Lecture / Ecriture
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Austerlitz de Winfried Georg Sebald

Winfried Georg Sebald
  Campo Santo
  D'après nature – poème élémentaire
  Austerlitz
  Séjours à la campagne
  De la destruction comme élément de l’histoire naturelle
  Les anneaux de Saturne
  Les émigrants
  Vertiges

AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2011

Winfried Georg Maximilian (qui préférait se faire appeler Max) Sebald est né en Allemagne en 1944 et mort en en 2011 dans un accident de la circulation, en Angleterre où il s'était installé.

Professeur d'université, il a mené parallèlement son travail littéraire dont la valeur fut rapidement remarquée. Dans les années 80-90, son nom avait été évoqué pour le Nobel, mais il ne l'a en fait jamais obtenu.

On trouve actuellement des traductions françaises d'une petite dizaine de ses œuvres.

Austerlitz - Winfried Georg Sebald

Batailles de mémoire
Note :

   Attention chef d'œuvre! La plus longue œuvre de Sebald et la plus proche du genre romanesque.
   
   L'énigmatique W.G. Sebald utilise ici un narrateur fort discret, essentiellement porte-paroles du personnage qui est à la base du récit. Il en résulte qu'«Austerlitz» est une biographie originale, ou plutôt une autobiographie, quasiment dictée par Jacques Austerlitz au narrateur sébaldien au cours de plusieurs sessions, à Anvers, à Londres, puis à Paris. Après quoi: «Il me tendit les clés de sa maison de l'Alderney Street: je pouvais y prendre mes quartiers quand je voulais, dit-il, et étudier les photos en noir et blanc qui seraient les seules traces témoignant de son existence.» Le narrateur sébaldien est à l'écoute d'Austerlitz qu'il n'a pas besoin d'interroger sur sa vie: celui-ci reprend son monologue dès qu'il retrouve l'oreille de Sebald. Souvent l'écriture fait penser, sans doute est-ce voulu, aux propos rapportés chez Thomas Bernhardt, grand modèle de notre auteur. Exemple: «Ne peux-tu pas me dire, dit-elle, dit Austerlitz, ce qui te rend à ce point inaccessible?» Tous ces "dit Austerlitz" peuvent être jugés franchement pesants...
   
   À l'originalité de l'écriture s'oppose l'apparente banalité du sujet: la mémoire, la recherche de l'identité, la shoah. À y regarder de près, la vie en Grande-Bretagne de Jacques Austerlitz qui y a enseigné l'histoire de l'architecture, a été selon lui «une fausse vie». Confié à un peu sympathique pasteur gallois à l'âge de quatre ans et demi, le jeune homme qui entre à l'université sous le nom de Dafydd Elias apprend avant un examen que son véritable patronyme est Austerlitz, comme la bataille qu'aime analyser son professeur d'histoire. Mais ce n'est que bien plus tard, bien trop tard pour son équilibre psychique, qu'il cherchera à connaître sa vraie famille, ses origines, suite à une série de vertiges, de crises d'angoisse. «Cette censure que j'exerçais sur ma pensée, le rejet constant de tout souvenir qui pointait à ma conscience, continua Austerlitz, nécessitaient toutefois, de temps en temps, de plus grands efforts, et ils provoquèrent inéluctablement la perte presque complète de ma capacité de m'exprimer, la destruction de toutes mes notes et écrits, mes errances nocturnes dans Londres et les hallucinations qui ma harcelèrent de plus en plus fréquemment, jusqu'à cette date de l'été 1992 où je finis par m'effondrer.»
   
   Divers indices lui permettent de se compter au nombre des enfants venus d'Europe centrale en 1939 pour trouver refuge en Angleterre. La piste le mène à Prague où il retrouve Věra, une parente survivante restée miraculeusement sur place, ce qui l'aide à reconstituer le souvenir de sa mère, Agáta, une comédienne tchèque que l'appartenance à la minorité juive condamna en 1941 à prendre le chemin du ghetto de Terezin (Theresienstadt) avant d'être convoyée vers un camp d'extermination en 1944. Les impressions de "déjà vu" se multiplient alors dans l'esprit d'Austerlitz, notamment lors d'une visite à Marienbad, où un précédent séjour avec son amie Marie de Verneuil l'avait déstabilisé au point de provoquer la fin de cette liaison. Plus tard, la recherche du père — Maximilien Aychenwald — mène Jacques Austerlitz à Paris sur la base d'une dernière adresse connue. Là, une crise le conduit à une nouvelle hospitalisation, à la Salpétrière, où l'on diagnostique une épilepsie hystérique. Poursuivant des recherches à la Bibliothèque Nationale puis à la Très Grande Bibliothèque —qu'il déteste en tant qu'amateur d'architecture de la belle époque— il aboutit à la conclusion que son père dut bien malgré lui prendre le train à la gare d'Austerlitz puisqu'il fut déporté à Gurs. Ensuite, il est possible qu'il ait quitté la France, par un convoi parti de Drancy ou d'ailleurs, comme celui qu'évoque, sur le mur d'un bunker de Kaunas, un graffiti daté du 18 mai 1944: date de naissance de W.G.Sebald. Austerlitz découvre ainsi ce que fut la "solution finale" à travers le cas de ses parents et prend conscience de l'extension de la domination nazie hors d'Allemagne.
   
   Comme ailleurs chez Sebald, marcher est essentiel; le narrateur comme le héros parcourent la ville. Comme dans la plupart des autres ouvrages de Sebald, des photographies servent à la fois d'illustrations et de pièces à conviction. Beaucoup concernent l'architecture — c'est le métier d'Austerliz — et spécialement de métal et de verre propre aux grandes gares: à Anvers, à Paris, à Prague. On peut aller jusqu'à évoquer une obsédante mélancolie pour cette architecture datée, agrémentée de verrières ou de coupoles vertigineuses dominant des halles désertées par les voyageurs, par les clients du "Great Eastern Hotel" à Londres, ou témoignant simplement du passage du temps aux Archives d'État. La visite des cimetières vient aussi renforcer la tristesse du récit tandis que des collections d'objets sont les témoins de la fuite du temps et s'ajoutent aux poussières des bibliothèques et des archives. Par delà les digressions habituelles, par delà le chaos du siècle, les questions que pose Sebald sont essentielles, ce sont celles de la condition humaine.
   
   À lire absolument.
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critique par Mapero




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Hypnotique pouvoir de l'Histoire
Note :

   Fiction ou non?
   
   C'est le style curieux et non séquentiel qui étonne de premier abord chez Sebald. Il écrit comme si il causait avec un ami, en sortant ici et là une photographie pour illustrer son monologue. On s'imagine rapidement un professeur austère allemand célibataire, obsédé par ses élucubrations et son analyse des événements historiques, ici la montée du nazisme.
   
   Difficile de résumer une histoire qui n'en est pas une et qui est truffée de digressions fausses ou peut-être véridiques? Disons qu'il s'agit d'une quête des racines, d'un voyage à travers l'Europe et surtout dans la mémoire.
   
   L'exercice m'a semblé technique, monotone et froid. L'absence de paragraphes pour briser le long souffle de cette narration colossale m'a assommé. Évidemment, je serais de mauvaise foi si je ne reconnaissais pas l'élégance de la prose et l'intelligence du propos. Mais l'opacité du livre ne m'a pas permis de l'apprécier à sa juste valeur.
   
   
   
   (Prix Independent Foreign Fiction, Prix National Book Critics Circle)

critique par Benjamin Aaro




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