Lecture / Ecriture
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La Véranda aveugle de Herbjørg Wassmo

Herbjørg Wassmo
  Voyages
  Le livre de Dina
  La fugitive
  Un long chemin
  Mon péché n'appartient qu'à moi (Karna, t.1)
  La Véranda aveugle
  Cent ans
  La chambre silencieuse
  Ciel cruel
  Thesaurus (tome 2)

Herbjørg Wassmo est l’auteur d’une œuvre considérable, des livres pour enfants à l’écriture théâtrale en passant par la poésie. Œuvre inscrite aux programmes scolaires et universitaires, et qui, traduite en de nombreuses langues, connaît un succès populaire exceptionnel. Elle est, en Scandinavie, l’écrivain mondial le plus lu, et Dina a pris place aux côtés des grandes héroïnes de la littérature.(source l’éditeur)

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La Véranda aveugle - Herbjørg Wassmo

Enfance perdue
Note :

   Ce roman est le premier d’une trilogie s’intitulant "le livre de Tora".
   
   Tora est un enfant norvégienne, vivant sur une île au climat rude, très froid l’hiver, pas chaud l’été, balayée par de fréquentes tempêtes. Elle vit avec sa mère Ingrid et son beau-père Henrick dans une demeure délabrée "la maison des mille" où habitent également une famille de sept enfants et un célibataire. Tous sont pauvres, vivent de la pêche, soit en mer, soit pour procéder au conditionnement.
   Ingrid a eu Tora pendant la guerre avec un soldat allemand, ce qui vaut à le fillette d’être fréquemment traitée de boche. Mais ce n’est pas le pire.
   
   Le livre débute par le mot "Péril"
   "Le péril: elle n’aurait pu dire à quel moment elle en avait pris conscience. Mais ça avait été longtemps après s’être installée dans la petite arrière-cuisine que sa mère lui avait attribuée pour qu’elle ait sa chambre bien à elle."
 Mais une chambre à soi, c’est une pièce que l’on peut fermer à clef lorsqu’on le juge nécessaire. Et Tora n’a pas de clef. Dès lors, tous les manquements sont permis avec ce monstre qu’est son beau-père.
   
   Tora n’osera jamais en parler, même si le péril augmente, et même pas à sa tante Rakel, qu’elle estime davantage que sa mère, même pas à d’autres rares personnes qui se montrent bienveillantes à son égard. Elle n’a confiance en personne. Henrik est trop bien toléré dans le pays, et trop violent aussi. Tora s’enferme dans l’imaginaire, a des visions qu’elle tente de rendre idylliques…
   
   Le lecteur devine beaucoup de non-dits à travers l’histoire de cette fillette martyre, de ces familles dont les conditions de vie précaires sont décrites par le menu. Des vies entières de labeur exténuant, très mal payé, peu de pauses, peu de loisirs, une nourriture frustre et rationnée, peu de chauffage, des vêtements usés que l’on retaille sans cesse pour en faire de nouveaux.
   
   L’aspect documentaire de cette fiction, est d’un intérêt remarquable. Le romanesque est évité. La vision du monde de Tora mi réaliste, mi surnaturelle, est parfois originale (descriptions de moments de bonheur fugitifs ou d’horreur extrêmement longs) mais le plus souvent désespérante.
   
   Vais-je lire les autres tomes? Pas sûr... ces lectures sont tout de même éprouvantes, et la suite ne laisse rien présager de nouveau. Mais je suis content d'avoir lu cette auteure.
   
   
   Trilogie de Tora
   
   1. La Véranda aveugle

   2. La Chambre silencieuse
   3. Ciel cruel
   ↓

critique par Jehanne




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Enfance martyre en Norvège
Note :

   J’avoue qu’à plusieurs reprises, j’ai failli poser définitivement ce roman… mais comme l’abandon d’un livre me donne toujours un profond sentiment de culpabilité, je me suis forcée… encore un peu... encore un peu… et puis, arrivée à peu près à la page 120, la porte s’est ouverte et je suis entrée…
   
   A ma décharge : le décor est d’un sinistre! Une île devant la Norvège… des paysages grandioses, pourrait-on croire, mais non! Brouillard, grisaille, froid, pluie, vent, pauvreté, promiscuité sordide, et pour couronner le tout, l’odeur du poisson dont dépend ce petit monde!
   
   L’époque : vers le milieu des années cinquante, une dizaine d’années après la fin de la 2è guerre, après le départ des "boches"…
   
   Tora, notre héroïne, jeune fille d’une douzaine d’années, est la fille d’Ingrid et d’un soldat allemand… c’est par elle que le scandale est arrivé et perdure… un homme a tout de même accepté d’épouser Ingrid, acceptant sa "bâtarde" : c’est Henrik, l’invalide, l’ivrogne incapable de gagner de quoi nourrir sa famille... c’est donc Ingrid qui fait bouillir la marmite en allant travailler la nuit... laissant la voie libre à Henrik qui s’en prend à Tora... des attouchements au début, puis des viols répétés… et inavoués, bien sûr, car Tora veut protéger sa mère…
   
   La narration est admirable. Très efficace pour nous emmener dans la tête et la peau de Tora, au cœur de ses angoisses, de son dégoût de la vie, mais de ses rêves et ses espérances aussi… avec elle, nous retenons notre souffle, pétrifiés, en guettant tous les soirs les pas du monstre dans la maison pour l’entendre se rapprocher de la porte de sa chambre… avec elle aussi, nous fuyons l’horreur du quotidien en rêvant du père allemand, de la grande histoire d’amour de sa mère!
   
   On finit complètement happé par la douleur de la petite Tora! Le style de l’écriture y est pour beaucoup : tout est vu à travers ses yeux. Des descriptions froides, presque frustes, alternent avec une poésie mélancolique, des images oniriques… jamais de grandiloquence, d’effets dramatiques… le tragique nous prend à la gorge spontanément…
   
   (La "Trilogie de Tora " se poursuit avec "La chambre silencieuse ", puis "Ciel cruel ")

critique par Alianna




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