Lecture / Ecriture
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Totally killer de Greg Olear

Greg Olear
  Totally killer

Totally killer - Greg Olear

Début difficile, fin en apothéose
Note :

   New York, 1991. Taylor Schmidt, une charmante jeune femme de 23 ans débarque de son Missouri natal. Toute nouvelle diplômée, elle ne réussit pas à trouver de boulot. Elle écume les bureaux de placements sans succès. Un jour, dans la boîte à lettres de l'appartement qu'elle partage avec Todd Lander (le narrateur), elle trouve une annonce d'un bureau de placement pas comme les autres :
   "Des jobs pour lesquels vous seriez prêts à tuer.
   Marre des autres agences ? Essayez la meilleure - QUID PRO QUO." (p.37) 

   Dans cette agence, il suffit de dire ce qu'on veut faire et on obtient un poste à peu près correspondant, très rapidement. Mais il existe une contrepartie. Un prix particulièrement difficile à payer.
   Qu'il m'a été difficile de résister à la première partie du bouquin: la mise en place des personnages, des situations est très longue. Beaucoup de références à l'année 1991 avec des noms de personnes et de lieux a priori connus, mais pas de moi. Loin d'être un spécialiste des Etats-Unis et pas forcément passionné par les années 90, je m'y suis perdu. Heureusement, il y a de bons passages qui permettent de tenir. Et tant mieux serais-je tenté de dire, parce qu'à partir de la page 131, l'histoire s'emballe. Et là, je me suis retrouvé en plein roman noir à la fois grinçant, drôle et dérangeant. Voilà le passage qui, selon moi, fait basculer vraiment le livre: "Tandis qu'il la tenait serrée tout près de lui, Taylor prit conscience de deux choses en même temps. Premièrement, le lendemain était le jour de son entretien de suivi avec le boss de Quid Pro Quo (dont le nom n'avait jamais été mentionné par Asher) et il allait être question du remboursement.
   Deuxièmement, ce qu'elle avait pris pour du rouge à lèvres était en fait du sang." (p.135)

   Ensuite, Taylor, jusque là, jeune femme ambitieuse certes, mais seulement ambitieuse, passe du côté obscur de la force. Todd, son co-locataire, le narrateur, ne peut que constater que celle dont il est amoureux lui échappe totalement.
   
   L'écriture est plutôt moderne, sans être trash. Rien de bien nouveau, mais à part ces références états-uniennes des années 90 auxquelles je ne comprends rien (qui s'estompent dans la seconde partie au fur et à mesure que le récit s'épaissit), le livre se lit bien et agréablement. J'ai pu trouver dans ce livre des ressemblances avec certains films: Le prix du danger, d'Yves Boisset ou encore Le couperet, de Constantin Costa-Gavras. Surtout avec le second d'ailleurs. Mais j'ai eu également des flashs du premier au cours de ma lecture. Peut-être le constat que certains sont obligés d'aller au bout de leurs limites pour exister? Peut-être la vision de l'auteur sur le monde des médias et de la justice? 
   
   Enfin, ce que je peux dire c'est que cette seconde partie est passionnante et que je me suis demandé jusqu'à la fin comment cette histoire pourrait finir. Je suis d'ailleurs plutôt surpris de la manière dont Greg Olear clôt son roman: une fin bien amenée et assez étonnante.
   
   Pour résumer, si vous passez rapidement les 130 premières pages, vous découvrirez un très bon roman noir, qui franchement vaut le coup que vous fassiez ce petit effort.
    ↓

critique par Yv




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Promesses non tenues
Note :

    En voyant les éditions Gallmeister se lancer dans le polar, on pouvait s'attendre à un mélange de récit policier et de nature writing, la spécialité de la maison, quelque chose de ressemblant aux livres de C.J. Box. Eh bien pas du tout. "Totally Killer" est un polar urbain des plus classiques, sur un thème proche de celui du "Couperet" de Westlake : dans les périodes de récession économique, rien de tel que le meurtre pour libérer des emplois.
   
    Seulement, on ne devient pas l'égal de Westlake d'un seul coup, on s'en doute, et ce premier roman, après un début assez prometteur, s'enlise peu à peu dans une histoire de grand complot mondial peu convaincant. L'histoire se déroule en 1991 et l'auteur, c'est le deuxième volet de son projet apparemment, dresse un portrait complet de ce millésime tel qu'il a été vécu aux Etats-Unis : situation politique et économique bien sûr, mais aussi paroles de chansons, résultats de base-ball, publicités, stars éphémères du moment etc. C'est souvent drôle, ironique à souhait, mais sans la force poétique des romans de Stuart Kaminsky qui, dans le même genre, mettent en scène le détective Toby Peters dans le Hollywood des années de guerre.
    ↓

critique par P.Didion




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Drôle
Note :

   Drôle, tonique, bouillonnant d’idées et de références littéraires, un rien satirique et moqueur, avec du sexe, du pouvoir et de la richesse en guise de miroir aux alouettes pour les pauvres jeunes diplômés au chômage qui sont les héros de l’histoire, ce livre m’a beaucoup plu.
   
   Premier roman de l'auteur américain, Greg Olear, né en 1972 dans le New Jersey, il sera bientôt suivi d’un second, "Fathermucker", qui, je l’espère, sera aussi agréable et tonique que celui-ci.
   
   En deux mots, c’est l’histoire de Taylor Schmidt, jeune beauté arrivée tout droit de son Missouri natal pour chercher du travail à New York, l’été caniculaire de 1991 et morte à vingt-trois ans, à l’automne de cette même année. C’est annoncé dès le prologue. Le narrateur est son colocataire, Todd Lander, vite subjugué par cette fille dont l’ambition est immense et la sexualité sans tabou et qui attire tous les hommes Il passe bientôt son temps à lire en cachette les journaux intimes de la jeune femme qui l’obsède mais ce n’est que dix-huit ans après, en 2009, qu’il raconte les événements de cette saison-là. Entre temps il s’en est passé des choses étonnantes et inouïes, pour les personnages mais aussi pour le monde entier!...
   
   "Je n’ai jamais aimé Taylor Schmidt. Malgré tout ce que vous avez pu entendre dire.
   Cela dit…je peux comprendre une telle confusion. Il faut dire qu’elle me faisait sacrément bander. Même encore aujourd’hui, et ça fait dix-huit ans qu’elle est morte.
   Son histoire n’est pas une histoire insignifiante, ses implications ont une portée considérable, et il est essentiel de la replacer dans son contexte historique. Il faut en convenir, les années 1990 n’inspirent pas particulièrement la nostalgie. Mais un jour viendra où la signification de la première année de cette décennie apocalyptique apparaîtra plus évidente. La tonalité et l’importance de cette annus mirabilis ne sauraient être sous-estimées. Au cours de ces douze mois brefs, tout est devenu parfaitement clair: culturellement, politiquement, socialement – tout le toutim….C’était l’argent qui était à l’origine de notre mécontentement. Comprenez bien, de mémoire d’homme, nous étions la génération la plus pauvre, avec peu d’espoir de voir notre situation financière s’améliorer.
   Bref, l’été 1991 était le pire moment de toute une génération pour se trouver dans la position de Taylor Schmidt.
   Et c’est là que notre histoire commence."
(Début du livre)
   
   ...
   
   
   "Ce que je veux… tout ce que je veux, c’est ne pas oublier. Mais ce n’est pas une bataille gagnée d’avance. Avec le temps, l’image se brouille, le parfum se dissipe,le souvenir s’efface. Le souvenir de Taylor, objet de mon désir, de ma pitié, de mon obsession et, par-dessus tout, de mon amour."
(Fin du roman)

critique par Mango




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