Lecture / Ecriture
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Au nord du monde de Marcel Theroux

Marcel Theroux
  Au nord du monde
  Jeu de pistes
  Corps variables

Auteur britannique né en 1968.
Il est le fils de l'écrivain américain Paul Theroux et le frère de Louis Theroux, journaliste.

Au nord du monde - Marcel Theroux

Makepeace (and war)
Note :

   "Quelque chose a frétillé en moi comme un poisson pris au filet. C'était l'espoir. Même si j'ai tendance à dire du mal des gens et à penser les pires choses sur leur compte, au fond j'attends toujours qu'ils me surprennent. J'ai beau essayer, je n'arrive pas à désespérer du genre humain. Même si à quatre-vingt-dix-neuf pour cent c'est des fumiers, de temps à autre ils sont capables de faire quelque chose d'angélique. Je ne peux pas dire que çà me redonne la foi vu que je ne l'ai jamais vraiment eue, mais c'est toujours déroutant quand çà se produit".
   
   Makepeace est shérif d'une petite ville très au nord, du côté de la Sibérie, dans un monde glacé et déserté. Une catastrophe a eu lieu, nous ne saurons pas exactement laquelle, sans doute un concentré de toutes les peurs actuelles, réchauffement climatique, réfugiés errants sans terre et sans loi, conflits, guerres, le plus fort détruisant le plus faible jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que quelques bandes de-ci de-là et retour à un mode de vie primitif.
   
   Makepeace, jeune adulte, est enfant de colons américains qui ont fui jadis l'ancien monde malade avec pour objectif d'en reconstruire un meilleur, loin du profit et du gaspillage généralisé. Makepeace a seulement entendu parler de cette époque d'abondance et de gâchis, son enfance s'est déroulée dans la simplicité et les valeurs de bonté et de fraternité propres aux quakers. Hélas, ce qu'ils ont quitté s'est rappelé à leur bon souvenir et leur communauté n'y a pas survécu, laissant une ville vide d'humains et ravagée. Un jour, Makepeace aperçoit un avion dans le ciel, preuve qu'ailleurs une vie plus normale continue. Sa décision est vite prise et Makepeace prend la route, malgré les dangers qui guettent partout.
   
   Il est difficile d'en dire plus puisque le récit est fait de révélations successives qui changent à chaque fois la perspective de l'histoire. Oh rien de fracassant, mais des faits énoncés au détour d'une page, sans tapage, qui révèlent peu à peu l'ampleur du désastre et la dure expérience de Makepeace.
   
   J'ai avalé ce récit en deux jours à peine, pourtant il n'est pas gai, ni très facile, mais le personnage principal est captivant, plein de ressources, dur et à cuire et surprenant. Confronté à des situations toutes plus dangereuses les unes que les autres dans cet univers post-apocalyptique, constamment sur la défensive, il garde néanmoins une humanité qui le guide comme une boussole et le maintient en vie contre vents et marées. Un humour discret plutôt féroce permet aussi de ne pas faire sombrer le lecteur dans le désespoir. La beauté de la nature est bien présente, malgré ses dérèglements. La quatrième de couverture parle de rédemption, je n'irais pas jusque là, mais ne vous laissez pas impressionner par le sujet, c'est un beau roman, à l'écriture aisée. Je ne peux pas faire de comparaison avec "la route", que je ne veux toujours pas lire.
    ↓

critique par Aifelle




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Un texte fort
Note :

   Au Nord du monde, dans la petite ville d'Evangeline, le sherif Makepeace continue à surveiller, solitaire, les rues désertées, sauvant ce qui peut l'être des ruines qui l'environnent, se défendant parfois contre les quelques hommes et femmes qui passent, survivants de moins en moins nombreux de la catastrophe qui a dévasté le monde. Mais au cœur de ces terres abandonnées, les preuves de la survie de l'humanité se multiplient, poussant Makepeace à prendre la route.
   
   Il va être atrocement difficile de parler de ce superbe roman sans dévoiler les surprises qui en font le sel, mais en matière de roman post-apocalyptique, Marcel Theroux a su tirer son épingle du jeu de belle manière.
   
   Des catastrophes qui ont dévasté le monde, provoqué des mouvements de population massifs, des guerres et la chute de la civilisation, le lecteur ne saura pas grand chose, juste ce que Makepeace peut en raconter, vu de sa ville du bout du monde. Réchauffement climatique, montée des eaux, ce n'est pas tant cela qui importe que ce que devient alors l'humanité tous ses instincts tournés vers la survie. Pas besoin de partir explorer le vaste monde, Evangeline vaut exemple de ce qui a dû se produire partout, quand la morale, les lois, la foi même vacillent, à plus forte raison que c'est à l'effondrement d'une utopie que Makepeace a assisté, celle d'une colonie fondée par des Quakers, attachée à des valeurs de fraternité et de paix, à une foi, et dont il ne reste finalement qu'une coquille hantée par son shérif.
   
   Personnage magnifique que Makepeace dont on découvre petit à petit l'histoire, plein de surprises, attachant jusque dans ses failles, pris au piège d'un monde bien plus violent que la nature aride qui l'entoure. On suit son voyage avec la peur au ventre, on sursaute, on frémit, pris par ce mélange étrange de western, de science-fiction mâtiné de nature writing parfaitement maîtrisé et mené qui mène le lecteur dans une exploration sans pitié de la nature humaine.
   
   Un texte fort, magnifiquement écrit (et magnifiquement traduit), profond, qui devrait faire le régal aussi bien des amateurs de science-fiction que des autres.
    
   « Étrange, à quel point l’homme n’est jamais plus cruel que quand il se bat pour une idée.»
    ↓

critique par Chiffonnette




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Post apocalyptique
Note :

   Les parents de Makepeace ("faiseur de paix") Hatfield ont fait partie de colons ayant quitté volontairement les Etats Unis pour s'installer en Sibérie.
   "La principale chose qu'ils avaient en commun était la croyance partagée que le vieux monde courait à la catastrophe. Aucun ne fuyait la pauvreté; ils fuyaient plutôt son contraire: l'argent, l'avidité, l'idolâtrie. (...) Tous croyaient que dans l'espace et le silence figé du grand Nord, ils rejoueraient la paisible musique de la vie telle qu'elle devait être -austère, rude, façonnée par les saisons et la traversée des épreuves - et renoueraient contact avec leurs semblables."
   

   Au fil des années, leur ville d'Evangéline est devenue prospère, mais venant du sud des errants faméliques sont arrivés. Au début, il leur a été porté secours, mais violence et insécurité ont grandi.
   
   Et maintenant, Makepeace, shérif d'une ville abandonnée et glacée, patrouille, échangeant du whisky avec les chasseurs toungouzes, se méfiant des gardiens des colonnes d'esclaves qui passent sur la grand route au nord de la ville. Avec de l'organisation, cette vie solitaire demeure possible.
   
   Jusqu'au jour où un avion survole la région (et se crashe), mais là Makepeace se met "en tête de trouver, coûte que coûte", une survivance d'un monde qui paraissait disparu, et part sa sa recherche. Bien des aventures et des tribulations l'attendent...
   
   Evidemment les ingrédients de la SF post apocalyptique sont là, la situation actuelle étant plutôt due à des problèmes sociaux, d'épuisement ou de mauvaise répartition des richesses, et d'influence sur le climat des comportements égoïstes à courte vue. Un moyen classique et efficace de critiquer notre société.
   
   Petit à petit donc le passé de Makepeace et du reste de la planète se dévoilent, mais il faut bien survivre, et les luttes de Makepeace, son côté prudent qui décide cependant de faire confiance, son désir de lutter contre la solitude par l'amitié voire même l'amour, et surtout son besoin quasi désespéré d'espérer toujours et encore, tout en faisant face à son destin, rendent ce personnage très attachant.
   
   Il faut absolument découvrir ce très beau roman à la tonalité souvent mélancolique, qui réserve des surprises, et là je me relis pour détecter une erreur éventuelle de ma part qui trahirait certains détails, mais non, ça va... (si ce n'est pas du teasing, ça...). Oui, ça fait penser à "La route", bien sûr, mais j'ai adoré (alors que "La route", bah...)

critique par Keisha




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