Lecture / Ecriture
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La position du tireur couché de Jean-Patrick Manchette

Jean-Patrick Manchette
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  Chroniques

Jean-Patrick Manchette est un écrivain français de romans policiers, critique littéraire et cinématographique, scénariste et dialoguiste de cinéma, et traducteur. Il est né en 1942 à Marseille et mort d'un cancer en 1995 à Paris.

La position du tireur couché - Jean-Patrick Manchette

Polar glacé
Note :

   C’est l’écriture de Jean-Patrick Manchette qui me laisse cette impression de "glacé". Glacé au sens où le papier est glacé par exemple; brillant, aux contours bien dessinés, et à la vie comme figée. Les traits et contours sont nets et parfaitement définis, ne laissant pas de place au doute, à l’impondérable… Un peu ce qu’est une photo à un bout de film. Esthétiquement plus accompli mais sans la vie. C’est le dépouillement du style, sans aucun doute, qui génère cette impression. Froidement efficace d’où… glacé!
   
   Martin Terrier, Christian pour ses employeurs, est un ancien militaire, remarqué durant son service, qui a été recruté par "la Compagnie", entité mystérieuse, pour exercer la fonction de tueur à gages. Apparemment Christian en a exécuté des contrats, en a gagné de l’argent, et il a décidé maintenant de raccrocher. Il a décidé aussi d’aller retrouver Anne, son amour de jeunesse, qu’il avait quittée dix ans auparavant le temps de faire fortune et à qui il avait demandé de l’attendre.
   
   La Compagnie manifeste son désaccord. Elle souhaiterait qu’il exécute encore un dernier contrat et diverses embûches (embûches = cadavres et avanies en tous genres) sont mises en travers du chemin de Christian. Anne par ailleurs, une fois retrouvée, ne l’a pas attendu. Elle s’est mariée. On se doute bien que cela ne va pas arrêter un tueur à gages, de même que la décision d’un tueur à gages ne va arrêter la Compagnie pour lui imposer sa volonté.
   
   Il y a de la viande refroidie et les choses n’évolueront selon le souhait d’aucune des parties. La fin est plutôt désespérée et désespérante. Pour autant qu’il puisse y avoir de l’espoir pour un tueur à gages!
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critique par Tistou




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Ce qui se fait de mieux dans le genre
Note :

   "La position du tireur couché" (1981) est cité parmi les meilleurs Manchette. Aride et sanglant, les amateurs du genre sont comblés, à une ou deux invraisemblances près. Très bien ficelé, inattendu comme toujours avec cet écrivain atypique que je préfère beaucoup à Don Westlake qu'il admirait. Je ne vais pas écrire que "ce n'est pas seulement un auteur de romans policiers mais aussi un véritable écrivain", il m'en voudrait, lui qui recensa et moqua ces lieux communs de la "connerie culturiste".
   
   L'intrigue est associée à la fameuse écriture comportementaliste chère au scénariste dans l'âme qu'était Jean-Patrick Manchette : "elle demeurera linéaire, ramassée, essentiellement factuelle; elle avancera à coups de petits paragraphes et de courts chapitres; les violences y seront régulières et spectaculaires (perforations, combustions, gerbes de sang), les dialogues nombreux et hachés (...)....un rêve de roman noir." (du bel article de Gilles Magniont, Magazine Littéraire[2] de juin 2015).
   
   Malgré le vent froid, au propre comme au figuré, qui souffle du début à la fin de ce récit sombre, j'ai l'impression d'avoir lu ce qui se fait de mieux dans le genre. Un personnage central exceptionnel, expert et loser, chevalier froid et pincé (l'amour), même pas touchant en position couchée.
   
   Un immanquable.

critique par Christw




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