Lecture / Ecriture
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D’acier de Silvia Avallone

Silvia Avallone
  D’acier
  Marina Bellezza
  Le Lynx

Silvia Avallone est une romancière italienne née en 1984.

D’acier - Silvia Avallone

Un premier roman prometteur
Note :

   Du haut de son balcon, Enrico observe son adolescente de fille. Quand il ne travaille pas d’équipe, il l’espionne en effet à travers ses jumelles, alors qu’elle joue dans l’eau avec Anna, son amie de toujours. Il la surveille depuis qu’elle s’est mise à aller à la plage avec des garçons plus âgés qui ne lui inspirent pas confiance. Il regarde aussi le corps de sa fille se mouvoir et devenir femme… Enrico est marié à Rosa et a la colère facile… Rosa, âgée de 33 ans, s’est laissée aller depuis leur union. Vieille avant l’âge, elle supporte de plus en plus difficilement ce mari violent.
   
   Au dessus de son balcon, au quatrième, un autre homme regarde la plage. Il s’agit d’Arturo, le père d’Anna. Couvert de dettes, il s’est fait virer de chez Lucchini pour avoir volé des bouteilles de gasoil. Sa femme Sandra passe ses journées à faire le ménage.
   
   L’après midi, la plage de Via Stalingrado, située pas loin de l’île d’Elbe, est remplie de jeunes adolescents. "Mais pour les jeunes qui vivaient dans les barres, pour les fils de personne qui suaient leur sueur et leur sang dans les aciéries, la plage devant soi c’était déjà le paradis". Il n’y a en effet que la rue à traverser pour se jeter dans l’eau et profiter de la mer. C’est là qu’Anna et Francesca passent leur temps. A 14 ans, l’avenir est fait de rêves… Et Anna et Francesca rêvent beaucoup: Anna ne veut pas rester dans ce village où elle se sent enfermée et prisonnière. "Dans certains milieux, pour une fille, tout ce qui compte, c’est qu’elle soit jolie". Et Anna et Francesca savent qu’elles sont belles, pas comme Lisa, ce boudin qui aimerait elle aussi bien se rouler dans le sable, mais occupe son temps à regarder ces deux filles inséparables devenir des femmes insolentes de beauté.
   
   Une écriture somptueuse, forte, qui retrace la dureté et la réalité d’une période clé dans la vie: l’adolescence. Qu’avons-nous fait de notre jeunesse et que ferons-nous de notre vie d’adulte? C’est la question que pose en filigrane ce roman social écrit par une jeune femme de 25 ans. Nous suivons cet été 2001, que ni Anna, ni Francesca n’oublieront… Pendant que les deux adolescentes rêvent de gloire, d’amour et de beauté, et surtout de s’échapper de cette cité ouvrière où elles sont nées, leurs parents s’usent dans une vie ratée, bien loin des aspirations de leurs enfants. Le quotidien de l’usine et de l’aciérie, où tous les hommes travaillent, s’oppose à, la plage, au soleil, au sable chaud et à l’avenir auquel elles aspirent.
   
   Sans jamais aucune cynisme, la romancière nous conte la dure réalité d’une cité en s’attachant à décrire un âge où tout semble possible. Ce premier roman, célébré par la critique en Italie, traduit dans 12 pays, en cours d’adaptation au cinéma, a été finaliste du prix Straga, équivalent du Goncourt Italien. Il vient par ailleurs de remporter le prix des lecteurs de l’Express.
   
   On attend avec impatience le suivant.
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critique par Éléonore W.




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Maladroit
Note :

   Francesca et Anna ont bientôt quatorze ans. Eté 2001, elles enflamment Piombino, petite ville de Toscane, loin des clichés habituels qui vit autour de son usine d'acier. Barres d'immeubles, plage, mecs shootés et bourrés, pères violents ou démissionnaires, voici ce qui rythme la vie de la ville et des deux jeunes filles. Elles deux se connaissent depuis qu'elles sont toutes petites et sont inséparables. Leur beauté, les changements de leurs corps cet été-là changera la donne de tout le quartier.
   
   Je suis bien embêté pour dire si ce livre m'a plu ou non. J'ai aimé les personnages, intéressants, les descriptions de la ville, de la vie à l'usine, des ouvriers qui veulent oublier l'aciérie le week-end, bien vues. Les femmes sont seules, délaissées par des maris qui ne pensent qu'aux autres femmes, à l'alcool, aux copains. Ils sont buveurs, dragueurs, violents; leurs femmes sont là uniquement pour leur préparer à manger, faire le ménage et accessoirement occuper un moment leur libido. C'est dire si l'homme n'a pas le beau rôle dans ce roman. En plus de son côté macho excessif, il est abruti par son travail:
   
   "Enrico, en tournant la clé de contact de sa Uno blanche, ne pensait à rien. Sinon au trajet qu'il allait faire, trois feux et deux ronds-points. Se garer dans le grand parking, devant l'entrée de la via della Resistenza, pointer à la machine, se changer dans les vestiaires, arriver à destination: la cokerie.
   Il y avait quelque chose d'immobile dans son regard, comme celui d'un animal qui fixe la gorge de sa proie. La nature dans son accomplissement quotidien: la fatigue de l'acier, les mains fermes sur le volant. S'il fallait pelleter, il pelletait. Si on le mettait au contrôle, il contrôlait. Noter les températures dans le carnet, enfoncer la pelle dans le charbon et la soulever: pour lui, tout était pareil." (p.69/70)

   
   Les femmes subissent. Lorsqu'elles sont jeunes et jolies, comme Francesca et Anna, elles plaisent aux hommes et en jouent alors. Mais dès que l'un d'entre eux lui a mis le grappin dessus, plus possible de vivre comme avant, même lorsqu'elles sont très jeunes. C'est d'ailleurs un point qui me gêne et m'effraie un peu dans ce roman: l'extrême jeunesse de ces jeunes filles. Elles se comportent -et les hommes et les autres femmes les voient- comme des jeunes femmes, alors qu'elles ne sont qu'à l'approche de leur quatorze ans! Je dois être totalement déphasé, ou carrément hors mode.
   
   Une autre critique négative est qu'on trouve dans ce livre quelques lourds clichés sur tous les garçons machos, sur les filles les plus belles, celles que toutes les autres filles -qui, elles sont toutes des "boudins" selon Silvia Avallone - détestent. Que de personnages et de situations stéréotypées! J'ai parfois eu l'impression de revenir dans la cour du collège, quelques 30 ans en arrière...
   
   Pour finir, et malgré des rebondissements que l'auteur sait amener en les anticipant ou les retardant, j'ai eu du mal à me faire à l'écriture et à la narration: des parties vraiment très bien sont entrecoupées de détails totalement inintéressants et oiseux qui coupent l'élan du lecteur. Le style de l'auteur ne permet pas de se familiariser aisément avec tous ses personnages: j'ai eu beaucoup de mal à lier les personnages entre eux, et j'ai confondu les pères, les mères, les frères et les sœurs ("oh oh, ce serait le bonheur !")
   
   A propos de ce roman, j'ai lu qu'on parlait de "Zola du XXIème siècle !" On s'emporte, on s'emporte. C'est un roman social, certes, mais, malgré une idée forte et avec des personnages très présents, Silvia Avallone écrit un roman prometteur mais empreint de grosses maladresses qui personnellement me laisse un peu sur ma faim.
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critique par Yv




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Un peu trop jeune
Note :

   La vie dans une cité ouvrière de la ville de Piombino (Toscane) au début du 21ème siècle. Les hommes qui vivent dans la HLM sont tous employés à la Lucchini, usine de Hauts fourneaux où l’on est toute la journée à travailler le métal en fusion. Des emplois durs, épuisants, qui vieillissent le corps avant l’âge. Les jeunes gens qui travaillent à l’usine sont accrocs à la cocaïne, et aux filles qu’ils traitent comme du bétail ; sauf lorsqu’ils tombent amoureux…
   
   Les femmes restent à la maison, où tiennent des emplois en ville dans les petits commerces, les magasins d’alimentation, les bars…
   
   Deux fillettes de 13 ans et demi Anna et Francesca sont amies intimes. Elle bien besoin de s’aider. Le père de Francesca est une brute qui bat femme et fille jusqu’à leur casser des membres et enferme la fillette autant que possible. Bien sûr les services sociaux sont incapables de faire quelque chose. Enrico est en fait très jaloux de sa fille, qu’il observe, à la jumelle, évoluer sur la plage en bikini. Les garçons la regardent ; quant à Anna, son père a quitté l’usine et vit de diverses combines illégales, toujours à deux doigts de se faire prendre par les flics…
   
   Les fillettes sont déjà plutôt mûres : elles se font courtiser plus qu’un peu. Anna rêve de quitter la cité, de faire de bonnes études et d’avoir un emploi bien payé et très en vue. Francesca voudrait devenir miss Quelque chose et passer à la TV. L’une aime les garçons, l’autre, battue par le père, ne subit la gent masculine que si elle pense que c’est son intérêt. Ces différences vont les séparer…
   
   Ce roman le premier de Silvia Avallone, est écrit par une femme de 25 ans ; cela explique les nombreux stéréotypes dont souffre un récit qui a pourtant déjà des qualités (dynamisme, justesse des dialogues, bonnes descriptions de cette société de prolétaires à l’existence difficile), des qualité qu’on retrouve dans le second livre de l’auteur, bien meilleur que celui-là.
   
   En effet les clichés peuvent lasser : en particulier les différences trop tranchées entre les filles "vraiment très belles" et "les boudins" que nul ne regarde. Les filles courtisées qui attirent le regard (aussi bien des autres filles) sont celles qui savent se mettre en valeur ; elles ne sont pas forcément exemptes de défauts physiques, mais elles tirent parti de ce qu’elles ont ! L’auteur devrait le savoir même à 25 ans… il y a aussi des filles jolies que l’on ne regarde pas particulièrement…
   
   D’autres clichés font sourire : tout le monde mange des pâtes tous les jours à tous les repas ; même en Italie, même dans une cité ouvrière, je n’y crois pas !

critique par Jehanne




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