Lecture / Ecriture
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Le ciel, les étoiles, le monde sauvage de Rick Bass

Rick Bass
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Rick Bass, écrivain et écologiste américain, est né en 1958 à Fort Worth dans l'état du Texas. Il a étudié la géologie à l'Université d'Etat de l'Utah. Émule de Jim Harrison, il a commencé à écrire de courtes histoires alors qu'il travaillait comme géologue pétrolier à Jackson, au Mississippi... En 1987, il s'installe avec sa femme, l'artiste Elizabeth Hughes, à Yaak Valley, à l’extrême nord-ouest du Montana, près de Troy, où il œuvre à la protection de sa région d'adoption. Rick Bass siège au conseil d'administration du Conseil Yaak Valley Forest and Round River Conservation Studies.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le ciel, les étoiles, le monde sauvage - Rick Bass

La peau de l'ours
Note :

   Rick Bass est vraiment un magicien. Ce recueil de trois longues nouvelles est une merveille. Si "Les mythes des ours" relève du légendaire, sorte de transfert littéraire où le trappeur et l'ours ne font plus qu'un, si "Là où se trouvait la mer" raconte un destin pétrolier au Texas au début de l'exploitation dans une ambiance pas si éloignée d'un Faulkner sur fond d'aviation rudimentaire, si ces deux textes sont excellents, ils laissent la part belle à la nouvelle éponyme, étirée de 150 pages, "Le ciel, les étoiles, le monde sauvage", étourdissant voyage, admirablement traduit par Brice Mathieussent qui aura décidément fait beaucoup pour la littérature "sauvage" américaine. Une femme d'âge mûr retourne vivre dans le ranch texan de son grand-père. Sa mère, enterrée à même la falaise, morte très jeune l'accompagne au long de cette profonde évocation de ses vertes années en ce pays où homme et nature se fondent parfaitement en un rousseauisme "americana" où certains discerneront naïveté, où je ne vois que poésie et lyrisme.
   
     Les fameuses planches d'Audubon illustreraient parfaitement cette médiation active parfois nocturne dans ces lacs et ces rivières. Il suffit de se laisser dériver au fil de l'élégie parmi les engoulevents et les tatous, les lynx et, plus que tout, les aigles symboles. La narratrice raconte un épisode magnifique, parmi tant d'autres. Découvrant un aigle probablement empoisonné la jeune adolescente le recouvre d'une chemise avant de revenir le lendemain pour le hisser, loin et haut, dans les branches d'un vieux chêne, masqué par des cèdres, et de lui redonner ainsi ses deux mètres d'envergure et sa vue plongeante sur la rivière. Il y a pas mal d'écrivains dits du Montana. En France on aime les lire, parfois avant de jeter nos papiers gras. Plutôt que de persifler ainsi mieux vaut les escorter en leurs tribulations parmi pierre, faune et flore, et humanité aussi bien que celle-ci, contrairement aux trois premières, ait bien du mal à connaître sa propre histoire. Le grand cycle poursuit sa route mais hélas il semble que les roues du siècle écrasent ou pour le moins écartent des créatures millénaires. Retour au respect prochain? Possible? Douteux?
   
      N'ayez crainte. Rick Bass n'est pas du genre à pensums écologiques. Si vous décidez de vivre un peu avec son héroïne, parmi les cris d'oiseaux de son grand-père attirant les colibris, les craintes nocturnes du vieux Chubb, les appels de sa mère toute proche, les courageuses actions de son père pour freiner l'hécatombe de la diversité, vous passerez un joli moment en littérature, de la plus belle eau. Ce mot de la fin coule de source après une telle lecture.

critique par Eeguab




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