Lecture / Ecriture
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La sorcière de Salem de Elizabeth Gaskell

Elizabeth Gaskell
  Cranford
  Nord et Sud
  La sorcière de Salem
  Les Confessions de Mr Harrison
  Femmes et filles
  Les amoureux de Sylvia
  Ma cousine Phillis
  Mary Barton

Elizabeth Gaskell est un écrivain britanique, née en 1810 à Londres et décédée en 1865.
Charles Dickens l'aida à publier ses romans.
Relevant du genre gothique pour ses histoires de fantômes, elle est surtout un des piliers du roman victorien.

La sorcière de Salem - Elizabeth Gaskell

Dangers du puritanisme
Note :

   En 1691, les colonies britanniques du nord du continent américain ne sont encore que des embryons. Composées essentiellement de protestants ayant fui l'Angleterre après le retour des rois catholiques, ce sont des petites sociétés qui mêlent immigrants et indiens, relégués au rôle de domestique. C'est dans la petite ville de Salem qu'arrive Loïs, jeune catholique qui rejoint une partie de sa famille. Elle a des soutiens à Salem, mais la famille qui l'héberge est loin d'en faire partie. Et quand la rumeur annonce la présence de sorcières sur le territoire, les nouveaux venus et les étrangers sont les premiers visés.
   
   A partir d'un fait historique, Elizabeth Gaskell dépeint cette société très renfermée sur elle-même, les tensions qui la parcourent, en particulier religieuses. Surtout, elle décrit comment toute une communauté plonge dans l'irrationalité en condamnant à mort plusieurs villageois pour sorcellerie présumée. La première partie du roman est consacrée à l'arrivée de Loïs à Salem. Venue de Barford, elle a quitté l'Angleterre après la mort de ses parents. Elle retrouve le peu de famille qui lui reste, mais qui ne partage pas la même religion. Mais rapidement, l'exil se transforme en cauchemar. Elle habite dans une famille dont elle sent l'hostilité à son égard, bien que le fils, Manasseh, ait des attentions très différentes envers elle.
   
   La seconde partie du roman s'attache aux accusations de sorcellerie, qui touchent d'abord les indiennes, souvent les domestiques dans les maisons des colons, puis ceux qui ne partagent la même religion. Loïs est alors accusée par Prudence, une des filles de la maison où elle loge, alors qu'aucun argument tangible ne pèse contre elle. Gaskell décrit minutieusement les moyens utilisés par la justice pour extorquer des aveux, avant de condamner lourdement les accusées qui n'ont aucun moyen de s'en tirer.
   
   Si l'histoire de sorcellerie prend du temps à s'installer, la première partie du roman n'en est pas moins intéressante, avec cette présentation des colonies britanniques, et les relations complexes qui existent entre tous ces citoyens. En particulier, la querelle entre l'ancien et le nouveau pasteur est assez révélatrice de cette tension qui parcourt toutes les relations. Un roman très intéressant, ma foi, et qui est également très bien écrit et traduit (même si la traduction, par deux auteurs différents, me semble meilleure, au niveau littéraire, dans sa première partie). Une plongée instructive et terrifiante dans les milieux puritains des débuts des colonies britanniques.
   
   
   PS : Actuellement épuisé, ce livre est à chercher dans les bibliothèques et chez les soldeurs
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critique par Yohan




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Une page d'histoire
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Sur toile de fond de la chasse aux sorcières de Salem, la sombre novella d'Elizabeth Gaskell nous montre un côté sombre de l'humanité. Orpheline depuis peu, Lois doit quitter le presbytère d'Angleterre qui a été sa demeure et mettre le cap vers l'Amérique. Lois étant une jeune fille pieuse et honnête, elle a peu à craindre pour sa nouvelle vie. Toutefois, alors qu'elle rejoint une famille lointaine, elle rencontre la jalousie et la peur de l'étrangère. Avec tout Salem englué dans un climat de peur supernaturelle, il semble que sa nouvelle maison est l'endroit où elle court le plus de risques."

   
   
   Commentaire
   

   Je dois d'abord dire que cette période de l'histoire vient terriblement me chercher à chaque fois. J'ai visité Salem Town et Salem Village quand je suis allée à Boston, j'ai vu de multiples expositions et animations sur la légende et on dirait que je ne m'habitue pas. C'est viscéral, l'effet que cette histoire me fait. Probablement parce que les principaux accusateurs étaient des enfants. Et que la logique n'avait strictement rien à voir là-dedans. Bref, ça me fascine de voir à quel point on peut en arriver là mais d'un autre côté, ça me rebute. Du coup, si j'ai trouvé le roman bien écrit et très bien fait, il met encore plus en évidence les côtés complètement incroyables de l'histoire, les côtés qui me dérangent. Des jalousies, des caprices, une hystérie collective (si au début j'imagine que pour certains, ça a été un jeu, une façon de se débarrasser de ses ennemis, je suis certaine qu'ils y croyaient vraiment hein), des petites vengeances personnelles... et ça a mené à ça. À des procès limite farfelus selon nos critères. À des exécutions en masse. À des pardons accordés par la suite "parce qu'elles avaient été guidées par le démon", ces pauvres petites choses. Bref, brrrrrrr....
   
    Ceci dit, le roman de Gaskell s'inspire des personnages réels de l'histoire mais il ne s'agit pas d'une simple transposition. Les faits sont réalistes mais les personnages sont très adaptés. La jeune cousine qui porte des accusations par pure malice semble une transposition d'Ann Putnam Jr., une jeune fille qui a été très "active" dans les accusations et les "transes" dans le temps. L'atmosphère de peur et de crainte créée est réaliste, on reconnaît les juges, les jeunes enfants accusateurs. Gaskell met en évidence les raisons pas toujours "saintes" pour lesquelles certaines de ces personnes ont été accusées, ainsi que le ridicule des pardons qui ont été accordés par la suite. Dans le roman, Lois est une jeune fille presque parfaite, presque irréelle. Mais pour une fois, c'est pour les besoins de la cause et ça illustre parfaitement le côté infondé des accusation.
   
   Jalousie, vengeance, mesquinerie, peur de l'étranger, peur de la différence, peur de Dieu et du diable, ignorance... tout y est. Et quand on pense que c'est vraiment arrivé, et pas qu'à Salem, ça fait frissonner.
   
   Bref un livre très réussi mais je pense que je ne réussirai jamais à apprécier pleinement les romans qui se passent à l'époque, surtout s'ils sont assez fidèles. Même si je continuerai à les lire.

critique par Karine




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