Lecture / Ecriture
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La vérité sur Cesare Battisti de Fred Vargas

Fred Vargas
  Petit traité de toutes vérités
  Sous les vents de Neptune
  L'homme aux cercles bleus
  Debout les morts
  Un peu plus loin sur la droite
  Coule la Seine
  Pars vite et reviens tard
  Sans feu ni lieu
  Dans les bois éternels
  Un lieu incertain
  V comme: comme: Les quatre fleuves
  L'homme à l'envers
  Salut et liberté
  L'armée furieuse
  La vérité sur Cesare Battisti
  Ceux qui vont mourir te saluent
  Temps glaciaires
  Quand sort la recluse

Fred Vargas est le nom de plume de Frédérique Audoin-Rouzeau, romancière française de romans policiers et archéozoologue, née à Paris en 1957.

La vérité sur Cesare Battisti - Fred Vargas

La parole est à la défense
Note :

   Textes et documents rassemblés par Fred Vargas
   
   En 2004, l'affaire Battisti a défrayé la chronique: fallait-il que la France réponde positivement à la demande d'extradition de Cesare Battisti pour terrorisme, demande formulée par l'Italie? Et cela au détriment de la doctrine édictée en 1985 par François Mitterand, qui assurait un refuge pour les italiens accusés d'actes terroristes dans les années 70 et qui ont depuis abandonné la lutte armée? Alors que la question est loin d'être simple à traiter, la majorité des médias français (hormis quelques titres comme Libération ou Télérama) ont rapidement pris fait et cause pour l'extradition. Pour apporter une parole différente peu entendue dans les grands médias, Fred Vargas a donc décidé de rassembler des documents permettant un éclairage neuf de cette affaire.
    
   L'ouvrage se compose de plusieurs parties. Après un bref rappel de la situation de l'auteur italien, la première partie s'attache à décrire la situation politique de l'Italie des années 70. C'est une démocratie, certes, mais où les hommes politiques n'hésitent pas à mettre en place des politiques répressives à outrance. Ainsi, pour lutter contre les activistes d'extrême-gauche, ils instaurent des lois d'exception dénoncées notamment par Amnesty International, car elles bafouent allègrement la présomption d'innocence. Un autre élément édifiant concerne la non-équité des condamnations: alors que les accusés d'extrême-gauche sont sévèrement sanctionnés, ceux d'extrême-droite passent souvent entre les mailles des filets. Il faut dire qu'ils agissent souvent pour le gouvernement, par le biais d'officines secrètes ou l'entremise de la CIA qui craint la menace communiste. Enfin, il est à noter que l'accusation contre Battisti repose sur le témoignage d'un seul repenti, qui a ainsi bénéficié d'une remise de peine... 
    
   La seconde partie s'intéresse au traitement médiatique de l'affaire, et Fred Vargas s'attarde notamment sur le cas du Monde. Au début de l'affaire, un éditorial du quotidien prend la défense de Battisti. Puis rapidement, à cause de la pression politique française et italienne, le quotidien change radicalement de position. Dans les colonnes, les demandes de publications des opposants à Battisti sont systématiquement publiées, et ne font l'objet d'aucun article apportant la contradiction. A l'inverse, quand quatre intellectuels français (Stéphane Hessel, Madeleine Rebérioux, Pierre Vidal-Naquet et Edgar Morin) soutiennent Battisti, le journal publie en-dessous un article contradictoire. Ce manque d'équité est également visible dans la présentation des protagonistes. Deux juges italiens occupent les journaux français. Par leur fonction, tout laisse croire qu'ils sont neutres. Sauf que personne ne précise que ces deux juges ont participé à la condamnation par contumace de Battisti en Italie, et qu'ils sont donc partie prenante de ce débat.
    
   La dernière partie, plus factuelle, rassemble les prises de position publiques en faveur de Battisti, de Bertrand Delanoé à Erri de Luca, en passant par une lettre de Daniel Pennac sur la notion d'amnistie, dans laquelle il évoque notamment les communards.
    
   Si l'affaire en elle-même est lointaine, l'essai est loin d'être caduc. Car ce qui est décrit sur le fonctionnement des média est certainement toujours vrai (voir l'affaire Coupat, il y a peu). Ce traitement différencié selon que l'auteur est d'un camp ou d'un autre est scandaleux, car les journaux, outre leur mission d'information, sont souvent les éléments qui permettent aux citoyens de se faire une opinion et une culture politique. Par exemple, lorsque les juges italiens expliquent que Battisti, lors d'un attentat, a blessé un jeune garçon qui est devenu paraplégique, personne ne précise que la balle venait non pas de l'arme de Battisti mais de celle de son père. Elément connu de tous, mais que personne ne prend la peine de préciser. Si l'ensemble manque parfois un peu de coordination du fait des articles récoltés et que certains faits sont évoqués plusieurs fois, cet ouvrage que je découvre sur le tard est une œuvre salutaire pour Cesare Battisti et pour dénoncer la désinformation dont nous sommes parfois victimes. Je n'aime pas les théories du complot, mais dans ce cas de figure, c'est assez difficile pour les journalistes coupables d'omission d'arguer de leur bonne foi.

critique par Yohan




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