Lecture / Ecriture
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Bienvenue au club de Jonathan Coe

Jonathan Coe
  La maison du sommeil
  Bienvenue au club
  La Femme de Hasard
  Le cercle fermé
  Les Nains de la Mort
  Testament à l’anglaise
  La pluie, avant qu'elle tombe
  La vie très privée de Mr Sim
  Dès 11 ans: Le miroir brisé
  Expo 58
  Désaccords imparfaits
  Une touche d’amour
  Numéro 11

Jonathan Coe est un écrivain britannique, né en 1961.
Il a reçu le prix Médicis étranger en 1998 pour "La Maison du sommeil".

Bienvenue au club - Jonathan Coe

Conquise !
Note :

   Bienvenue au club !
   
   Sympa, tout de même, d’avoir été si bien accueillie, d’emblée, comme ça, juste avec le titre mais je reconnais volontiers que très, très vite je suis entrée dans le club des conquis de ce livre. Il est vraiment du bonheur et je confirme tout ce qui a déjà été dit ici. Il fait partie de ce genre d’ouvrages qu’on peine à fermer et qu’on s’empresse de rouvrir aussi vite que possible. Ces livres auxquels on se surprend à penser tout au long d’une journée et qui poussent quelquefois à bâcler certaines occupations afin de s’y replonger.
   
   Bien que le contexte se situe en Angleterre, pour avoir eu à peu près le même âge que les personnages dans les années 70, cet univers m’a semblé tellement familier qu’il en est devenu presque intime. Ses préoccupations, ses mouvements sociaux, ses questionnements idéologiques et toutes ses musiques qui flottent me paraissent tellement similaires et si admirablement bien évoqués…
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critique par Véro




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The Rotter’s Club
Note :

   Le titre est tiré d’un album de Hatfield and the North, groupe de la scène rock des années 70, issu de «l’école de Canterbury» dans laquelle on retrouve Henry Cow, Soft Machine et le fameux Robert Wyatt. C’est aussi un jeu de mots sur le nom d’un des héros du roman, Benjamin Trotter, qui se donne ce surnom par dérision, tiré de l’anglais «rot», littéralement, «pourrir». «Le pourri» ?
   
   La scène se situe à Birmingham et le roman aurait pu avoir comme sous-titre : «une histoire des années 70» dans laquelle le narrateur s’attache à trois jeunes garçons et à leurs familles respectives sur une période de dix ans commençant aux alentours des 1973 et finissant vers 1983, c’est-à-dire, politiquement, à la fin des années Wilson (travailliste) jusqu’au début de l’ère de Margaret Thatcher (conservateur) et l’émergence du Front National anglais. Le point de vue est celui d’un auteur fortement ancré à gauche, pour qui les années 70 représentent la fin d’un rêve ainsi que le montre le cierge magique qui s’éteint dans la main du petit frère de Benjamin, Paul qui figure la jeunesse d’une droite montante, et qui allégorise ainsi sous forme de provocation «la mort du rêve socialiste».
   
   Dans ce rêve, se mêlent plusieurs thèmes – et c’est devenu une spécialité chez Coe – et une infinité de genres narratifs partant du dialogue argumentatif, passant par le discours, le journal d’école, le journal intime, le monologue intérieur jusqu’à la narration plus classique, l’essai critique ou les paroles de chanson. Car la musique tient une large part, surtout la musique «progressive» dont Philip, l’un des membres du groupe, est un passionné. Les gens de ma génération sourient à l’énoncé des groupes de cette époque, Genesis, Yes, Henry Cow, un fameux concert de Hatfield and The North à Birmingham , qui fera tout basculer. Ainsi la mort du rêve «progressif» aura son apogée lors d’un concert des Clash à Londres, marquant le début du punk de l’ère Thatcher.
   
    D’autres thèmes viennent soutenir ce récit vivant, parmi lesquels une remise en cause de l’adultère et de la liberté sexuelle, la politique avec notamment les grèves nombreuses et importantes de cette époque, la force des syndicats qu’on commence à rediscuter, les amours adolescentes et leurs obsessions, le désir de créer à l’instar de Benjamin qui essaie de composer pour la fille qu’il aime ou de son ami Doug, débrouillard en diable et qui finira critique de rock au New Musical Express.
   
   Il y a aussi le point de vue de Benjamin sur la vie de famille qu’on suit de l’intérieur, famille de la petite bourgeoisie où l’on prend conscience et exprime des idées sur la Guerre Froide ou les méthodes terroristes de l’IRA. Benjamin est tiraillé entre sa conscience politique en éveil, son éducation et sa vie personnelle. Pour résumer, le cierge magique de Paul, peut tout aussi bien représenter l’effervescence de cette époque, un chaos créatif que les années 80 vont détruire dans – et c’est devenu le nom du groupe «croupion» que les garçons tentent de monter avec de longues séquences de musique «progressive» et qui finit en trio punk –«la gueule même de la fatalité.»
   
   En somme, un livre utile pour conter ses années merveilleuses que j’avais toujours rêvé de lire –sinon d’écrire- un jour. Mais Coe l’a si bien fait que toute tentative serait vouée à l’échec.
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critique par Mouton Noir




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L'histoire vue par la vie
Note :

    Revenons en arrière, dans les années 70 anglaises. Trois ados ont une vie typique d'ado avec leurs angoisses, leur doutes et leurs passions d'ado: les filles, la musique...Mais derrière, les choses changent: les conflits sociaux et les attentats se multiplient. Et nos trois ados qui découvrent la réalité de la vie.
   
   «Bienvenue au club» est une oeuvre de l'auteur anglais contemporain Jonathan Coe. C'est un roman qui m'a passionnée et qui est très fort. C'est le genre de livre qu'on ne peut pas lâcher mais qui à la fois nous fait réfléchir.
   
   Ce roman c'est d'abord un roman sur la vie des gens, vies diverses et variées sur des personnages tous différents et enrichissants. Rien n'est tiré par les cheveux mais aucun des personnages n'est laissé au hasard. Leurs histoires nous touchent. On voit à quel point tout est lié à tout et qu'on ne peut pas échapper à la réalité de la vie. Les conflits sociaux et le racisme s'infiltrent même chez des adolescents qui en sont à peine à découvrir la vie. On apprécie les personnages, on les soutient, parfois on les critique mais au fond on les comprend. Ce livre, c'est beaucoup de petites histoires qui sont finalement toutes liées et qui ont toutes un point commun : on y voit que la vie n'est jamais rose et qu'il faut se battre pour garder le bonheur. C'est en quelque sorte un roman d'initiation pour Benjamin, Doug et Philip les trois héros principaux du livre mais non les seuls car dans «Bienvenue au club» encore une fois tous les personnages sont hauts en couleur et ont une histoire.
   
   C'est également une leçon d'histoire, mais d'histoire vue à travers les yeux des gens ce qui la rend plus vraie, plus touchante. On peut y comprendre la rapide évolution de l'Angleterre d'une façon bien plus intéressante que dans un livre d'histoire. Le changement entre la vague des syndicats des années 70 en Angleterre et le thatchérisme n'est que mieux compris.
   
   Et enfin, il ne faut pas oublier une composante essentiel du livre : l'humour. Si vous aimez l'humour anglais, vous aimerez ce livre. L'humour grinçant so british est là avec sarcasmes et ironie tout au long du bouquin.
   
   Et puis au niveau de la forme, «Bienvenue au club» n'est pas qu'une narration. L'histoire est également racontée sous formes de lettres, d'articles de journal....Cela rend le livre original et nous montre les faits (entre autres historiques) de plusieurs points de vue. Le livre n'en est que plus intéressant.
   
   Je ne ferai que deux reproches à «Bienvenue au club». On peut assister à quelques (très rares) passages où le livre perd un peu de sa dynamique mais c'est peut-être simplement le fait tout naturel que certaines intrigues nous intéressent moins que d'autres. Et puis certains détails à caractère sexuel du livre ne sont pas forcément utiles. On a un peu l'impression qu'ils ont été placés là uniquement pour choquer ou pour rendre le livre intéressant ; je pense personnellement que dans pas mal de cas on aurait pu s'en passer.
   
   Bref, c'est un livre qui m'a beaucoup plu et que j'ai particulièrement apprécié. Tout le monde peut l'essayer car il y aura forcément au moins un personnage qui nous touchera et dans lequel on va pouvoir se reconnaître.
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critique par Moineau




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England, England across the Atlantic Sea
Note :

   Voilà quelques années déjà que je voulais découvrir Jonathan Coe. C'est désormais chose faite avec "Bienvenue au club", qui sera certainement bientôt suivi d'autres lectures!
   
   Dans un roman assez dense, Coe nous offre un large panorama des années 70, mettant l'accent sur l'histoire politique du pays et le contexte sociétal tendu de ces années caractérisées par les attentats de l'IRA, la montée de l'extrémisme et les grèves en masse, peu avant l'arrivée de la dame de fer Mme Thatcher. Mais n'allez pas croire que ce livre va vous asséner des leçons d'histoire ou vous servir de somnifère avant de vous mettre au lit!
   
   Si la toile de fond offre une belle perspective sur toute une époque, l'histoire est avant tout celle d'une bande de copains et de leurs proches. Benjamin et ses amis bons élèves, mélomanes ou écrivains en herbe. Leurs parents, amis ou pas, qui se croisent plus ou moins dans le cadre professionnel ou pendant les réunions parents-profs. Approchant parfois la grande Histoire, tous vivent une vie normale et touchante lorsqu'ils tentent de lui donner un nouveau départ, comme ce chauffeur de bus devenant un rat de bibliothèque pour reconquérir sa femme, séduite par le prof de dessin Plume-dans-le-cul.
   
   En fin de compte, ce sont beaucoup de petites histoires a priori insignifiantes qui, mises bout à bout, forment un récit riche, amusant et empreint d'une grande sensibilité. La forme est également au rendez-vous, Coe s'amusant à multiplier les registres, entre les récits à la 1ère ou à la 3e personne, les lettres ou les articles de journaux. Les registres ne manquent pas, le livre alternant entre des sujets sérieux et des anecdotes pleines d'humour. Un livre fait pour ceux qui aiment les bons gros romans associant un contenu intéressant à une forme divertissante, et qui ravira particulièrement ceux que la Grande-Bretagne passionne. Un bel hommage à l'Angleterre des années 70!

critique par Lou




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