Lecture / Ecriture
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Une vie à part de Jane Smiley

Jane Smiley
  Une vie à part
  Les aventures véridiques de Lidie Newton
  Nos premiers jours

Jane Smiley est une écrivaine américaine née en 1949. Elle a remporté le prix Pulitzer avec "L'Exploitation" en 1992.

Une vie à part - Jane Smiley

Les grands hommes sont-ils de petites choses égoïstes et mesquines?
Note :

    "Une vie à part" débute au lendemain de Pearl Harbour dans un San Francisco sous le choc, pour faire un bond en arrière de près de soixante ans: nous voilà donc transportés à Darlington, petite ville du Missouri, en 1883. Margaret Mayfield a cinq ans quand elle assiste à une pendaison, souvenir affreux qu'elle s'empresse de refouler et qui marque de son sceau toute sa vie, car ce que Margaret fera de mieux, toujours, avec une constance qui semble inébranlable, c'est voir le bon côté des choses et refuser de s'appesantir sur les drames quotidiens petits ou grands. Confrontée à la mort dès son plus jeune âge et à la disparition des êtres chers (elle perd successivement ses deux frères aînés puis son père), Margaret grandit relativement protégée par une mère active et lucide qui met tout en ouvre pour que ses trois filles fassent de riches mariages. Si Elizabeth et Beatrice se marient facilement et mettent au monde une ribambelle de gamins turbulents, il n'en va pas de même pour Margaret, qui finira par épouser très tardivement (à 27 ans, on est une vieille fille au début du XXème siècle) le Capitaine Andrew Early, officier de marine et astronome, considéré comme le génie du Missouri. Margaret, habituée à contempler la vie comme une pièce de théâtre à laquelle elle ne prend jamais part, avec une espèce de distance protectrice, fait ce qu'on attend d'elle en bonne fille bien élevée et épouse le génie de onze ans son aîné.
   
   Margaret et Andrew s'installent dans la baie de San Francisco et la jeune femme découvre le mariage. Oubliant le dernier conseil de sa mère ("Ne fais ce que ton mari attend de toi que la première année."), Margaret se plie à la personnalité de son époux intransigeant, sans jamais faire preuve d'esprit critique ni le remettre en question. Mais Andrew a une personnalité difficile; c'est un homme entêté et rigide, tout entier dédié à la démonstration d'une idée fixe: prouver qu'Einstein a tort sur toute la ligne. Margaret est irrésistiblement entraînée dans l'orbite de ce mari égocentré qui ne supporte pas la contradiction et nourrit des chimères et elle en oublie de vivre, ce qui est d'autant moins étonnant qu'elle a été élevée pour être une femme soumise. "Une vie à part" c'est donc la sienne, une vie comme en retrait, en suspens, traversée de deuils et de déchirements que Margaret s'empêche de ressentir et qu'elle traverse comme anesthésiée, absente à elle-même et au monde.
   
   Heureusement pour elle, le monde frappe parfois à sa porte: Dora, la sœur de son beau-frère, émancipée et provocante (elle refuse de se marier, est journaliste, voyage, a des amants), Pete, le russe énigmatique et charmant, la famille Kimura, émigrés japonais, ses voisines... autant de personnages qui, chacun à leur manière, mèneront Margaret sur la voie du réveil et de la révélation. Jane Smiley signe ici un très beau roman, qui suit avec beaucoup de finesse et de justesse le parcours de cette femme manipulée en imbriquant avec brio son histoire dans l'Histoire. Je recommande, chers happy few.
    
   
   Titre original: A private life

critique par Fashion




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