Lecture / Ecriture
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Le monde inverti de Christopher Priest

Christopher Priest
  La séparation
  Le prestige
  Le monde inverti

Le monde inverti - Christopher Priest

Ville qui roule n'amasse pas mousse
Note :

   La Cité Terre est sans cesse en mouvement, le temps se calcule et se vit en kilomètres parcourus et non en années ou en siècles. La cité est dominée par un système de guildes (les Futurs, les Miliciens, les Bâtisseurs de Ponts, les Hommes des Echanges, les Navigateurs), les enfants sont confiés dès leur naissance à la crèche et n'en sortent qu'à l'âge de mille kilomètres.
   Pour les habitants de la cité, l'enseignement dispensé est fondé sur les savoirs anciens, appartenant à la planète Terre, enseignements ennuyeux aux yeux des enfants et adolescents de la crèche... jusqu'au jour où ceux qui intègrent les guildes sont confrontés au monde extérieur et mettent ainsi en relation leurs savoirs et la réalité perçue. Ainsi, sur Terre le soleil est une sphère alors qu'ici c'est une hyperbole dotée de deux flèches et Helward Mann, le héros, se souvient d'un cours de mathématiques où on lui apprenait à réaliser des courbes de fonctions dont une en forme d'hyperbole dotée de deux flèches (l'infini négatif et l'infini positif)... comment à partir de savoirs réels ou faux, on peut influer sur la perception du monde!
   
   Helward vivra un parcours initiatique extraordinaire, l'amenant à ressentir les effets extrêmes du passé, au Sud de la cité où tout s'estompe et se déforme, comme ceux du futur, vers le Nord de la cité, où le temps ralentit par rapport au présent de la cité et s'accélère par rapport à son corps (il vieillit plus vite que les autres à chaque expédition vers le Nord).
   
   Helward vivra un choc culturel et spirituel lors de sa rencontre avec Elizabeth Khan, l'indigène pas comme les autres. Deux mondes vont se heurter sans se convaincre... seuls les Terminateurs, mouvement contestataire de la Cité Terre, prêteront une oreille attentive aux révélations d'Elizabeth tandis qu'Helward choisira de fermer son esprit.
   L'éternel mouvement que doit accomplir la Cité Terre sera confronté à une réalité géophysique imprévue: la rencontre avec une immensité bleue dont on ne voit pas l'autre rive et que l'on ne peut pas contourner. La perception du monde de la Cité se trouve en contradiction avec cette réalité géophysique, topographique. Et si la perception de l'espace et du temps de la Cité était une distorsion du réel, parallèle à celle du sens commun? Et si la Cité Terre n'était pas située sur une planète hostile? Et si la Cité Terre n'avait jamais quitté la Terre?
   
   Christopher Priest, malgré les concepts mathématiques complexes évoqués, réussit à mener de main de maître une intrigue haletante, prenante et mystérieuse. Les pistes sont données au compte-goutte au lecteur qui parfois peut se trouver bien désappointé devant la subtilité du raisonnement mathématique. Cependant, cela ne l'empêche pas d'apprécier le voyage proposé dans une autre dimension des sens!
   
   "Le monde inverti" est une odyssée humaine, suite à une catastrophe de civilisation: la lente reconstruction des fondements sociaux confrontée à un ciment de civilisation conservé au prix d'une emprise du secret et d'un certain obscurantisme. Le jour où la lumière est faite, les failles du système sont révélées et bien des questionnements soulevés.
   
   J'ai aimé le postulat sur la perception du monde selon la croyance que l'on en a, la distorsion du temps et de l'espace. Le point à atteindre fondamental, l'Optimum (un Graal en quelque sorte), semble être éternellement hors de portée et un concept des plus mystérieux.
   
   Tous les ingrédients d'un excellent roman de SF sont réunis: questions philosophiques, scientifiques, sociologiques sans compter l'écriture fluide et happante de l'auteur... auteur qui tisse une fin très étonnante et très ouverte!

critique par Chatperlipopette




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