Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La chorale des maîtres bouchers de Louise Erdrich

Louise Erdrich
  Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse
  L'épouse antilope
  La malédiction des colombes
  La chorale des maîtres bouchers
  Ce qui a dévoré nos cœurs
  La consolation des grands espaces
  Le jeu des ombres
  La décapotable rouge
  Dans le silence du vent
  Femme nue jouant Chopin
  Le Pique-nique des orphelins
  LaRose

Karen Louise Erdrich est une écrivaine née en 1954 aux États-Unis, se rattachant au mouvement Native American Renaissance.

La chorale des maîtres bouchers - Louise Erdrich

Un Chef d'œuvre!!!
Note :

    Présentation de l'éditeur
   « 1918.
   De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père. Des années 1920 aux années 1950, entre l'Europe et l'Amérique, ce roman à la fois épique et intime retrace le destin d'une famille confrontée au tumulte du monde. »

   
   N'ayons pas peur des mots: un Chef d'œuvre!!!
   J'ai tout simplement adoré ce roman qui m'a totalement accaparée. Tant et si bien que j'ai bien du mal à trouver les mots pour vous faire partager cet excellent moment de lecture.
   
   La plume de Louise Erdrich m'a bercée quasi d'un bout à l'autre. Avec une histoire de tous les jours, elle nous transporte de l'autre côté de l'Atlantique et nous fait partager l'existence simple, fantasque, d'un petit groupe lié par des liens familiaux, amicaux entre 1920 et 1950. Portrait de famille, mais également d'une époque, d'une culture bousculée par le Nouveau Monde, par les événements politiques et économiques.
   
   De prime abord, une histoire classique, un jeune allemand, Fidelis, de retour de la première guerre mondiale, qui épouse, Eva, la fiancée de son ami mort durant cette guerre. Son départ pour l'Amérique sur un coup de tête pourrait-on dire, cette terre promise, qui déjà fascine bon nombre d'européens. Son parcours en lui-même est déjà fantastique, mais quand l'auteur intercale les chapitres consacrés à Delphine et Cyprian, le lecteur se demande bien vers quoi Louise Erdrich va l'entraîner. Comment les événements vont-ils rassembler ces deux saltimbanques et ce jeune allemand terre à terre bientôt rejoint par femme et enfant qui cherche à réussir sa vie? C'est tout l'art de la narration de l'auteur de nous conter avec simplicité ces destinées, ces fils qui se croisent pour ne plus se détacher tout en nous racontant les difficultés d'installations, de la vie quotidienne, le regard d'autrui sur les étrangers, la fille d'un alcoolique (meurtrier?) qui vit avec un homme au mépris des conventions, mais avec une alliance fantoche pour alliée. Dont la meilleure amie est un croque-mort, dont le shérif grassouillet est épris...
   Et là vous vous dites, mais c'est quoi ces histoires? Quel est le lien? Comment s'y retrouve-t-on?
   
   Le lien c'est cette petite ville d'Argus, ce sont des liens et des vies qui se croisent, c'est le quotidien de ces gens simples que la vie réunit et c'est (je me répète) une réussite! Mais je ne veux pas vous en dire plus afin de vous laisser découvrir ce roman par vous-même.
   
   
   Titre original: « The Master Butchers Singing Club »
   ↓

critique par Delphine




* * *



Une belle saga familiale
Note :

   L'un des grands bonheurs ressentis à la lecture de ce roman, c'est premièrement qu'il répondait à mon attente, à savoir lire une bonne saga familiale et villageoise "de derrière les fagots" qui tourne bien carrément, et l'autre bonheur est d'avoir été tout de même surprise...
   
   En effet Fidélis, sa femme Eva travaillent dur pour élever leurs quatre fils et faire tourner leur boucherie sans rien céder côté qualité.
   Mais apparaissent vite deux personnages essentiels, Delphine et Cyprian.
   "Comment ne pas aimer un homme qui jonglait avec tant d'intelligence? Comment ne pas aimer un homme qui ne vous lâchait pas pendant que, chez votre père, le shérif, les adjoints et les entrepreneurs des pompes funèbres remontaient trois cadavres de la cave"

   
   La vie n'est pas un long fleuve tranquille, même dans ce bourg américain du fin fond de la campagne, et c'est rarement que l'on vit
   "Une vie sans histoires, sans obstacles ni sursauts. Ni calage non plus. C'était le genre de vie dont on ne sait pas au moment où on la vit que c'est une vie heureuse."

   
   La grande Histoire est là mais sans en abuser.
   "Fidelis rentra chez lui à pied en douze jours de la grande Guerre, et dormit trente-huit heures dès qu'il se fut glissé dans son lit d'enfant. Quand il s'éveilla en Allemagne, fin novembre 1918, il n'était qu'à quelques centimètres de devenir français sur la carte redessinée par Clémenceau et Wilson, un fait sans importance au regard de ce que l'on pourrait manger."

   
   Je signale tout de même que cette fameuse chorale du titre n'est vraiment qu'anecdotique!
   
   Je m'en voudrais de trop en raconter et vous encourage à découvrir tous les personnages attachants de cette histoire écrite avec fluidité et une grande délicatesse. J'ai aimé l'impression que les durées soient élastiques, de longs passages narrent en détail des événements palpitants, et puis on se retrouve des années plus tard. Ou plus tôt.
    ↓

critique par Keisha




* * *



Des personnages qui valent le détour…
Note :

   C’est le deuxième roman que j’ai lu de Louise Erdrich après "Ce qui a dévoré nos cœurs", et je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si totalement différent. La thématique des Indiens d’Amérique qui avait profondément inspiré le premier n’apparaît ici qu’accessoirement, et encore seulement tout à la fin…
   Mais tant mieux si cette auteure est capable de se "diversifier", de ne pas se cantonner à un genre particulier, de ne pas se laisser enfermer dans la catégorie "littérature indienne"…
   
   Ceci dit, j’ai aussi beaucoup aimé ce roman-ci, bien qu’un peu moins que le premier tout de même.
   Dans ses remerciements à la fin, Louise Erdrich précise que son grand-père avait été un boucher allemand qui s’était battu dans les tranchées du côté allemand pendant la Première Guerre mondiale, et c’est visiblement le point de départ de cette histoire, même si elle affirme qu’il s’agit d’une œuvre de fiction.
   
   Le boucher ici s’appelle Fidelis Waldvogel. De retour de la guerre, il épouse Eva, la fiancée enceinte de son ami mort. Au début des années vingt, la crise économique et la pauvreté qui s’ensuit le poussent à quitter l’Allemagne pour émigrer aux Etats-Unis. Comme seul bagage, il emporte une valise pleine de couteaux de boucherie et de saucisses fabriquées par son père. La vente des saucisses financera son installation dans la ville d’Argus, dans le Dakota du Nord, où il ouvrira une boucherie. Pourvu d’une voix exceptionnelle, il perpétue la tradition familiale du chant en réunissant les hommes de la bourgade en une chorale, tandis qu’Eva, sa femme, s’emploie à faire prospérer la boucherie pour subvenir aux besoins de sa famille qui s’agrandit de plus en plus. En cela, elle est aidée par Delphine, une jeune artiste de cirque revenue au pays pour s’occuper de son père alcoolique. Eva et Delphine vont devenir des amies très proches, et à la mort d’Eva, Delphine continuera de veiller au destin de la famille Waldvogel…
   
   C’est donc une grande épopée familiale qui est déroulée sous nos yeux, de 1918 jusqu’après le Deuxième Guerre mondiale, avec des thèmes récurrents : départ, retour, amour, abnégation, sentiment du devoir, deuil, douleur… et l’histoire qui est un éternel recommencement.
   
   Il n’y a rien de sensationnel dans ce roman, tout juste les hauts et les bas d’une famille d’émigrants dans une bourgade en train de se construire et de grandir. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser parfois à la "Colorado Saga", cette épopée de James A. Michener, et ceci à double-titre, car j’ai aussi retrouvé dans les "Maîtres bouchers" un côté un peu vieillot, avec sa narration linéaire, sa construction sans recherche particulière, mais captivant d’un bout à l’autre grâce à ses personnages auxquels on s’attache vivement.
   
   Un roman donc pour se détendre, pour passer un bon moment.

critique par Alianna




* * *