Lecture / Ecriture
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Le héron de Guernica de Antoine Choplin

Antoine Choplin
  L'impasse
  Le héron de Guernica
  Cour Nord
  La nuit tombée
  Radeau
  Une forêt d'arbres creux
  Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar
  L'incendie

Antoine Choplin est un romancier et poète français né en 1962.

Le héron de Guernica - Antoine Choplin

Etre peintre à Guernica
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Au tout début du roman, Basilio est à Paris pour voir le tableau de Picasso, Guernica, exposé à l'Exposition internationale des arts et techniques. Ensuite, en flash back, on apprend que Basilio est un jeune habitant de Guernica. Qu'il peint des hérons. Que pour cela il s'isole dans les marais proches de la ville et approche les oiseaux au plus près pour tenter d'en restituer l'authenticité dans sa peinture. Mais un jour, en pleine inspiration, des bombardiers nazis survolent et bombardent la petite ville espagnole.
   
   C'est un petit roman qui met en exergue l'amour de Basilio pour la peinture et des hérons. Tout est construit là-dessus et sur l'opposition à la barbarie qui va faire s'abattre sur Guernica les bombes nazies. "T'as l'aviation allemande qui nous passe à ras la casquette et qui balance des bombes sur nos maisons et tu voudrais qu'on s'émerveille devant un héron qui s'envole." (p.81) Mais il est aussi une représentation de ce qui a été vécu là-bas pendant le bombardement. Comment cette petite ville vivait paisiblement entre ses marchés, ses habitants qui allaient au bal, qui draguaient, qui peignaient, qui encadraient... Comment elle fut totalement détruite.
   
   Ce qui me frappe c'est que Antoine Choplin nous décrit un jeune peintre qui ne fait que des hérons, des toiles représentatives, figuratives alors que le tableau de Picasso qui représente ce drame est une toile cubiste, déstructurée. Je ne suis pas capable de dire ce qu'il faut en tirer comme conclusion -peut-être aucune d'ailleurs-, mais ce détail m'a sauté aux yeux.
   
   Ceci étant dit, ce livre alterne les bons passages et des moins intéressants. Antoine Choplin, par une écriture simple, directe, parfois orale décrit le quotidien de Basilio et s'attarde sur ses moments d'isolement, lorsqu'il peint. Descriptions des paysages, du héron et des questionnement du peintre:
   "Basilio se dit qu'il conviendrait peut-être un jour ou l'autre de se résoudre à oublier le héron lui-même pour ne s'intéresser qu'à l’abîme qui s'ouvre à l'interstice de son regard. Plonger un peu là-dedans, et seulement ça.
   D'ailleurs, de cette façon, on pourrait au passage abandonner tout le reste. Le héron lui-même donc, son plumage, ses allures fières, la flèche de son bec, mais aussi tout ce qui façonne son environnement. [...] On se dirait que oui, sans doute, la réalité profonde du héron peut être détachée de celle de la matière et des paysages qui l'entourent." (p.55/56)

   
   C'est dans ces réflexions-là qu'on se dit que Basilio s'approche au moins mentalement du Maître, Picasso. Et c'est là sans doute la relation entre leurs peintures: Basilio, sans connaître celle de Picasso s'en approche au moins par la pensée (pour apporter une tentative d'explication à mon interrogation précédente sur le choix de l'auteur de prendre deux peintres totalement différents), mais n'ose pas encore franchir le pas: "Il conviendra seulement, comme les autres fois, mieux que les autres fois, mieux qu'il ne l'a jamais fait jusqu'à présent, d'ausculter ce héron du regard, avec un application parfaite, d'en cueillir quelques traits cachés, et surtout une petite lueur de vie. Et c'est tout." (p.56/57)
   
   J'ai beaucoup aimé ces passages sur la peinture, sur les paysages, mais ils sont parfois un peu longs et manquent de couleurs, de lumière. C'est un peu terne. Ainsi en est-il aussi du bombardement de Guernica qui dure, qui dure sans que jamais vraiment l'émotion ne gagne le lecteur. Je ne saurais dire à quoi c'est dû, d'autant plus que l'écriture d'Antoine Choplin m'a plu. Beaucoup même, parce qu'avec une économie de moyens, il sait raconter une histoire, des personnage et décrire des lieux. Point d'envolées lyriques, qui peuvent être utiles ou réjouissantes parfois, mais qui ici, auraient été probablement déplacées.
   
   Pour résumer, je dirais que j'ai une toute petite déception dans un roman qui mérite très largement d'être ouvert -et lu, bien sûr!- ne serait-ce que pour se retrouver en compagnie de Basilio lorsqu'il peint dans les marais de Guernica, dans un silence seulement perturbé par les cris des oiseaux aux alentours. Et puis, cette opposition entre ce calme complet, cette quiétude gâchée, assassinée par le bombardement meurtrier est une idée de livre qui marche formidablement bien.
    ↓

critique par Yv




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Qui dit Guernica, dit...?
Note :

   Picasso. Mais bien sûr! Qui dit Guernica dit Picasso. Mais Picasso n’est pas THE héros ici. Il en est juste un protagoniste. Par raccroc. Le héros, c’est un autre peintre. Du dimanche (et des jours fériés, sûrement). C’est Basilio, jeune peintre autodidacte qui s’est mis en tête de peindre, au plus près de la réalité, des hérons. Les hérons de Guernica, qui chassent perchés sur leurs pattes dans les marais du bord de la Renteria, et que Basilio observe avidement et que désespérément il tente de reproduire.
   
   Et devinez quoi? Nous sommes en Avril 1937. Guernica, 1937. Basilio est justement sur les bords de la Renteria à croquer son héron lorsque les avions arrivent. D’abord un, en reconnaissance. Puis les autres, ceux qui viendront à basse altitude martyriser la ville, larguer leurs bombes.
   
   "Le héron de Guernica", cela dit, n’est aucunement le récit du drame. Davantage le destin parallèle d’un Basilio, peintre non-officiel et d’un Picasso, qui, peu de temps après le drame se retrouvera dans le même abri que Basilio, en train de créer son œuvre, au coude à coude ou quasiment avec Basilio.
   
   Le parallèle sera poussé jusqu’à Paris, où montera Basilio pour tenter de rencontrer Picasso qui expose au Pavillon Espagnol de l’Exposition Universelle, à Paris, toujours en 1937.
   
   C’est ce parallèle indéniablement le véritable sujet de ce roman. La différence de sort, de traitement, entre le Picasso reconnu, célébré et le peintre occasionnel Basilio, qui a pu monter à Paris ses cartons de dessins de hérons sous le bras après que ses proches se soient cotisés. La fin, on la devine, elle n’est pas bien différente de ce qui se passe dans la vraie vie des vrais peintres. Des reconnus. Et des autres …
   
   Un roman très rapide à lire, frais et original, d’une écriture sèche et qui court sans peine d’une page l’autre.

critique par Tistou




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