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Du pur amour et du saut à l'élastique de Frédéric Pagès

Frédéric Pagès
  Du pur amour et du saut à l'élastique

Du pur amour et du saut à l'élastique - Frédéric Pagès

Tout un programme!
Note :

   Max de Kool est un philosophe, obsédé par le passage de son agrégation. Entre deux travaux sur Kant, il rencontre Blandina Blandinova, célèbre top model "doté des plus belles jambes du monde". Malheureusement pour elle, il lui arrive d'écouter Julio Iglesias auquel Max est violemment allergique. Pour faire un point sur sa vie, Max s'isole dans un hôtel qui semble être à l'abandon, en pleine montagne. Mais il est écrit que ce n'est pas lors de ce week-end qu'il aura la paix.
   
   Attention, ce roman est drôle et gentiment intelligent. Gentiment intelligent, parce qu'il est truffé de citations philosophiques, de réflexions qui le sont tout autant et de situations qui donnent matière à penser, sans pour autant être un manuel de philosophie. Drôle parce que Frédéric Pagès se moque des puissants, des intellectuels qui se prennent au sérieux, "ces imposteurs, brasseurs de vent et marchands de prétendus "concepts", qui sont à la philosophie ce que Julio Iglesias est à la chanson" (p.130), de "cette haute société bien nourrie" qui vient dans les vernissages pour "s'empiffrer et entasser dans ses assiettes le plus de victuailles possible" (p.16). Drôle aussi parce qu'il crée des personnages et des situations auxquels on ne s'attend pas.
   
   Venons-en maintenant au titre quelque peu énigmatique qui pourrait se retranscrire de la manière suivante: comment en ne cherchant même pas le pur amour, mais en craignant de le perdre, on peut se retrouver à faire un saut à l'élastique du haut d'un pont. Tout un programme!
   
   C'est aussi, même pas déguisée, une critique de ceux qui veulent laisser la philosophie comme un pré carré aux seuls philosophes, à la seule élite capable de l'entendre. L'auteur prouve -c'est sûr puisqu'il l'a écrit!- que tout le monde philosophe, du moindre quidam à l'agrégé de philosophie, même si Max "n'est pas loin de penser que, si on n'a pas son agrégation à cinquante ans, on a raté sa vie." (p.26)
   
   Plein de références à l'actualité, aux anecdotes plutôt qu'aux grands faits, le livre nous fait sourire -voire rire- tout du long. Max aura énormément de mal à poursuivre sa réflexion personnelle, tant les rencontres -de femmes surtout- le perturbent. Ah Bintou, la sublime Bintou! "... sublime ? Quelle erreur conceptuelle! Cette fille est sexy, je veux bien le croire mais sublime, non! La contemplation d'une bombe sexuelle ne peut pas ouvrir sur l'Infini, mais seulement sur la fornication. Or le sublime est contradictoire avec toute idée de consommation." (p.168)
   
   J'ai aimé ce roman écrit par Frédéric Pagès, journaliste au Canard Enchaîné, connu aussi comme le créateur du désormais célèbre et vivant philosophe, cité par les plus grands (?), Jean-Baptiste Botul. D'ailleurs, l'un des brefs personnages du roman se nomme Tonio Botul et l'une des citations mises en exergue à chaque chapitre est de J-B Botul. Botul dont l’œuvre contient des titres tels que "La Métaphysique du mou", "Landru, précurseur du féminisme", entre autres.
   Ce roman fait partie de la sélection du Prix des Lecteurs de l'Express, et tant mieux! Enfin un livre drôle, un peu "barré" il faut bien le dire, mais de qualité avec lequel on passe un très bon moment.
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critique par Yv




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De l'enfoncement de portes ouvertes considéré comme l'un des beaux arts
Note :

   "Kant? Bof, un type qui est mort puceau..."
   
   Quand le colis de L'Express contenant la sélection du mois de mars pour le Prix des Lecteurs est arrivé, happy few de mon cœur angora, j'ai soupiré: après m'avoir infligé la lecture du dernier Angot, voilà-t-y pas qu'ils s'étaient mis en tête de me faire lire le dernier Jardin, qui est certainement un gentil garçon, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais c'est aussi le roi des mièvreries (et ses conseils sur l'inénarrable site Fanfan 2 font de lui un danger public: soyez fou, chers happy few, et appliquez une de ses recettes, comme ça, pour le fun, vous verrez que si vous ne passez pas pour un idiot auprès de votre dulcinée, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez au commissariat). Bref. J'ai donc évacué cette lecture en premier, c'est du Jardin, aucun intérêt, ça se lit vite, ça s'oublie aussi sec. Et puis, confiante, j'ai baissé ma garde et j'ai attaqué 
   "Du pur amour et du saut à l'élastique" de Frédéric Pagès.
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   Oh. Mon. Dieu.
   Je pense qu'il y a une cabale contre moi, je ne vois que ça.
   (Je vous jure que si dans la prochaine sélection, il y a le dernier Réjault, je me suicide par ingestion de fraises tagada dans les bureaux de L'Express.)
   
   D'après la quatrième de couverture, il s'agit d'un "roman farcesque, ubuesque et picaresque", ce qui aurait évidemment dû me mettre la puce à l'oreille (l'expérience prouve que plus les références sont prestigieuses, moins elles sont méritées, ça se vérifie à tous les coups). "Du pur amour et du saut à l'élastique" n'est en effet rien de tout cela (faut arrêter le Nutella, les gars, c'est manifestement un hallucinogène puissant): c'est un vaste foutoir lourdingue à l'humour indigeste.
   
   Construit comme un road-movie, ce roman s'attache aux pas de Max de Kool, qui tente pour la cinquième fois de décrocher l'agrégation de philosophie (ne nous étonnons pas qu'il ne l'ait jamais eue, lui qui ne sait même pas ce qu'est un palindrome, comme nous l'apprend une édifiante conversation avec un vigile). Après une brève liaison avec un mannequin des jambes qui veut l'éloigner du chemin de la réflexion (toujours se méfier des belles femmes, chers happy few, la preuve), Max a une épiphanie, abandonne les études et monte dans le premier bus qui passe. Il va alors de rencontre en rencontre, chaque personnage croisé apportant sa pierre à... quoi? Je serais bien en peine de répondre à cette épineuse question, tant je suis sortie exténuée de ce roman qui accumule les jeux de mots indigents (" 'L'homme de ma vie...' Max ne peut s'empêcher de penser : '...et le vit de mon homme.' " n'en est qu'un exemple parmi des dizaines d'autres) (ah, celui-ci est excellent aussi: "J'ai fait des études supérieures de gigolo. Gigol' Sup', ça s'appelle chez nous...", je ne sais pas vous, chers happy few mais j'en pleure de rire, non, pas vous, vraiment? étonnant), les situations téléphonées (les étudiants de l'école de commerce ont failli avoir raison de ma patience déjà bien mise à mal par la fliquette philosophe et la rescapée du télésiège), l'onomastique appuyée (Blandine offre à Max un très beau stylo, un ... Annapurna (admirons, chers happy few, quel talent, hu hu), elle tente de le faire travailler pour un homme creux habilement nommé Karlo Pipo et au cas où la lectrice peu perspicace n'aurait pas suivi (n'oublions pas qu'elle vient de s'enfiler la lecture du dernier Jardin, ça laisse des traces), Max trouve bon de préciser que "cette nouvelle vie n'est que pipeau, comme Karlo Pipo le bien nommé", oh la la, je n'avais pas compris toute seule, merci Saint Frédéric de participer à mon illumination), les redondances (que celui qui n'a pas retenu la phrase de Kant sur le sublime aille immédiatement prendre ses cachets pour la mémoire) et, cerise sur le gâteau, la subtile auto-référence (on croise un personnage nommé Botul, on ne sait jamais, des fois que le lecteur, charmé par ce style inimitable ait envie de lire ce que Pagès a commis avant).
   
    Malgré sa brièveté (200 pages trèèèès aérées), "Du pur amour et du saut à l'élastique" est un pensum de la plus belle eau, chers happy few.

critique par Fashion Victim




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Cool Raou Max de Kool !
Note :

   Frédéric Pagès, journaliste au Canard Enchaîné et philosophe de formation, est l'homme qui a inventé Jean-Baptiste Botul. Mais si, vous vous rappelez de ce philosophe qui a écrit un essai sur la vie sexuelle d'Emmanuel Kant, et que Bernard-Henri Lévy a pris pour un authentique penseur. Frédéric Pagès, donc, revient avec un roman, toujours plein de philosophie, mais aussi beaucoup de loufoquerie.
    
   Max de Kool, philosophe pique-assiette des soirées pince-fesses, se retrouve au petit matin dans le lit d'une mannequin mondialement connue. Comment est-il arrivé dans le lit de Blandine Blandinova, il ne s'en souvient pas. Pourtant, il n'est pas pour Blandine une aventure de passage, car elle est réellement entichée de cet homme qui ne la regardait pas d'un œil concupiscent.
    
   Mais Max ne se plaît pas dans cet hôtel de luxe en plein Genève, et décide de partir. Ses rencontres lors de son périple à la montagne,dans un grand hôtel vide avec Bintou, une noire sans papier, ou avec une cohorte de jeunes étudiants en week-end festif sont pour Max de grands moments de découverte et de solitude. Le plus étrange est certainement la rencontre avec une gendarmette qui voue un culte à Mme Guyon, mystique du XVIIeme qui ne jure que par Dieu.
    
   Frédéric Pagès signe un roman complétement barré, très plaisant. On se promène avec Max à la montagne, on le voit sauter à l'élastique, vivre plusieurs histoires d'amour. Avec un style très alerte et drôle, "Du pur amour et du saut à l'élastique" est un ouvrage idéal pour passer un moment de détente agréable.

critique par Yohan




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