Lecture / Ecriture
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Le brave soldat Chvéïk de Jaroslav Hasek

Jaroslav Hasek
  Le brave soldat Chvéïk

Le brave soldat Chvéïk - Jaroslav Hasek

L’ami Bidasse
Note :

   La Guerre de 1914-1918 a produit un bon nombre de textes littéraires centrés sur un soldat ou un groupe de militaires, et une prise de parole des "poilus". L'œuvre de Jaroslav Hašek est un peu différente car son brave soldat Chvéïk naît à la littérature en même temps que parvient à Prague la nouvelle de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914 à Sarajevo.
   
   Ce premier volume des aventures du soldat Chvéïk couvre la période qui s'étend jusqu'à décembre 1914. Deux autres volumes suivront et Hašek connaîtra ainsi un bref mais vif succès. Dans la préface de l'édition française, J.R. Bloch en évoque l'adaptation théâtrale due à Piscator, représentée à Berlin en 1928. En Europe centrale, des statues évoquent encore aujourd'hui la mémoire du brave soldat tchèque.
   Bien loin d'être une chronique de la guerre sur le front austro-russe, l'œuvre de Jaroslav Hašek est une illustration ironique de la vie quotidienne du petit peuple tchèque, une impitoyable satire des institutions, particulièrement de l'armée et de tout ce qui représente le pouvoir k.u.k. — impérial et royal — qu'on appela aussi la "kakanie".
   
   La guerre éclata d'abord dans une atmosphère de nationalisme anti-serbe exacerbé et revanchiste: «Passant par Mala Strana, Chvéïk, arrivé devant le monument du maréchal Radetsky, se tourna vers la foule qui marchait toujours derrière lui et cria: à Belgrade!» Etait-ce un fou ou un provocateur dont la logeuse poussait la voiture d'infirme où il avait pris place à cause de rhumatismes supposés?
   
   
   Au début du récit, l'agent Bretschneider, un flic trop zélé, est à l'origine de l'arrestation de Chvéïk un soir de beuverie. Vendeur de chiens volés et pilier de bar dans le civil, notre homme, qui a accompli juste avant la guerre un service militaire qui a déjà esquissé sa réputation de crétin, notre homme donc va se retrouver réserviste, mais pas avant d'être passé devant des commissions médicales et psychiatriques qui s'interrogent sur sa santé mentale. Son comportement apparemment stupide, platement laudateur du moindre geste des policiers, des militaires et des juges est-il le signe d'un dérangement profond ou celui d'un simulateur? On ne sait que conclure à l'entendre s'adresser aux détenteurs de l'autorité uniquement à coups de variantes de cette formule: «Je vous déclare avec obéissance que…»
   
   Chvéïk devient le factotum de l'aumônier militaire, le Feldkurat Otto Katz. Une messe pour les soldats partant au front et l'administration de l'extrême-onction à des blessés graves donnent l'occasion à l'auteur de montrer un anticléricalisme radical. Il faut dire que l'aumônier catholique Katz est un ivrogne et un joueur invétéré. Une nuit, il perd au jeu son ordonnance. Voilà Chvéïk passé au service du lieutenant Lucas, collectionneur de femmes faciles. Celui-ci ayant la mauvaise idée d'acheter un chien, Chvéïk ne trouvera pas mieux que de lui vendre un griffon dérobé au caricatural colonel Kraus von Zillergut… chef hiérarchique de Lucas. C'est ainsi que le lieutenant va se retrouver muté au 91e Régiment d'infanterie à Budejovice avec Chvéïk comme ordonnance.
   
   Il faut réprimer l'envie de citer! Et laisser le lecteur découvrir par lui-même ce festival burlesque.

critique par Mapero




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