Lecture / Ecriture
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Un été sans les hommes de Siri Hustvedt

Siri Hustvedt
  Tout ce que j’aimais
  Les yeux bandés
  L'envoûtement de Lily Dahl
  Yonder
  Elégie pour un Américain
  Les mystères du rectangle
  Un été sans les hommes
  Un monde flamboyant
  La femme qui tremble - Une histoire de mes nerfs

Siri Hustvedt est une écrivaine américaine née en 1955.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Un été sans les hommes - Siri Hustvedt

Un roman sans les hommes
Note :

   Nous passons ici "Un été sans les hommes" et tout autant, un livre sans les hommes ce qui n'est pas courant, et même franchement rare, car nous déchiffrerons toutes les pages de ce roman sans qu'un seul personnage masculin y apparaisse. Quelques hommes sont parfois évoqués et même largement pour certains comme Boris l'infidèle ou Pete l'époux volcanique de Lola, mais aucun n'y agit ou ne s'y montre directement si l'on excepte un enfant de sexe masculin que son très jeune âge range encore dans la catégorie des "nourrissons", extensions à peine distinctes du corps des femmes.
   
   Il me semble qu'au prix d'un médiocre effort de mémoire je pourrais trouver des romans sans femmes. Il me semble que nous en avons tous lu. Et que nous ne nous en sommes même pas étonnés. Un roman sans homme, c'est autre chose. Je ne suis pas sûre d'en avoir déjà lu.
   
   Cette absence d'homme ne tient d'ailleurs pas à un sexisme castrateur, pas du tout, et c'est sans nier leurs qualités éventuelles qu'ils sont évoqués quand ils le sont; elle tient au simple fait que leur présence n'est pas indispensable à de grandes expériences humaines et qu'il se trouve qu'ici, Siri Hustvedt nous en raconte une où ils ne sont pas. Elle s'est par contre intéressée à de multiples formes de relations féminines (sauf le lesbianisme, étonnant, non, messieurs?) et les a mises en scène tout au long de cet été-tournant dans la vie de Mia, 55 ans, son héroïne.
   
   Boris, le mari de Mia l'a plaquée quelques mois plus tôt pour «faire une pause», comprendre: se consacrer à une plus jeune, plus fraiche etc. Leur 30 ans d'amour précédents avaient été si entiers que Mia n'était pas préparée à ce choc et n'a pas su y faire face. Elle a complètement perdu pied et «devenue folle», s'est retrouvée en clinique psychiatrique. Quand le roman commence, cela va un peu mieux et Mia sort, elle décide alors de prendre des vacances dans la maison que lui prêtent des amis dans son village natal, auprès de sa mère... et la lectrice que je suis, submergée par la banalité du thème de départ se dit que si ce livre n'était pas d'un de ses auteurs préférés, elle n'irait sans doute pas plus loin. Mais c'était Siri Hustvedt qui l'avait écrit et je soupçonnais donc bien qu'elle avait dû en faire quelque chose d'intéressant. Aussi poursuivis-je.
   
   Mia commence par s'installer au mieux matériellement dans cette nouvelle maison qu'elle adapte à ses gouts et besoins. Ce que la plupart des femmes feraient. Cette activité de ménage lui permet de matérialiser sa maîtrise des éléments extérieurs, d'installer en elle un certain calme et laisse son esprit vagabonder en particulier vers son enfance, une enfance de petite fille avec ses relations à sa sœur et à sa mère d'un côté, à son père de l'autre. Son père est maintenant décédé, mais sa mère est proche, elle s'est installée dans une résidence pour seniors où elle s'est intégrée à un groupe de femmes âgées, «les cygnes» dont elle anime le club de lecture et où Mia fera la connaissance de diverses fins de vie de femmes. Elle y découvrira les surprises et secrets que peuvent recéler ces existences ostensiblement banales de grands-mères. Que savons-nous de la vie des autres?
   
   D'autre part, Mia ne tarde pas à se découvrir des voisins en la personne de Lola, jeune mère de famille et de ses deux enfants: Flora, 3-4 ans insoumise et Simon, le bébé. Elle est témoin de ses difficultés de femme au foyer dotée d'un époux stressé et colérique. Les scènes de ménage sont le lot quotidien.
   
   Mia garde également le contact avec le monde extérieur par intermédiaire de Daisy, la fille qu'elle a eue avec Boris et qui lui donne des nouvelles de ce dernier, ainsi que par Béa, sa propre sœur avec laquelle nous explorons les relations d'une sororité de sang et non plus seulement d'état comme avec les Cygnes.
   
   Durant cet été, Mia reprend pied de plus en plus fermement. Elle occupe son temps à animer des cours de poésie pour jeunes gens. Ces cours étaient mixtes, mais comme pour les clubs de lecture, seules des filles s'y sont inscrites. Ces jeunes filles de 13 à 16 ans sont à un âge difficile et l'été ne passera pas sans une vilaine affaire dont Mia saura se sortir de manière magistrale (dans tous les sens du terme).
   
   Voilà, je vous ai presque tout dit, mais il me reste encore à souligner que le second thème de ce roman est le temps, car si nous y avons observé de nombreuses femmes, nous les avons observées à tous les âges de la vie et la question du temps, de la mémoire, de son usage et de ses effets volontaires ou non s'y est forcément posée. Connaître Siri Hustvedt, c'est savoir qu'elle n'a pu croiser cette notion sans l'explorer
   "Le temps nous embrouille, ne trouvez-vous pas? Les physiciens savent jouer avec mais, en ce qui nous concerne, il faut nous accommoder d''un présent fugace qui devient un passé incertain et, si confus que puisse être ce passé dans nos têtes, nous abondons toujours inexorablement vers une fin. En esprit, cependant, tant que nous sommes vivants et que nos cerveaux peuvent encore établir des connexions, il nous est possible de sauter de l'enfance à l'age adulte, puis en sens inverse, et de dérober dans l'époque de notre choix un petit morceau savoureux ici, un autre plus amer là."

   Le passé n'est pas derrière nous ni le futur devant; tout est, c'est le moment de le dire, présent, à notre esprit, tout le temps.
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critique par Sibylline




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Un roman lumineux
Note :

   "Une comédie, c'est quand on arrête l'histoire exactement au bon moment."
   
   "...afin de discuter de la romancière Jane Austen, auteur de Persuasion, observatrice ironique et disséqueuse précise des sentiments humains, styliste céleste, et auteur qui régla leur compte aux moines pervers mais conserva sa propre conception de la vertu récompensée. Aimée autant que détestée, elle a maintenu ses critiques en haleine. "Une bonne bibliothèque est une bibliothèque qui ne contient pas d'ouvrage de Jane Austen, a dit Mark Twain, enfant chéri de la littérature américaine, même si elle ne contient aucun autre livre." Carlyle qualifait ses livres de "triste camelote". Aujourd'hui encore, on lui reproche d'être "étroite" et "claustrophobe", et on la relègue au statut d'écrivain pour les femmes. La vie en province, indigne d'observation? Les douleurs des femmes, sans importance? ça peut aller quand c'est Flaubert, bien entendu. Pitié pour les idiots."

    
   Les douleurs des femmes, c'est de cela et de bien plus qu'il est question dans ce roman lumineux qui met en scène de nombreuses femmes qui gravitent autour de Mia, la narratrice blessée. Elle a 55 ans, enseigne la poésie dans une fac new-yorkaise et un matin, son mari, Boris, un neurologue éminemment reconnu et respectable, lui annonce qu'il a besoin de faire une pause. La Pause a vingt ans de moins, elle est scientifique et française. Et Mia se désagrège, littéralement, victime d'un épisode psychotique qui la mène brièvement en hôpital psychiatrique puis près de sa mère, dans le Minnesota, où elle passe l'été à se reconstruire.
   
   "Un été sans les hommes" est un roman qui m'a profondément bouleversée, happy few de mon cœur, parce que l'analyse des sentiments y est d'une infinie justesse. J'ai pleuré avec Mia sur l'effondrement de son couple, j'ai acquiescé à la description du vieux couple et de ses habitudes, de cette proximité familière qui fait que l'on ne forme plus qu'un, jusque dans ses pensées les plus incongrues, j'ai compris pourquoi elle ne s’immisçait pas dans les problèmes de couple de sa jeune voisine, j'ai applaudi sa façon de gérer les sept adolescentes à qui elle donne des cours d'écriture poétique, j'ai aimé ses énervements féministes, sa façon de puiser dans sa culture philosophique et littéraire des réponses aux questions posées par le monde qui l'entoure et j'ai aimé les personnages qu'elle croise: sa fille, Daisy la tornade (ah, la relation d'amour qui nous unit à nos enfants, tout est dit en quelques mots, en quelques mails), sa mère (un très beau personnage tout en silences et souvenirs), sa sœur, Bea (en une page, la relation sororale est merveilleusement signifiée par le souvenir de leurs jeux d'enfant), sa voisine, Lola, mariée à un homme en colère, les amies de sa mère, vieilles femmes indignes et ses élèves, jeunes femmes en devenir. "Un été sans les hommes" décrit parfaitement ce qu'est le fait d'être femme dans un monde qui est encore patriarcal, nos doutes, nos craintes, nos colères et nos regrets, mais aussi nos enthousiasmes, nos amours, nos amitiés et nos rêves. Il y a des réflexions d'une incroyable lucidité sur la façon que nous avons de gérer le rapport à la fiction, à la lecture et à l'imaginaire, des passages bouleversants sur la poésie et sur l'amour, le tout dans une histoire qui se donne à voir en tant que telle et que la narratrice écrit sous nos yeux dans un style alerte et qui n'est pas dénué d'humour.
   
    Un très beau roman, chers happy few, sans guimauve mais plein d'amour.
   
   Titre original : The summer without men
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critique par Fashion




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Femmeux
Note :

   Femmes en bourgeons, femmes en crise, femmes en fin de vie peuplent cet été sans les hommes. Les hommes font leur maigre contribution, quelques-uns qui ont un rôle peu glorieux puisqu’ils ne sont que des déclencheurs de crise pour femmes en milieu de vie. Ils n’ont donc que peu de rôle et en tout cas pas le beau.
   
   Femme délaissée (pour une si joliment appelée "Pause" plus jeune qu’elle), Mia est le centre duquel rayonne plusieurs cercles de vie féminine. Que l’on suit successivement.
   
   Le cercle des "Cygnes", la vieille génération confrontée à la fin de vie en centre d’accueil pour personnes âgées. Des personnalités, rassemblées dans un club de lecture, dont la mère de la narratrice. De vieilles dames qui avant d’être désaxées par la maladie ou de carrément briser le cercle, gardent leur fougue et se délestent de leur jardin secret.
   
   Le cercle de jeunes filles en éclosion, rassemblées dans un cours de poésie, au nombre de sept, dont s’occupe une Mia professeur le temps d’un été et d’un éloignement choisi. Ces adolescentes découvrent la cruauté de la vie et des relations humaines mais sont heureusement aiguillées vers une compréhension mutuelle par une Mia inspirée.
   
   Le premier cercle de la narratrice constituée par une sœur aimante et une fille indépendante et admirée. Mais également la nouvelle voisine, Lola, mère de deux enfants subissant un mari stressé et colérique.
   
   Et plein centre, Mia, pleine de doutes et de questions, sortant d’une crise profonde, observant ce monde aux âges charnières et aux questions essentielles. Mia s’analyse dans sa féminité, son rapport aux autres et au temps.
   
   Légèreté du propos et à la fois profondeur d’analyse des comportements humains font de ce livre un passionnant mélange enrichissant à tous points de vue.
   " Ne pas dire est aussi intéressant que dire, d’après mon expérience. Que la parole, ce bref voyage verbal du dedans au dehors, puisse être aussi atrocement pénible dans certaines circonstances, cela me fascine." P 124
   Et puis il y a le plus de tout grand auteur, insérées au dense récit, des considérations si bien exprimées et si bien senties. Celles qui nous rendent bien plus alertés qu’avant notre lecture. Des perles d’intelligence qu’il faut collectionner.
   
   " Et nous savons tous que la simultanéité est pour les mots un GROS problème." P 139
   
   " Il y a des comédies et il y a des tragédies, pas vrai? Et elles se ressemblent plus souvent qu’elles ne sont différentes, un peu comme les hommes et les femmes, si vous voulez mon avis. Une comédie, c’est quand on arrête l’histoire exactement au bon moment." P 214

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critique par OB1




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Magnifique roman
Note :

   Ne supportant pas la liaison de son mari avec une femme plus jeune, Mia a d'abord sombré dans la dépression. A sa sortie de l’hôpital, elle part se restructurer à Bonden la ville où sa mère, veuve, vit dans une seniorie.
   
   Elle a loué une maison durant les vacances des propriétaires et va donner des cours de poésie car elle est poétesse, à un groupe d'adolescentes.
   
   Quant au groupe que forme sa mère avec ses trois amies, on l'appelle Les Cygnes.
   
   Mia va passer l'été à s'observer elle-même en repensant à son passé, redécouvrir l'adolescence avec son groupe d'élèves et être confrontée à la vieillesse.
   
   Sans oublier, la voisine, une jeune mère Lola dont elle devient l'amie.
   
   Magnifique roman très féministe qui nous entraine dans la poésie qui vit en Mia, de son regard sur les autres pour tenter de se comprendre elle-même. Une analyse des femmes de l'enfance à la vieillesse.
   
   Une écrivaine qui mérite vraiment le détour.

critique par Winnie




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