Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les Piliers de la Terre de Ken Follett

Ken Follett
  Peur blanche
  Les Piliers de la Terre
  La Marque de Windfield
  Code Zéro
  Un monde sans fin
  La chute des géants – T 1 - Le siècle
  Dès 08 ans: L'appel des étoiles
  Dès 09 ans: Le Mystère du gang masqué

Ken Follett est né à Cardiff le 5 juin 1949. Licencié de philosophie à l'University College de Londres, il travaille en tant que journaliste à Cardiff puis à Londres où il débute l’écriture. En 1978, son roman L'arme à l'œil devient un bestseller pour lequel il recevra le prix Edgar. Outre le roman d'espionnage, Ken Follett a signé des fresques historiques telles que «Les Piliers de la Terre», «La Marque de Windfield» , «Le Pays de la liberté», et des romans dits d'actualité comme «Le Troisième Jumeau».

Les Piliers de la Terre - Ken Follett

Un pilier du roman historique !
Note :

   Dans les nombreux commentaires de ce roman que l’on trouve sur le net, abondants sont les éloges faits par les lecteurs ; et ma foi, ils sont en grande partie mérités.
   J’ai longtemps hésité avant de me lancer dans la lecture de Ken Follett. Je devinais, derrière les nombreuses critiques dont j’ai pris connaissance, un auteur talentueux, mais ses romans à caractère «Espionnage», tournant autour de la seconde guerre mondiale ou de la guerre froide, ne m’ont jamais tentés, n’affectionnant pas vraiment ce genre de littéraire. C’est en découvrant que l’auteur c’était aussi essayé aux romans historiques que j’ai décidé de franchir le pas, et de lire, pour commencer, «Les Piliers de la Terre». Bien m’en a pris !
   Il s’agit d’une œuvre remarquable sur bien des aspects. Les bâtisseurs de cathédrale sont un support, pour ne pas dire un prétexte, pour nous brosser un tableau historique de l’Angleterre moyenâgeuse et féodale du XIIe siècle. Celle-ci est rendue avec beaucoup de détails et de précisions, qui donnent au récit un grand réalisme et une grande légitimité ; on mesure le travail considérable de recherche et de documentation auquel s’est livré l’auteur avant d’entamer son talentueux exercice romanesque.
   
   L’histoire est centrée autour de la construction de la cathédrale de Kingsbridge, à côté de laquelle vont évoluer un ensemble de personnages hors normes, très attachants pour certains, ô combien méprisables pour d’autres : un maître maçon idéaliste dont les raisons d’être sont de nourrir sa famille par ces temps de disette et de bâtir la plus belle des cathédrales ; un tailleur de pierre talentueux et intelligent, amoureux de la belle et inaccessible Aliéna ; un prieur bon, généreux et déterminé aussi bien dans l’exercice de sa foi que dans la gestion de son prieuré ; une belle et jeune noble déchue ayant perdu son père, son domaine, sa fortune et son honneur de femme ; un évêque ambitieux, machiavélique et assoiffé de pouvoir ; un comte orgueilleux, cupide, sanguinaire et pervers ; et les puissants du royaume qui s’entredéchirent pour s’accaparer pouvoir et richesses sans se soucier du peuple qui souffre et qui meure de faim.
   Même si la vision du monde peinte par Ken Follett est parfois un peu trop manichéenne à mon goût, on se laisse absorber par l’histoire pour la vivre de l’intérieur et partager l’existence des humbles et des grands. A aucun moment on ne s’ennuie ; les rebondissements incessants tiennent le lecteur en haleine du début à la fin : complots, ruses, intrigues, trahisons et cruautés se succèdent, n’ayant pour opposition que bonté, miséricorde, générosité et crainte de Dieu. Un petit voyage jusqu’en Andalousie Maure, en traversant la France et l’Espagne, nous rappellera d’où venaient et comment circulaient les idées, les sciences et les techniques qui ont influencées les civilisations chrétiennes d’occident de l’époque.
   
   Le style de l’auteur, que j’ai découvert avec ce roman, est des plus agréables : à la fois simple sans être simpliste, fluide et profond, communiquant les émotions avec force - la qualité de la traduction n’est certainement pas étrangère à ce rendu stylistique. Même bedonnant de ses 1000 pages, c’est un livre qui reste accessible à tous, et que je conseille au plus grand nombre. L’histoire est structurée en épisodes, étroitement imbriqués, qui permettent au lecteur de relâcher la tension et de souffler un peu entre les événements majeurs. Même si la construction de chaque épisode est rythmé de manière identique, le plaisir de lecture reste intact du début à la fin.
   Peut-être ressentirez-vous, vous aussi, ce grand vide lorsque vous tournerez la dernière page de ce magnifique roman.
    ↓

critique par Hervé M




* * *



Pour comprendre le Moyen-Age
Note :

    Résumé
   "Dans l'Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s'assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l'amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d'épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles... et de saintes ruses. La haine règne, mais l'amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes."

   
   
   Commentaire
    Je craignais un peu sa lecture en anglais (vu ses 991 pages écrites en caractères minuscules et le vocabulaire architectural utilisé) mais pour finir, ça se lit tout seul et j'ai drôlement bien fait de me laisser tenter par cette grosse brique qui traînait dans "the pile" depuis plus d'un an.
   
   "Les piliers de la terre", c'est une grande fresque historique autour du petit village fictif de Kingsbridge, en Angleterre. Là, le rêve et le courage de plusieurs hommes fera apparaître la première église gothique en Angleterre. Cathédrale fictive, bien sûr parce que village n'existe pas vraiment. Tout est sorti tout droit de l'imagination de Ken Follett.
   
   L'histoire s'étale sur une période de 50 ans mais la majeure partie se déroule pendant les 20 ans suivant la mort du roi Henri 1er. Il s'agit d'une période instable pour l'Angleterre où tout semble permis au puissants, sans punition aucune. En effet, le roi est à la guerre et a d'autres chats à fouetter. Nous rencontrons donc plusieurs personnages (mais pas trop) qui tentent tant bien que mal de faire leur place dans ce monde où il n'y a pas de justice, où la trahison est monnaie courante et où l'épée fait la loi.
   
   Il y a Tom Builder, qui rêve de construire une cathédrale magnifique qui va jusqu'au ciel et qui erre de village en village avec sa femme et ses enfants, Alfred et Martha. Ellen, indépendante et fière. Jack, le fils d'Ellen, sculpteur de génie. Aliéna, fille d'un comte déchu ("earl", j'imagine que ça veut dire comte!), pleine de courage. Richard, son frère. Il y a Philip, jeune prieur de Kingsbridge intelligent et droit. L'évèque Waleran Bigod, un peu moins droit ("un peu" étant un euphémisme). William et sa famille, qui ne souhaitent que le pouvoir, à n'importe quel prix. Toute cette galerie de personnage prend vie sous nos yeux, dans un Moyen Âge qui très vivant et qui imprègne chaque ligne du roman.
   
   J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman. On part en voyage dans ce Moyen Âge. Vers la fin, je commençais à mieux comprendre le contexte politique et ce qui me paraissait incroyable au début devenait maintenant possible. Le système de référence est très différent. En lisant, j'avais dans la tête et dans les yeux les images des différentes cathédrales vues en France, ainsi que celles des églises de l'époque que j'ai pu visiter. Le livre grouille de personnages et de vie, à l'ombre de ces magnifiques structures que sont les cathédrales bâties pour la gloire d'un Dieu alors omniprésent. J'ai été transportée par cette histoire. Le fait d'avoir pu visiter une abbaye en France et d'avoir fait le tour guidé m'a permis aussi d'apprécier divers éléments de la vie monacale et de saisir tout de suite. J'adoooore quand je peux faire des liens comme ça! Et j'ai beaucoup aimé la façon dont les personnages sont nommés, l'évolution des noms de famille... très intéressant!
   
   Bien sûr, il y a des trucs qui m'ont un peu moins plu. Certains méchants "trop" méchants, par exemple (JAMAIS je n'appellerai un enfant William après cette lecture! JAMAIS!!!). Les péripéties sont un peu répétitives (parfois, la suite de malheurs et de méchancetés, on voudrait que ça s'arrête) et certaines particularités du style ne m'ont pas toujours plu (par exemple, un truc comme "Mais Waleran ne l'entendait pas de cette manière et ajouta"... Il me semble que c'est clair qu'il ne l'entendait pas de cette manière... pas besoin de préciser!). Mais malgré tout, il s'agit d'un roman enlevant et foisonnant qui a réussi à me transporter!
   ↓

critique par Karine




* * *



Jamais le Moyen-Âge n'a été aussi passionnant!
Note :

   Début du XIIe siècle, à Kingsbridge, en Angleterre. Un homme est pendu devant la foule, pour un crime qu'il n'a pas commis. Sa compagne, une jeune femme brune aux yeux d'or, égorge un coq et lance une malédiction sur les trois hommes qui ont permis cette exécution: un prêtre, un moine et un noble. Cette saga médiévale est l'histoire de l'accomplissement de cette malédiction, qui s'abat sur ses victimes désignées en même temps que s'élève, au fil des pages, la construction de la cathédrale de Kingsbridge, autour de laquelle se nouent toutes les passions: on y rencontre un prieur profondément bon et déterminé à relever son prieuré de la débauche dans laquelle il était tombé, un maître bâtisseur idéaliste, rêvant de nourrir sa famille et de construire la plus belle des cathédrales, une jeune noble désargentée, ayant perdu son titre, sa fortune, son père et son honneur, qui tente de se faire une place dans la bourgeoisie de la ville, malgré les assauts incessants de ses nombreux prétendants, un apprenti maçon talentueux, sensible et intelligent, épris de l'inaccessible Aliéna, un évêque perfide et ambitieux, prêt à tout pour empêcher la construction de la cathédrale, un comte violent, sanguinaire, lui aussi amoureux d'Aliéna, mais rongé par la haine et déterminé à lui nuire le plus possible... Tous ces personnages, et bien d'autres encore, se croisent sur fond de guerre civile au sommet de l'Etat, chaque camp encourageant son héritier au trône, ce qui entraîne bien des morts inutiles et des retards incessants dans la construction de la cathédrale. Alors, le prieur Philip, face à la haine que lui vouent l'évêque Waleran et le comte William Hamleigh, et ne pouvant compter sur nul soutien de la part du roi, trop fragilisé dans ses positions, parviendra-t-il à faire bâtir sa cathédrale, et à faire triompher la foi, l'amour et la bonté sur la haine, la violence, la cupidité et la bêtise humaine?
    
   Jamais le Moyen-Âge n'a été aussi passionnant. Grâce à un roman-fleuve extrêmement bien documenté, Ken Follet nous fait revivre l'Angleterre du XIIe siècle, avec ses famines, ses guerres civiles, ses constructions, nous montrant également les prémices du style gothique grâce aux nombreuses descriptions architecturales qui enrichissent le roman tout en servant l'intrigue. L'ensemble est très agréable à lire, sans longueurs ni redites, avec un style simple mais jamais simpliste, assez fluide et pour une fois bien rendu par la traduction (même si l'on sourit devant la coquille doublée d'un bel anachronisme du terme "fleurtaient"). Alors certes, le tout est empreint d'une bonne dose de manichéisme qui pourrait agacer certains lecteurs, mais même si les personnages sont clairement définis et constamment opposés, ils sont si attachants ou au contraire si méprisables qu'on se laisse aisément gagner à cette vision des choses. Les épisodes, relativement brefs, sont peut-être en grande partie prévisibles, avec le recul, mais ils sont si bien amenés et si bien écrits qu'on oublie leur caractère convenu, et qu'on se laisse emporter dans la folie des rebondissements et des coups de théâtre en cascade: complots, ruses, trahisons, intrigues diverses et variées et autres scènes de cruauté physique ou psychologique. Tous les personnages sont abondamment décrits et mis en scène, permettant au lecteur de se faire une vision d'ensemble des caractères et motivations de chacun, tout en s'attachant au trois héros potentiels du roman: le prieur Philip, la jeune et belle Aliéna, et le petit Jack si doué pour la sculpture, qui rêve d'être un jour maître bâtisseur comme son beau-père Tom, qui lui a tout appris.
   
   Un véritable chef-d'oeuvre, qui montre que succès commercial n'est pas nécessairement signe de médiocrité littéraire. Malgré ses 1050 pages, on se prend à ressentir une certaine nostalgie en refermant la dernière page de ce roman, comme si l'on quittait à regret ces héros qui nous on fait rêver et trembler. Ceux qui reprochent à ce roman, construit en parallèle sur l'édification de la cathédrale et sur l'histoire d'amour, complexe et sans cesse contrariée, de Jack et Aliéna, sa mièvrerie ou ses clichés, ont véritablement perdu leur capacité d'émerveillement devant une histoire si bien construite, où les intrigues (au propre comme au figuré) se mêlent en permanence pour mieux perdre le lecteur dans le dédale des coups bas et trahisons multiples.
   
   Captivant, poignant, magnifique, les termes de manquent pas pour décrire cette oeuvre magistrale, qui reste, sans jeu de mots, l'un des piliers du genre.

critique par Elizabeth Bennet




* * *