Lecture / Ecriture
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La passerelle de Lorrie Moore

Lorrie Moore
  La passerelle

La passerelle - Lorrie Moore

Mères et filles
Note :

   "Il fallait bien vivre, ne serait-ce que par politesse."
   
   Fraîchement débarquée de sa campagne du Midwest, la toute jeune Tassie (vingt ans) découvre avec avidité la ville, l'université et ce qu'elle croit être l'amour. Comme job d'appoint, elle devient baby-sitter pour un couple de ce que nous Français appellerions des bourgeois bohèmes qui vont adopter une enfant métisse, Mary- Emma.
   
   La situation paraît idyllique mais rapidement la belle image va se craqueler. D'abord parce que Tassie va découvrir le racisme larvé dans cette petite ville de Troie qui se dit progressiste. Ensuite parce que le couple cache un secret qui va bientôt refaire surface.
   
   En contrepoint de ces désillusions progressives, Tassie doit aussi composer avec une famille aimante et néanmoins atypique. De toutes façons quelle famille conviendrait à celle qui se tient au bord de l'âge adulte? L'insouciance de Tassie qui admire sa patronne et enregistre avec passion tout ce qui lui paraît d'une sophistication extrême va bientôt céder la place à une dépression qui ne dira pas vraiment son nom.
   
   De pétillant et plein d'esprit, le récit glisse dans un registre plus poignant, sans tomber dans le pathos, et le désenchantement de la jeune fille va bientôt prendre une portée plus grande encore et rejoindre une désillusion nationale. Le 11 septembre mais surtout l'Afghanistan ont laissé leurs séquelles empoisonnées...
   
   C'est avec bonheur que j'ai retrouvé dix ans après sa dernière parution en français, le style imagé et vif de Lorrie Moore. Elle embarque son lecteur, l'étourdit un peu mais c'est pour mieux le cueillir d'un direct au plexus quand il ne s'y attend vraiment pas par une scène qui broiera le cœur de toute mère. Des retrouvailles réussies, le nombre de pages cornées peut en témoigner.
   
    361 pages à lire par les mères et les filles.
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critique par Cathulu




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Rien de neuf n’en sort
Note :

   Dans l’Illinois, une année de la vie de Tassie, une étudiante de vingt ans à la recherche d'un job de baby sitter. C’est Sarah une femme de 45 ans, blonde peroxydée, amateur de musique classique qui l’emploie. Elle tient un restaurant de luxe, ce type d'établissement dans lequel vous pouvez commander des plats aux noms bizarres comme des titres de tableaux; vous vous demandez si c'est vraiment de la nourriture? et puis en définitive c'est tout simplement raffiné et excellent... sauf pour votre carte de crédit.
   
   Sarah, on le sent tout de suite, est la carte maîtresse du récit. Un personnage complexe, à la fois intellectuelle, avec des penchants artistiques, excellente commerçante, souffrant de fréquentes sautes d'humeur, et d'égarements.
    
     Le bébé de Sarah n’est pas encore là! En fait, Sarah va acheter un bébé à une agence d’adoption; celle-ci s’occupe de faire des transactions entre des "mères biologiques " qui ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants, et des parents voulant s'en procurer rapidement.
   
   Tassie assiste aux procédures pour l’adoption de Mary-Emma une petite métisse de deux ans. Cette enfant est confiée à Sarah pour six mois à l’essai, avant l’adoption définitive.
    
    Tassie est narratrice de cette année si particulière de son existence. Il s’agit non seulement du devenir de la fillette dont elle s’occupe, mais de ses relations avec Sarah et son mari qui participe à l’adoption. La fillette est en butte à un racisme tantôt violent tantôt bien pensant, et Sarah convoque d’autres parents d’enfants métisses ou de couleur pour discuter.
   
   Nous avons droit à de longues conversations lassantes car rien de neuf n’en sort.
   
   Mary-Emma est une fillette très sympathique; en dépit de son existence compliquée et instable, elle est curieusement bien équilibrée, toujours contente, et plus raisonnable que les adultes. Cela est-il vraisemblable? J'aurais aimé que l'enfant soit plus revendicatrice.
   
   Plus intéressant : les futurs parents de Mary-Emma ont un secret, qui va être révélé…
    
   Moins bien : la vie de Tassie chez ses parents à la campagne. Son père est agriculteur et s’occupe principalement de la culture de certaines variétés de pommes de terre. Sa mère est dépressive et son frère va s’engager en Afghanistan. Tout cela n’est pas rendu de façon bien neuve… 
    
   Un ensemble assez intéressant, pas très original, malgré de bonnes pages. J’ai passé toutes les conversations assommantes entre parents qui racontent leurs vies, ainsi que pas mal de pages relatives à la  mère de Tassie, à son frère, aux obsèques de son frère, à ses réactions… je suis sévère, mais j’ai lu tellement de romans et chez quelques uns dont ces types d’événements et les pensées qui en résultent ont des accents plus justes …
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critique par Jehanne




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Délicieusement dérangé
Note :

   Tassie a vingt ans et quitte sa ferme natale dans le Midwest pour aller à la fac. Elle a vécu jusqu'à présent entre un père luthérien, producteur de pommes de terre assez original, une mère juive neurasthénique et un jeune frère un peu paumé. Elle découvre la ville, la fac, les amis, la fantaisie, la liberté.
   
   Elle se met alors en quête d'un petit boulot et fait la connaissance de Sarah et Edward qui recherchent une baby-sitter pour l'enfant qu'ils vont adopter. Rapidement Tassie est fascinée par le couple, surtout Sarah qui tient un restaurant chic et réputé. L'arrivée de Mary-Emma, petite métisse de deux ans, à laquelle elle s'attache très vite va bouleverser sa vie. Dans le même temps elle tombe amoureuse pour la première fois d'un Brésilien qui suit avec elle des cours sur le soufisme.
   
   Il fut un temps où je n'aurais pas raté la sortie d'un Alison Lurie et d'un Lorrie Moore. C'est vous dire le grand plaisir que j'ai eu à retrouver cette dernière qui n'avait rien publié depuis dix ans. La dame n'a rien perdu de son acuité et de sa causticité. J'adore toujours ce mélange d'humour, d'ironie, et en même temps de gravité, de profondeur et de tendresse pour les personnages.
   
   Durant cette année d'apprentissage, la candide Tassie va voir se déchirer le voile des apparences et comprendre qu'elles peuvent dissimuler des abîmes. Elle se heurtera au racisme ordinaire, aux fêlures profondes qui marquent les êtres, aux mensonges entretenus par beaucoup. Ce sera l'année des pertes en tout genre, cruelles et inattendues.
   
   Comme toujours avec Lorrie Moore, l'image de l'Amérique triomphante et avide de réussite est sérieusement écornée. L'envers du décor est nettement plus pitoyable. Malgré les drames épouvantables qu'elle décrit (il y en a un qui m'a fait dresser les cheveux sur la tête) l'histoire est dominée par la fantaisie et un ton d'une drôlerie irrésistible. Un personnage est décrit comme "délicieusement dérangé" ; c'est tout le roman qui l'est...
   
   Si l'actualité n'est pas le thème principal du roman, elle est cependant bien présente dans les vies ordinaires. Le conflit en Afghanistan y a sa place, les traces du 11 septembre aussi. Et les pratiques liées à l'adoption ont de quoi laisser pantois vues d'ici.
   
   Si vous ne connaissez pas l'auteure, n'hésitez pas, commencez avec celui-ci. Il est à noter que plusieurs recueils de nouvelles ressortent cette année dans la collection "points".

critique par Aifelle




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