Lecture / Ecriture
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Un jour de David Nicholls

David Nicholls
  Un jour
  Pourquoi pas?
  Nous

David Nicholls est un romancier et scénariste anglais, né en 1966.

Un jour - David Nicholls

Je régresse et je paresse, pourquoi pas?
Note :

   Le roman repose sur un principe simple. Nous retrouvons les deux héros chaque année à la même date, sur deux décennies. Les chapitres sont courts, les personnages peu approfondis, le tout est léger comme une bulle de savon, mais je reconnais que c'est une parenthèse qui m'a fait du bien. Tourner les pages sans se prendre la tête, ne pas croire une minute à ce que vous lisez, attendre quand même la suite des évènements avec curiosité, vous voyez ce que je veux dire...
   
   1988. Emma et Dexter passent une nuit ensemble à Edimbourg où l'on vient de leur remettre leur diplôme de fin d'études. Dexter est issu d'un milieu aisé, il est sûr de lui, séducteur, brillant, un avenir radieux s'ouvre devant lui.
   Emma est jolie, intelligente, mais d'un milieu bien plus modeste. Bourrée de complexes, elle ne peut croire que Dexter s'intéresse sérieusement à elle. Ils vont se séparer sans s'avouer leur attrait mutuel et c'est là qu'ils décident de se contacter tous les ans à la même date pour se donner de leurs nouvelles.
   
   On peut dire qu'ils mettront beaucoup de bonne volonté à gâcher leur vie ces deux-là. Dexter superficiel et papillonnant va connaître des heures de gloire facile en devenant animateur de télé. La célébrité factice, l'alcool, la drogue, puis la chute, il va connaître tout cela, et se marier avec une pimbêche ultra snob qui lui donnera une fille.
   
   De son côté Emma, qui a fait de si brillantes études, se retrouve serveuse dans un mauvais tex-mex, on se demande bien pourquoi! Elle finit par se mettre en couple avec un comique raté et mène une vie qui ne la satisfait pas du tout. Ce sera tout de même la plus courageuse des deux, elle finira par se sortir de cette médiocre routine.
   
   Que d'occasions ratées en vingt ans entre Emma et Dexter! Il suffirait d'un mot pour qu'ils tombent dans les bras l'un de l'autre, mais ils ne sont jamais en phase au bon moment. Ils se feront du mal, il y aura des années fastes, des fâcheries, mais toujours ils se retrouveront.
   
   Vous devez vous dire le happy-end va être parfaitement sucré et écœurant. Et bien non, il y a un grain de sable quelque part.
   
   L'auteur a été scénariste pour la télévision et le cinéma, çà se sent, tout au long de ma lecture j'ai pensé que le roman était écrit pour faire un film. C'est le cas en effet, il sortira en septembre je crois, avec Anne Hathaway et Jim Sturgess. Préparez vos mouchoirs...
   
   Comme je le disais plus haut, une lecture agréable, qui aurait gagné à être un peu plus courte. Je me fais l'effet d'avoir mis la main dans un paquet de bonbons Haribo. Je sais que je ne recommencerai pas de sitôt, mais un peu de régression paresseuse m'a fait plaisir.
    ↓

critique par Aifelle




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Un jour, deux vies
Note :

   Emma. Dexter. Un garçon. Une fille. Lorsqu'ils passent la nuit ensemble, le 15 juillet 1988, juste après leur remise de diplômes, ils ignorent à quel point ce jour va influencer leurs vies. Et pourtant, ils n'ont rien en commun : Dexter est arrogant, frivole et pédant, Emma est sensible, idéaliste et mal dans sa peau.
   
   Cette nuit d'ivresse aurait pu rester sans lendemain, mais les deux jeunes adultes, à la croisée des chemins, décident de rester amis. Au cours des mois suivants, Dexter s'étourdit dans le frisson de voyages au bout du monde et multiplie les conquêtes, tandis qu'Emma vivote entre un job dans un restaurant crasseux et une compagnie de théâtre amateur, essayant de concilier ses principes moraux et la réalité des choses.
   
   Pendant près de vingt ans, ils vont se retrouver, se croiser, s'éloigner, s'aimer et se détester. À travers les instantanés de chaque 15 juillet, date dont la double signification n'apparaîtra qu'à la toute fin du roman, on devine l'évolution de leur relation tumultueuse, entre amour et amitié, au hasard des rencontres et des aléas de leurs vies respectives. Et c'est peut-être au moment où ils seront le plus éloignés l'un de l'autre, emportés par le tourbillon de l'existence, que le destin les rapprochera, une fois encore...
   
   Une couverture aux tons pastels, un titre en apparence banal, un couple de jeunes gens tour à tour séparés puis réunis... Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce livre une (mauvaise) comédie romantique. Et pourtant, à y regarder de plus près, la photo de la couverture, aux couleurs travaillées, fige pour un instant l'étrange amour qui unit ces deux êtres ; le titre joue sur l'ambiguïté entre l'indéfini de l'article et la précision de la date du 15 juillet, clef de voûte du roman ; et la relation complexe que tissent les héros au fil des ans n'a rien d'un scénario écrit à l'emporte-pièce.
   
   Dès les premières pages, David Nicholls parvient à nous entraîner dans le tourbillon de cette histoire d'amour improbable entre deux êtres que tout sépare, et qui finiront par se retrouver, un jour, après bien des déchirements et des égarements. Avec un sens du détail et une finesse remarquable dans la peinture des caractères, l'auteur nous plonge dans la vie tumultueuse d'Emma et Dexter, deux jeunes gens aussi différents que faits l'un pour l'autre. Le lecteur s'attache très vite à ces deux héros, tout en les maudissant parfois lorsqu'ils retombent dans leurs travers : Emma ne peut s'empêcher de se raccrocher à ses grands principes moraux, tandis que Dexter, Don Juan de pacotille, tombe les filles et s'étourdit dans la futilité du monde des médias, sans voir l'abîme dans lequel il finit immanquablement par sombrer.
   
   Porté par un mélange subtil de sensibilité et d'ironie, "Un jour" est un roman au charme indéfinissable, teinté de nostalgie et de regrets évoqués à demi-mot. L'écriture, légère et plaisante, nous livre des dialogues ciselés, où l'amertume et le sarcasme laissent poindre l'ampleur des sentiments et des non-dits. Sans jamais tomber dans le convenu ou la mièvrerie, même s'il ne parvient pas à se défaire entièrement de certaines facilités, notamment vers la fin, ce roman conjugue une magnifique histoire d'amour-amitié et un portrait extrêmement fidèle et précis de la société de ces vingt dernières années, faisant de ses deux héros le miroir d'une génération aux illusions perdues et aux rêves avortés.
   
   En bref, grâce à sa construction atypique, à ses personnages fouillés et à son humour so british, qui affleure dans les dialogues ou les réflexions des deux héros, "Un jour" est un petit bijou de tendresse, une histoire d'amour un peu simple mais envoûtante et rafraîchissante, un excellent roman, délicatement clos sur lui-même, comme une façon de faire renaître l'espoir après la tragédie.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Quand Dexter rencontre Emma
Note :

   Il n’y a rien de plus horripilant quand, au cinéma, on voit deux personnes qui visiblement sont faits l’un pour l’autre et ne parviennent pas à se l’avouer. Ca, c’est surement mon côté fille.
   
   Emma et Dexter ont passé une nuit ensemble. J’ai relu le passage trois fois : passé la nuit dans le même lit n’implique pas forcément que… Bref, ils vont devenir de vrais amis avec tout ce que cela comporte : confidences, engueulades, coup de chaud - coups de froid, éloignement, rapprochements et même, oui… enfin!
   
   Si Dexter est un papillon qui… papillonne, ma foi, Emma est, avouons-le, plus réservée dans ses désirs et ses épanchements. D’ailleurs, n’en pince-t-elle pas un peu pour le beau Dexter? Lui va devenir une star de la télé et elle va essayer d’écrire un roman tout en végétant dans de petits boulots.
   
   La structure du livre part du principe de raconter une journée, toujours la même, le 15 Juillet, jour de la Saint Swithin (Saint Donald en France!!) et on ne saura jamais le pourquoi de ce choix. L’idée est sympa puisque ça enlève l’ennui de devoir se coltiner des tartines de repères chronologiques. C’est un peu comme si on braquait un projecteur sur les scènes essentielles, un accélérateur de temps en quelque sorte. Seulement le problème vient de cette décennie évoquée : les années 90. Que peut-il rester de cette décennie? Niveau politique, aucun conflit majeur, pas de grands hommes, si l’on fait exception de Mandela en Afrique du Sud, de la perestroïka et du douloureux déchirement Yougoslave. D’ailleurs, dans le livre, il n’est quasiment pas question de politique. Bien vu. Côté social, il semblerait que le monde se soit résigné à subir une mondialisation et une globalisation sans lever le petit doigt, exception faite de quelques fous de Dieu qui se sont trompés d’époque.
   
   Niveau culturel? Les derniers génies ont disparu, et même dans le domaine du septième art, ça commence déjà à sentir le business programmé. Reste la bande-son : Cranberries, Blur, Shed Seven (hé, qui se souvient encore de ce groupe??). Bref, là où le même bouquin aurait gagné en profondeur et en contrastes s’il avait été transposé au cœur des années 60 (ou à tout autre époque), il ne reste qu’un squelette d’événements. Tout repose alors sur la relation entre Em et Dex (dit comme ça, on pense à un service de livraison de colis, n’est-il pas?). Allez, on ne va pas faire la fine bouche. On les aime bien ces personnages, si bien que j’avais constamment le visage d’acteurs pour les rôles principaux : Emma Thompson (même le prénom colle!) et Jeff Bridges. Mais je suis déjà hors course car ces deux là ont largement dépassé l’âge des protagonistes. Jetons un coup d’œil sur la distribution du film (oui, aujourd’hui le moindre succès de librairie atterrit sur le bureaux d’agents d’Hollywood, à croire qu’il n’existe plus de scénaristes) : Anne Hathaway et Jim Sturgess. Jamais entendu parler. Je crois que je suis devenu un vieux crouton.

critique par Walter Hartright




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