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L'Archéologue de la mémoire. Conversations avec W.G. Sebald de Lynne Sharon Schwartz

Lynne Sharon Schwartz
  L'Archéologue de la mémoire. Conversations avec W.G. Sebald

L'Archéologue de la mémoire. Conversations avec W.G. Sebald - Lynne Sharon Schwartz

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Note :

   La romancière new-yorkaise Lynne Sharon Schwartz a regroupé des essais et des entretiens critiques avec W.G. Sebald. Regard sur les principaux thèmes.
   
    • L'usure du temps
    « Son thème favori, écrit L.S. Schwartz, est l'épanouissement rapide de chaque entreprise humaine, quelle qu'elle soit, et sa longue et lente agonie, du fait de la destruction naturelle ou du fait de la destruction par les mains de l'homme, lequel laisse derrière lui non seulement une profusion de ruines qui invitent à de longues méditations mais encore une indicible souffrance.» D'où les mentions de flammes, de cendres, de poussières, ou de peinture grise dans la maison de Jacques Austerlitz. Dans "Les émigrants" le peintre Max Ferber multiplie les couches de peinture puis les gratte, et recommence, créant de la poussière de peinture.
   
    • Les morts et le pays natal
    La fascination de l'auteur pour les disparus remonte à celle de son grand-père, son compagnon de marche, note Arthur Lubow. «…la mort est entrée très tôt dans ma vie…» confirme Sebald à Eleanor Wachtel. Né avant la fin de la guerre mondiale, il reproche à la génération de ses parents, à ses professeurs, de ne pas tout dire sur l'époque, le génocide ou les bombardements des villes allemandes. Sebald cultive la suspicion que quelque chose lui a été caché. «Mon père a fait la campagne de Pologne, dit-il à Carole Angier, et il ne peut pas ne pas avoir vu un certain nombre de choses.» Elle souligne sa difficulté à supporter le pays natal. D'où l'émigration en Angleterre et l'intérêt pour les émigrés dans ses œuvres. Charles Simic note que la position de Sebald sur les bombardements alliés sur les villes allemandes ("De la destruction…" et "Campo Santo") ne lui est pas propre car Enzensberger l'a également abordée en 1990 dans "L'Europe en ruines".
   
    • Un auteur antimoderne
    « Le narrateur sébaldien est un arpenteur» dit L.S. Schwartz. «Où qu'il aille, rues et routes sont étrangement désertes et dépeuplées. Il est victime d'hallucinations, il croit apercevoir les silhouettes furtives de personnages surgis de l'histoire.»
   Sebald voyage peu en avion, beaucoup plus en train et surtout à pied. «Il raillait la frénésie de voyages de ses contemporains» note Arthur Lubow. «Pour moi, dit-il à Eleanor Wachtel, aller à Rio de Janeiro ou à Sydney est quelque chose d'inconcevable. Vous ne réussirez pas à m'y entraîner. Le simple fait d'être là aujourd'hui en Amérique me paraît extrêmement étrange.» Il dédaigne le progrès technique récent et est le seul professeur de son université à ne pas utiliser d'ordinateur. Tim Parkes estime que Sebald crée une «atmosphère délibérément passée de mode…» comme il ressort des tableaux de bûcherons du peintre Hengge dans "Vertiges". Interrogé par E.Wachtel sur le peintre Grünewald, Sebald rappelle que c'est un artiste: «dont hormis ses peintures, nous ne connaissons quasiment rien. Et c'est ce vide, cette ignorance et le peu de faits dont nous disposons qui ont suffi pour que je m'introduise dans son territoire, que je regarde autour de moi et que, au bout d'un certain temps, je me sente comme chez moi. Cela m'intéresse beaucoup plus que le présent.»
   
    • L'écriture sébaldienne
    Selon Michael Silverblatt, la phrase sébaldienne est caractérisée par «ce besoin, de passer d'un centre d'intérêt à un autre à la façon d'un somnambule et de faire croire au lecteur que c'est lui qui, dans un état hallucinatoire, a établi le lien entre les fragments.» Catalogué comme disciple de Th. Bernhard, Sebald s'explique sur son modèle: «une fois qu'on vous a attribué ce genre d'étiquette, elle ne vous quitte plus. […] Ce que Th.Bernhard a apporté à la littérature d'après-guerre en langue allemande, c'est une radicalité nouvelle inconnue jusque-là exempte de toute compromission.[…] Il a réussi à s'éloigner du roman classique. Dans ses livres, il ne vous dit que ce que les autres lui ont dit. Il a donc inventé, en quelque sorte, une forme de narration qui démultiplie les voix.» C'était «une nouvelle forme narrative qui m'a plu tout de suite» confie W.G.Sebald. Tim Parks souligne «la prose extraordinaire de cet écrivain, sans laquelle les intrigues tortueuses et les incessantes ruminations ne seraient qu'intelligentes et déstabilisantes. (…) De Thomas Bernhard il a le goût du superlatif alarmiste, la tendance à décrire des états de confusion dévastatrice (…) mais le trait est beaucoup plus léger…» que chez l'Autrichien.
   
    Pour conclure, retenons la formule d'Arthur Lubow: «Ses livres sont comme un Cabinet de curiosités du XVIIIe siècle, empli de merveilleux spécimens présentés de façon insolite.»

critique par Mapero




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