Lecture / Ecriture
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Le Livre d’images de Alberto Manguel

Alberto Manguel
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Né en Argentine en 1948, Alberto Manguel a passé ses premières années à Tel-Aviv où son père était ambassadeur. En 1968, il quitte l’Argentine, avant les terribles répressions de la dictature militaire. Il parcourt le monde et vit, tour à tour, en France, en Angleterre, en Italie, à Tahiti et au Canada, dont il prend la nationalité. Ses activités de traducteur, d’éditeur et de critique littéraire le conduisent naturellement à se tourner vers l’écriture. Composée d’essais et de romans, son oeuvre est internationalement reconnue. Depuis 2001, Alberto Manguel vit en France, près de Poitiers.
Source: Editeur

Le Livre d’images - Alberto Manguel

Réflexions sur l’image
Note :

   Ce titre a une connotation volontairement enfantine (l’enfant et son livre d’image). Manguel veut rester proche du plaisir de contempler les images, que l'adulte doit conserver. Dans l'incipit il se souvient, enfant, d’avoir admiré le tableau de Van Gogh "Barques sur la plage de Sainte-Marie", et il fut pour la première fois fasciné par un tableau "la plage multicolore de Van Gogh ".
   Ce n’est pas la première fois qu’il parle de cette peinture; ailleurs il nous parlera de l’effet de symétrie des barques, ici dans ce chapitre "l’image-récit ", il place la peinture dans une optique résolument narrative; tout tableau suscite une histoire à raconter. Tout au moins pour celui qu'il appelle "le spectateur ordinaire", soit une première approche des œuvres d'art.
   Cette histoire est faite à la fois du contexte dans lequel le tableau a été peint (pour Van-Gogh évocation de son contact avec la méditerranée du pèlerinage des Gitans à Sainte-Marie, du nom d’une des barques, d’événements dramatiques…) et sa propre réaction face au tableau dans une optique autobiographique. Les deux conjugués nous font imaginer quelque histoire à partir du tableau.
   
   J’aime aussi le chapitre “L’Image-connivence”. Manguel y explique comment l'on peut peindre une personne ou un objet qui nous représente, sans que ce soit le moins du monde un autoportrait. On s’attache aux personnages de Gonçalvès, l’homme lettré et poilu comme un singe, à sa famille, notamment Tognina (on peut les voir au Kunsthistorisches Muséum de Vienne et à la National Bibliothek (pas demain la veille pour moi!) et aux portraits qu’en fit Lavinia Fontana, être d’exception comme elle, puisque femme et peintre au dix-septième siècle.
   
   Dans "l’Image-absence" Manguel tente de saisir le sens que l’on peut donner aux tableaux qui ne veulent plus représenter des objets identifiables. C’est à partir de Joan Mitchell et de ses deux pianos qu’il réfléchit à la problématiques de cet art de l’irreprésentable, mais aussi de l’œuvre de Jackson Pollock. "Le mot empêche le silence de parler" disait Beckett.
   
   Le refus de représenter des personnes vivantes remonte "à la tradition des philosophes iconoclastes du VIIIème siècle . Les premiers chrétiens avaient hérité de la méfiance des Juifs envers les représentations de sujets vivants, même s’ils ont continué, suivant la tradition romaine à décorer d’images religieuses les catacombes et les tombes.

   Joan Mitchell partage le credo artistique de Pollock, en gros, ne pas dépeindre ce qui ne peut être dépeint, garder aux perceptions ce qu’elles ont d’incommunicables, travailler hors langage.
   Cependant dans cette absence, où dans ce peu de représentation (dans les Deux pianos, il y a déjà ou encore des traces de piano…) Manguel voit bien des choses: la symbolique de couleurs qui est un langage, le contexte dans lequel le tableau fut peint, le titre du tableau, et il fait vivre pour nous ces œuvres à sa manière, en retraçant la vie et les conversations des artistes entre eux.
   
   Inversement à l’image qui se veut pure peinture, sans signification (avec Manguel c’est raté!) les artistes du seizième siècle au Pays-Bas, tel Robert Campin, conçurent des compositions chargées de significations telle cette "Vierge à l’enfant" dans laquelle tous les éléments sont porteurs de sens cachés.
   
   C’est l’occasion pour Manguel de nous faire un remarquable historique des représentations des vierges à l’enfant à travers les siècles jusqu’à celle humoristique de Max Ernst "La vierge châtiant l’enfant devant témoins".
   
   
   Les variations de Manguel sur l’image sont au nombre de douze. J’ai aimé toutes ces variations, qui nous font voyager dans l’histoire de l’art, comme dans la littérature de laquelle Manguel ne s’éloigne jamais, avec érudition et dans un langage simple, mais jamais simpliste. Il nous rend les artistes et leurs œuvres vivantes et proches de nous, et y mêle comme il le fait toujours des souvenirs autobiographiques en rapport avec son propos.
   
   Certains chapitres sont moins pertinents le dernier sur Le Caravage ( l'Image-théâtre) est plutôt moins bon que ce que j’ai lu avant sur lui.
   
   L'ensemble est néanmoins à lire et à relire!!!

critique par Jehanne




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