de ce jeu, Nitzky, son concepteur, informaticien polonais expatrié au Canada, et qui n'a jamais mis les pieds à Rome, Nano, un jeune garçon originaire d'Agra qui vit de la prostitution mais échappe à sa pénible condition grâce à la rencontre fortuite d'un prince émirati féru de jeux vidéos, et Delenda Karthago, jeune Romain mondialement célèbre pour être le champion incontesté de Rom@. Et pourtant, ils ne se rencontreront pas, ou presque, car les événements vont venir perturber le déroulement des championnats par équipe du jeu: au détour d'une fontaine, Audrey Hepburn ressurgit et prend de nouvelles vacances romaines, Mussolini se remet à haranguer les foules depuis le balcon de son palais, et les fauves réapparaissent en plein milieu d'un Colisée bondé de hordes de touristes, qui s'enfuient épouvantés. Tout se passe comme si Rome et Rom@ se superposaient, comme si les notions de temps et d'espace s'abolissaient dans un immense maelström emportant tout sur son passage...
    
   
   S'il est un roman vraiment original et novateur en cette rentrée littéraire surchargée et terriblement conformiste, c'est bien le nouvel ouvrage de Stéphane Audeguy, qui a l'audace - l'inconscience, diront les mauvaises langues - de donner la parole à la Ville éternelle, cette Rome qui n'en peut plus, justement, de son éternité, et se met à délirer, comme une vieille femme épuisée par une trop longue existence.
   
   Tout s'entremêle joyeusement dans cet incroyable charivari de personnalités et d'époques, où le Moïse de Michel-Ange se met à déambuler l'air de rien au milieu des rues, croisant au passage un Sigmund Freud pas étonné pour deux sous. Les siècles, les lieux, les personnages se mélangent d'un paragraphe à l'autre, ce qui n'est pas sans créer une certaine confusion par moments préjudiciable à la compréhension pleine et entière du propos: il n'est pas toujours évident de démêler la voix des diverses instances narratives, au milieu des multiples avatars de Rome. Néanmoins, le lecteur apprécie également de se laisser emporter dans ce brouhaha ambiant qui superpose trois reconstructions de Rome, l'ancienne, l'actuelle, la virtuelle.
   
   Les personnages principaux sont à dessein assez difficiles à cerner, désagréables et hautains de prime abord, et pourtant absolument fascinants et ambigus, Nitzky marqué par une enfance pénible dans le musée qu'est devenu Auschwitz, Nano, par ses années de misère sordide à Agra, et Delenda (on notera le clin d’œil assumé au "Carthago delenda est") par son rejet de la médiocrité ambiante et la volonté constante de briller par ses capacités sportives et intellectuelles.
   
   Le livre accuse toutefois quelques faiblesses, qui pourraient rebuter plus d'un lecteur: le style oscille entre lyrisme désuet et crudité triviale; Rome, à la fois déesse et putain, s'y exprime sur tous les tons, et l'emphase pompeuse, associée aux métaphores sexuelles un peu trop explicites, sont quelque peu agaçantes. L'ensemble reste cependant onirique et déconcertant, et offre l'avantage d'une véritable création littéraire, un petit bijou d'invention. Stéphane Audeguy réinvente Rome à la lumière de son talent, et la phrase qui résume le mieux ce roman atypique serait, pour pasticher Caton, "Roma delenda est". Un dernier léger regret, enfin: que l'auteur n'ait pas davantage développé son concept de jeu vidéo révolutionnaire, qui donne pourtant son nom au roman, et qu'il nous gratifie d'une fin en eau de boudin, où tout finit par être annihilé (par l'illusoire précarité de nos amours destituées. Et vice et versa).
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critique par Elizabeth Bennet




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Difficile à suivre
Note :

   J'ai bien aimé ce livre mais je ne suis pas sûre de l'avoir parfaitement compris (et ce n'est pas faute de l'avoir repris deux fois, la quatrième de couverture m'aurait bien récupérée!). J'assume ma faute en publiant mon avis: je précise que je n'ai pas fumé de moquette pour l'écrire! J'ai trouvé que cette œuvre ressemblait à une sorte de Mulholland Drive lynchien littéraire et cette idée m' a bien plu (quand je me plante, je ne le fais pas à moitié, d'où la moquette! ). Pour les puristes, sachez qu’il est bon de ne pas sauter de ligne (même minuscule) car Stéphane Audeguy a l’art de disséminer des détails importants, souvent présentés de façon futile.
   
    Le titre "ROM@" correspond à un jeu vidéo grandeur nature, fabriqué par Nitzky un jeune génie en informatique, travaillant pour le compte de la société canadienne Black Box éditrice de jeux video... Nitzky très intelligent, vivant ses désirs homosexuels libertaires mais souffrant d’hallucinations (eh oui, ça commence!). Interviennent également Nano et Delenda, deux joueurs expérimentés de Rom@ : Nano jeune indien, repéré et soutenu par le prince Rachid... Delenda, culturiste romain d’origine pauvre (tous les héros vivent leur petite enfance dans des conditions matérielles épouvantables) souhaitant une revanche sociale à l’occasion du concours international de Rom@ opposant six équipes internationales. Rom@, où on a le droit à trois vies mais où rien ne se passe comme prévu, Rome-Rom@ où la décadence avance à grands pas et où tout finalement revient à un éternel recommencement, d’où les similitudes avec le grand film de David Lynch (enfin pour moi, maudite incomprise! ).
   
   Rom@ n’en demeure pas moins un OLNI complet, très bien écrit et intéressant, mêlant science-fiction, avant-gardisme, Histoire, mythologie et érotisme et reste un beau challenge de lecture (enfin, si le cœur vous en dit!).

critique par Philisine Cave




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