Lecture / Ecriture
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Le temps suspendu de Valeria Parrella

Valeria Parrella
  Le temps suspendu

Le temps suspendu - Valeria Parrella

♫♪J'm'en sortirai, je te le jure, à coup de livres...♫♪
Note :

   "C'est moi qui n'étais pas au bon endroit au bon moment."
   
   A quarante- deux ans, Maria rentre de la maternité les mains vides. "Si j'avais fait une fausse couche, j'aurais attendu le curetage, si j'avais eu un bébé, je l'aurais tenu dans mes bras. Je n'avais pas d'autres catégories à ma disposition." Née avec trois mois d'avance, la petite Irene est restée au service de néonatologie.
   
   En même temps que les longues visites à l'hôpital,commencent alors des allers-retours entre passé et présent, comme pour lutter contre ce Temps suspendu , entre mort et naissance. En toile de fond, la ville de Naples, tentaculaire, repoussante et fascinante à la fois, ses habitants qui se débrouillent vaille que vaille entre un barrage de dealers et des cours du soir, histoire de relever la tête et/ou de trouver une place dans la société.
   
   Valeria Parella nous embarque avec Maria dans ce voyage qui tangue entre rage et espoir. Pas de pittoresque à tout crin mais une Italie dont l'histoire se faufile dans la vie quotidienne, l'enlèvement d'Aldo Moro associé à une varicelle, les luttes et les déceptions du père, la volonté farouche de la narratrice de s'en sortir, de quitter la petite ville pour aller dans un établissement scolaire qui lui permettra de ne pas travailler dans la conserverie qui ronge les corps.
   
   Cette géographie qui laisse son empreinte même dans la manière de s'exprimer, "Ce n'était pas dû au dialecte, mais au manque de temps."(...) c'était le temps qui avait manqué à mes élèves napolitains, ils s'étaient arrêtés au nécessaire et étaient allés travailler ou vendre de la cocaïne en renonçant aux nuances." Pas de misérabilisme mais une humanité chaleureuse et riche. Un très joli portrait de femme et une belle évocation de ville.
   
    154 pages à la fois denses et légères.
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critique par Cathulu




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Une écriture, fluide et simple
Note :

   Enceinte pour la première fois à 42 ans, Maria accouche avec trois mois d'avance d'une grande prématurée, Irène. "Le temps suspendu" ce sont les deux mois d'attente où le bébé ne respire que grâce aux machines, à l'hôpital, sans que personne ne sache si elle finira par y arriver toute seule.
   
   Je me suis coulée très vite dans l'écriture et le récit de la narratrice. Je craignais un roman trop centré sur les problèmes médicaux, il n'en est rien. Maria nous parle de sa vie "avant", l'homme qui a pris la tangente dès l'annonce de sa grossesse, son travail de formation continue avec des adultes, son milieu familial, son enfance à Naples, puis dans une petite ville.
   
   Sa vie et sa personnalité se dessinent, les rencontres avec ses collègues, ses élèves, les autres mères, sont évoquées par petites touches que j'ai trouvée empreintes de nostalgie. Maria peut paraître très détachée de la situation, je l'ai interprété comme la seule attitude possible pour ne pas sombrer dans l'angoisse et le désespoir.
   
   "Quand, certains jours, je la trouvais allongée sur le ventre et pas sur le dos, j'étais d'abord perdue, puis émue, à la pensée qu'elle avait un dos. Irène sentait le plastique humide et surchauffé, certains soirs, je rentrais à la maison le milieu de l'avant-bras marqué d'un profond sillon bleuâtre, dû au poids de mon bras sur le bord des hublots. Je ne portais plus de montre, parce que le lavage antiseptique prévoyait qu'on l'enlève et que nous vivions pour le lavage antiseptique. Je mesurais les jours qui passaient à la taille de la main d'Irène serrant une des mes phalanges".

   
   J'ai aimé les réactions de Maria devant ce qui lui tombe dessus, ses revirements, ses réflexions, ses relations lucides avec les médecins, sa solidarité muette avec les autres mères, sa manière de prendre la fuite pour mieux revenir. Ses petites réflexions sur la vie à Naples permettent de saisir un peu ce qu'est la ville. Et je reviens sur l'écriture, fluide et simple qui m'a beaucoup plu.
   
   C'est le premier roman de Valéria Parrella. Un recueil de nouvelles a été publié l'an dernier "le ventre de Naples".

critique par Aifelle




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