Lecture / Ecriture
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Une année sous silence de Jean-Paul Dubois

Jean-Paul Dubois
  Une Vie française
  Une année sous silence
  Vous plaisantez, monsieur Tanner
  Hommes entre eux
  Je pense à autre chose
  Si ce livre pouvait me rapprocher de toi
  Le cas Snejder
  La vie me fait peur
  Les accommodements raisonnables
  La succession

Jean-Paul Dubois est un journaliste et écrivain français né en 1950.

Une année sous silence - Jean-Paul Dubois

Peut-être “un Paul” de trop ?
Note :

   Après avoir commencé la bibliographie de Jean-Paul Dubois par son incontournable succès et prix Fémina 2004, “Une vie française”, et conquise par la vivacité de son écriture, je crois avoir écumé la presque totalité de ses livres.
   
   “Une année sous silence”, le dernier que je viens de terminer, serait-il un de trop pour moi ?
   
   En effet, même si le style de l’auteur est incontestablement cadencé, caustique et tranché comme souvent, je pense à présent être lassée de la récurrence de certains thèmes présents dans bon nombre de ses livres.
   
   A nouveau, “un” Paul, ce personnage fétiche, décalé, désabusé dont la vie sentimentale est bien perturbée et qui ne semble trouver son salut qu’avec une tondeuse à gazon (comme dans bien d’autres histoires).
   
   Encore une fois, le lecteur assiste à la lente glissade d’un des protagonistes vers le déséquilibre, l’aliénation et la psychiatrie. En plus, dans ce livre, ils sont plusieurs à sombrer. Et plus encore, ce Paul-là s’enfonce vraiment dans la sinistrose.
   
   Comme le dit Cuné, que du malheur…
   
   Pourtant, en y regardant de plus près, ce livre a déjà été publié en 1992 et c’est dans une nouvelle édition (de poche) qu’il sort à présent. Alors, je n’oublie pas que, depuis, Jean-Paul Dubois a écrit “Kennedy et moi” (mon préféré dans le genre), “L’Amérique m’inquiète” et “Jusque-là tout allait bien en Amérique” ces recueils de nouvelles satiriques sur les USA. Voilà qui laisse supposer que l’auteur peut prendre d’autres orientations…
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critique par Véro




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Une férocité brillante
Note :

   Dubois a une capacité étonnante à se réinventer à l’occasion de chacun de ses romans qui sont autant de perles de la littérature française contemporaine. Capacité doublée de celle de savoir happer son lecteur en quelques phrases, de l’entraîner dans son univers personnel où étrangeté, anormalité, fantasmes sexuels et violence sont des vecteurs d’une construction étonnante d’originalité.
   
   Ce roman fait partie de la série américaine. Nous sommes quelque part en Amérique du Nord, sans que le lieu ne soit particulièrement important. D’ailleurs la présence puissante de l’environnement canadien ne se ressent pas dans ce roman à la différence des ouvrages plus tardifs que sont "Hommes entre eux" ou "J’aimerais pouvoir te dire".
   
   Paul Miller, narrateur et personnage central de ce roman truculent et décalé, tente de se remettre du suicide de sa femme. Une femme qui, alors qu’elle devenait détestée de son vivant et qu’elle saisissait toute occasion pour avilir son mari, va prendre une place prépondérante et aimante une fois disparue.
   
   Pour survivre, Paul Miller tente de se débarrasser de ce qui rend son existence passée pénible. Il cède la maison qu’il a bâtie de ses mains et dans laquelle sa femme s’est immolée par le feu, entrainant son chien avec elle dans sa folie destructrice, quitte son boulot, vit d’expédients et se loge dans un misérable petit appartement en subissant la compagnie de voisins excentriques.
   
   Nous allons alors croiser deux sœurs qui vont constituer l’essentiel des fantasmes érotiques ou pornographiques d’un homme esseulé et dont les relations sexuelles ont été terriblement contingentées par une épouse castratrice.
   
   Il est troublant d’entendre les talons d’une jeune et jolie femme, seule, battre le parquet de la chambre située juste au-dessus de Paul Miller. Bientôt la libido, censurée par vingt ans de chasteté imposée, entrainera notre homme à des actes qui en feront le jouet des deux sœurs, expertes en tentations. L’épisode de la soirée de Noël est d’une désopilante truculence…
   
   Nous croiserons aussi un prêtre d’origine polonaise dont l’apparente piété est directement proportionnelle à la propreté douteuse. Un prêtre qui commet comme un forcené le péché d’adultère et s’adonne bruyamment à d’effrénées parties de baise avec la plus troublante des deux sœurs.
   
   Plus le désir qui entoure Miller croît, plus il s’enfonce dans la solitude et la dépression. Après un acte hautement symbolique que nous vous laisserons découvrir, il finira par se faire interner dans un hôpital psychiatrique. Par défi envers un psychiatre imbu de sa personne et sûr de triompher de son patient, Miller s’enferme dans un mutisme absolu et devient l’évêque des fous qu’il reçoit en confessions volontaires. Crime de lèse majesté dans un lieu où le pouvoir appartient aux médecins, non aux patients.
   
   Miller mijotera une vengeance perverse et règlera ses comptes afin de rejoindre une épouse idyllique et irréelle.
   
   Le roman se déroule à un rythme trépidant et déroule des formules percutantes et drôles. Au passage, Dubois écorne les notables et les bien-pensants nous donnant à voir l’envers du décor, la fausseté des apparences, la lourdeur des devoirs.
   
   On passe un moment passionnant et savoure en riant un petit bijou de littérature, d’une férocité brillante.

critique par Cetalir




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