Lecture / Ecriture
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En cas de malheur de Georges Simenon

Georges Simenon
  Trois chambres à Manhattan
  L'amie de Madame Maigret
  L'affaire Saint-Fiacre
  La colère de Maigret
  En cas de malheur
  Les inconnus dans la maison
  Au Rendez-Vous des Terre-Neuvas
  Long Cours
  L'horloger d'Everton
  Le locataire
  Le petit homme d’Arkhangelsk
  Lettre à mon juge
  La Neige était sale
  Le pendu de Saint-Pholien

Georges Simenon est un écrivain belge francophone né en 1903 et mort en 1989 après avoir écrit environ 200 romans sous son nom ou sous différents pseudonymes.

En cas de malheur - Georges Simenon

Les bons romans supportent l'épreuve du temps
Note :

   Un avocat parisien de renom, Maître Gobillot, approchant la cinquantaine est réputé pour ses plaidoiries et pour faire acquitter ses clients, même les coupables. Un soir, une jeune femme vient à son cabinet, lui avoue qu'elle a commis un hold up avec une amie et lui demande de la défendre. L'avocat accepte, et gagne le procès. Le jeune femme devient ensuite sa maîtresse.
   
   Ecrit comme un journal que tient l'avocat, ce livre remonte à la rencontre entre les deux personnages. Puis, Maître Gobillot raconte ensuite son quotidien, partagé entre ses affaires, sa femme et Yvette, la jeune femme, qui prend une place de plus en plus importante. C'est remarquablement écrit et mis à part quelques détails prosaïques, l'histoire tient encore bien la route 55 ans après sa première parution.
   
   Je n'ai pas vu le film De Calude Autant-Lara avec Jean Gabin et Brigitte Bardot malgré ses nombreuses rediffusions télévisuelles. Ce qui me surprend d'emblée, c'est que dans le texte, l'avocat est une personne laide, aux yeux globuleux et que Yvette est une jeune femme assez quelconque, pas le sex-symbol qu'était BB à l'époque. Bon, passons sur ces détails pour en revenir au livre. Georges Simenon, la petite cinquantaine lorsqu'il écrit le livre, détaille, dissèque les sentiments et la vie d'un homme du même âge et ayant réussi socialement. L'introspection est poussée loin: "Ce qui me poussait avant tout, c'était probablement une faim sexuelle pure, si je puis m'exprimer ainsi sans faire sourire, je veux dire sans aucun mélange de considérations sentimentales ou passionnelles. Mettons de sexualité à l'état brut." Ou cynique.
   "J'ai reçu, parfois forcé, les confidences de centaines de clients, hommes et femmes, et j'ai pu me convaincre que je ne constitue pas une exception, qu'il existe, chez l'être humain, un besoin de se comporter parfois en animal." (p.117)

   
   Aujourd'hui, avec la même idée, beaucoup feraient un texte sale, trash, avec force sexe et sentiments qui dégoulinent. La force de Simenon est de tout dire avec élégance voire avec suggestion, mais pourtant, son récit va assez loin. Un peu comme un Hitchcok qui suggère plus qu'il ne montre et qui réussit à faire naître et à maintenir un suspense, contrairement à certains films actuels qui doivent tout montrer pour un résultat pas toujours à la hauteur.
   
   Simenon décortique aussi les rapports mari/femme et les relations "amicales" dans le monde de la haute bourgeoisie qu'il décrit, ce monde des affaires, de la politique, des médias. Ça ne fait pas très envie, les relations sont faussées, juste présentes pour faire avancer sa carrière, pour être en vue, ... Désillusionné, blasé l'avocat:«J 'ai pu me convaincre, par l'expérience, que les "familles comme les autres" n'existent pas, qu'il suffit de gratter la surface et d'aller au fond des choses pour retrouver les mêmes hommes, les mêmes femmes, les mêmes tentations et les mêmes défaillances. Seule la façade change, le plus ou moins de franchise ou de discrétion - ou d'illusions?» (p.141/142)
   
   Je peux vous dire que relire -ou lire- du Simenon, ça fait du bien. Je ne sais pas si écrire a fait du bien à l'avocat, mais voici ce qu'il dit en tout début de livre:"J'essaie de me moquer de moi, de ne pas me prendre au tragique. Pourtant, n'est-ce pas déjà un symptôme d'avoir besoin de m'expliquer par écrit? Pour qui? Pourquoi? Je n'en ai aucune idée. En cas de malheur, en somme, comme disent les braves gens qui mettent de l'argent de côté. Pour l'éventualité où les choses tourneraient mal." (p.11) Et j'ajouterai, pour notre plus grand plaisir de vous lire, Maître Gobillot-Simenon!

critique par Yv




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