Lecture / Ecriture
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Une année allemande - Chroniques berlinoises 1989-1990 de Cees Nooteboom

Cees Nooteboom
  Une année allemande - Chroniques berlinoises 1989-1990
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Cees Nooteboom (Cornelis Johannes Jacobus Maria Nooteboom) est un écrivain néerlandais né en 1933.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Une année allemande - Chroniques berlinoises 1989-1990 - Cees Nooteboom

Une année impensable
Note :

   Début 1989, Cees Nooteboom est parti s'installer à Berlin, à l'invitation de l'Office d'échanges universitaires qui lui avait offert une bourse. Pendant toute la durée de son séjour, il a publié des chroniques régulières dans plusieurs journaux néerlandais et ce sont ces chroniques qui ont été rassemblées ici, sans retouches.
   
   Si l'année berlinoise de Cees Nooteboom s'est ouverte dans un calme qui confinait à l'ennui, les événements ont vite commencé à se précipiter, qui devaient entraîner un bouleversement complet de la carte d'Europe. Et au fil de ces mois d'activité tout à la fois confuse et débordante, Cees Nooteboom a décrit ce qu'il a vu, avec le sens aigu de l'observation, la vaste culture et les qualités d'écriture qui lui sont habituels. Pas question pour lui de se risquer dans de longues analyses politiques ou économiques, et encore moins de se livrer à l'exercice dangereux de la vision prospective. Ses chroniques sont tissées de rencontres, de voyages (ce qui nous vaut de superbes pages sur Weimar, et sur l'architecture baroque de St Jean Népomucène à Munich), de réflexions sur ses lectures, de menus faits sans importance tout autant que du récit d'événements (la chute du mur) dont il fut le témoin direct. Et si cette approche a ses limites, elle présente aussi un intérêt réel. Proposer un regard à hauteur d'homme sur les mois qui ont précédé la réunification allemande. Replonger le lecteur dans toute la fièvre, la confusion, les incertitudes de ces moments. Et surtout rendre compte du contraste stupéfiant entre les premiers mois de 1989: les tracasseries et les formalités interminables à la frontière lors de chaque visite à Berlin-Est, la propagande des médias est-allemands, l'interdiction pour le voyageur étranger de s'écarter de l'autoroute en traversant la RDA - et l'ouverture qui a suivi la chute du mur. Une réalité qui était inimaginable seulement quelques moins plus tôt.
   
   Seize années se sont écoulées depuis lors, et nous avons eu amplement le temps de nous habituer à une Allemagne unique et à un paysage européen qui n'est plus divisé selon une fracture est-ouest. Mais en 1989-1990, la chute des régimes communistes et la réunification allemande - et surtout la rapidité avec laquelle les événements se sont déroulés - ont eu un énorme effet de surprise. Et dans ses chroniques écrites sur le vif, Cees Nooteboom réussit magistralement à capter l'état d'esprit de cette époque.
   
   Extrait:
   (Lors d'une rencontre de Cees Nooteboom avec son éditeur est-allemand)
   "De la réunification, personne ne peut rien dire de sensé. Quels en seraient les aspects économiques? "Ici, personne n'est en mesure de se payer un livre importé de l'Ouest. Nos livres ne coûtent que quelques marks." Ils ont une collection étrangère brillante, qui va de Duras à Frisch, en passant par Queneau, Kawabata, Canetti, Cheever, Calvino, Bernlef, Sarraute, Claus, mais qu'adviendra-t-il de leurs licences d'exploitation lorsque les éditeurs ouest-allemands pourront, eux aussi, opérer librement à l'Est? Continueront-ils à disposer des droits? Des questions de ce genre courent les rues par centaines, le pays tout entier n'est plus qu'une vaste question sans réponse et toute réponse possible - encore inconcevable pour l'instant -, qu'elle soit économique ou politique touche à la vie personnelle de millions de gens." (p. 95)

critique par Fée Carabine




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