Lecture / Ecriture
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Maudit soit le fleuve du temps de Per Petterson

Per Petterson
  Pas facile de voler des chevaux
  Maudit soit le fleuve du temps
  Je refuse

Per Petterson est un écrivain norvégien né en 1952.

Maudit soit le fleuve du temps - Per Petterson

Grand du Nord
Note :

        Le titre ne me plait pas forcément, sorte de référence pompeuse mais banale. Je m'empresse de dire que c'est bien tout ce qui ne me sied guère dans ce livre, tout proche du chef-d’œuvre. "Pas facile de voler des chevaux" m'avait déjà emballé.
   
   Arvid, la petite quarantaine, le narrateur de "Maudit soit le fleuve du temps", au bord du divorce, un vrai loser, rejoint sa mère malade, dans une petite île au Danemark où elle a vécu avant Oslo. Une île nordique fait évidemment penser à Bergman, figure imposante du voisinage septentrional. Et il faut bien admettre que ce face-à-face tardif, voire ultime entre la mère et son fils, peut sembler proche de l'univers de l'homme de Faro. "Familles je vous hais" disait l'autre. Mais pas de haine ici, de multiples incompréhensions, des souvenirs qui réveillent une adolescence pas terrible, un engagement politique qui conduit à l'impasse, ce qui ne me surprendra jamais, un frère cadet mort très jeune. Dira-t-on jamais assez comme l'enfant disparu se fait un peu l'assassin d'une fratrie?
   
       A l'heure où sa mère se découvre en partance, où son père pourtant présent à l'état-civil et même là-haut dans la maison familiale d'Oslo ne lui est d'aucun secours, ils se ressemblent si peu, à l'heure où ses deux filles doucement s'éloignent, Arvid se penche sur son passé, pas d'apitoiement, Per Petterson ne donne pas dans le mélo. Des questions en l'air, des regrets, la méconnaissance mutuelle. Qu'est-ce qu'une famille? Et quel en est le ciment? A partir de quand s'effrite-t-il?Bouleversant dans sa pudeur, un livre inoubliable que "Maudit soit le fleuve du temps".  
   
             Je voudrais oser un barbarisme. Très attiré par le Nord, je crois que la scandanivicité existe, qu'elle importe beaucoup et qu'elle est souvent douloureuse. Voilà trois pays qui n'ont pas la même langue, mais, qui très proches lexicalement, se comprennent. Même si la langue anglaise a tendance à coiffer tout ça par commodité et par habitude éducationnelle déjà ancienne. Ces trois pays sont petits, souvent rivaux, un peu arrogants du voisin et leur relatif éloignement les a conduits souvent à lorgner vers Londres ou Hollywood. Mais je crois très fort à leur identité multiple et à la source commune littéraire, musicale ou plastique, passionnante et ouverte, austère et débridée, de Münch à Ibsen, d'Andersen à Mankell, de Dreyer à Christensen. Il y a toujours un ferry entre Copenhague et Malmö, entre Göteborg et Aarhus. Il y a toujours un lien très fort entre ces hommes du Nord qui s'étend parfois jusqu'à Reikjavik. Il y a surtout d'immenses écrivains dont je parle assez souvent, et d'autres, cinéastes ou rockers. Le froid et l'insularité parfois extrême de ces régions doivent piquer délicieusement l'inspiration.
   
      Avec un montage balançant entre passé et présent, le présent se déroulant lors de la chute du Mur, la passé dans les années soixante-dix et quelques allusions à la petite enfance d'Arvid, "Maudit soit le fleuve du temps" ressemble à notre vie, comme dans les livres de Lars Saabye Christensen ou Lars Gustafsson, juste un peu plus septentrionales mais pas moins désespérées. Heureusement, pas toujours.
   
   
      "Notre amitié était morte, et je me suis aussitôt surpris à le regretter, à regretter le passé disparu et l'avenir impossible. Mais nos étés avaient sombré. Pas uniquement parce qu'au bout de vingt-cinq ans je les avais oubliés:surtout parce que, désormais, ça n'avait plus de sens de s'en souvenir".

      Ces trois lignes m'ont particulièrement touché à l'heure des sites qui vous permettent de "retrouver" les copains d'il y a 35 ans. Comme si c'était possible. A pleurer.
    ↓

critique par Eeguab




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Un roman apaisant
Note :

   "J'en accomplissais tous les gestes, je les accompagnais des mimiques appropriées. Et, en me voyant, on devait se dire que mes activités avaient un sens, alors qu'elles n'en avaient aucun."
   

   Pourquoi le narrateur et sa mère sont-ils séparés, de manière figurée, par un fleuve?
   
   Pour tenter de comprendre et d'abolir cette distance, le narrateur, âgé d'une trentaine d'années mais pas vraiment encore adulte, décide de suivre celle qui, malade, vient de partir pour le Danemark. Là, les souvenirs refont surface et, de manière fragmentée, se révèlent deux parcours plein de zones d'ombre.
   
   Pas d'hystérie, juste une gifle sonore, mais de la tendresse qui circule de manière feutrée et un adulte en devenir qui revient sur ses engagements un peu naïfs de jeunesse.
   
   Un roman apaisant, sans volonté démonstrative, tout en finesse et délicatesse.
   
   279 pages fluides.

critique par Cathulu




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