Lecture / Ecriture
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Parti tôt, pris mon chien de Kate Atkinson

Kate Atkinson
  La souris bleue
  Dans les replis du temps
  Sous l’aile du bizarre
  Dans les coulisses du musée
  Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux
  A quand les bonnes nouvelles?
  On a de la chance de vivre aujourd'hui
  Parti tôt, pris mon chien
  Une vie après l'autre
  L'homme est un dieu en ruine

Kate Atkinson est un écrivain britannique née en 1951.

Parti tôt, pris mon chien - Kate Atkinson

Excellent! (comme d'habitude)
Note :

   "L'éclair d'argent annonçait un nouveau péril - une femme. Une femme qui jaillit en trombe des arbres qui bordaient la route. Une fraction de seconde, Jackson la prit pour une biche - deux ou trois kilomètres auparavant, un panneau de signalisation à peine visible montrait un cerf bondissant. Il n'y avait plus d'ours ni de loups, les seuls prédateurs qui faisaient fuir les femmes de nos jours, c'étaient les hommes".
   
   Un nouveau roman de Kate Atkinson est toujours la promesse d'un moment de lecture jubilatoire et le dernier paru ne faillit pas à la règle, en tout cas pour moi.
   
   Le début de l'intrigue est assez embrouillé, comme toujours avec l'auteure, mais on peut lui faire confiance et la suivre aveuglément, tous les fils finissent par se rejoindre. Le plus important, c'est que nous retrouvons Jackon Brodie, l'ex-policier, l'ex-détective privé, l'ex-riche, bref l'ex un peu tout. Cette fois-ci, il a en face de lui, ou plutôt devant lui un personnage aussi désenchanté que lui, qui en a autant vu dans le domaine des horreurs, c'est Tracy, elle-même policière à la retraite, qui prend soudain une décision... surprenante et fait basculer sa vie.
   
   Je ne m'amuserai pas à vous résumer l'histoire, c'est impossible. Il y a d'affreux bonhommes, des enfants maltraités, enlevés, des femmes qui subissent, qui perdent la mémoire, un policier pris de remords tardifs et bien sûr un chien. Nous faisons des allées-venues entre l'année 1975, au début de la carrière de Tracy, et trente ans plus tard... ce qui compte c'est le style de Kate Atkinson, sa causticité, sa férocité, sa lucidité implacable, ses petits arrangements avec la morale, le tout sur fond d'humanité indécrottable chez Jackson et Tracy, toujours enclins à protéger les faibles, quel qu'en soit le prix.
   
   Le roman est émaillé de citations d'Emily Dickinson et de Shakespeare, judicieusement placées
    "Il s'était pris de passion pour la poésie deux ans plus tôt, lorsqu'il avait failli mourir dans un accident de chemin de fer. (Résumée, la vie de Jackson paraissait toujours plus tragique que la version longue un rien lassante). Les deux choses n'étaient pas nécessairement liées, mais une fois ressuscité, il avait décidé de combler, un peu tard, les lacunes de son éducation au rabais".
   
   Je ne suis peut-être pas bien placée pour vous parler de ce roman, je n'ai aucune objectivité, j'ai adoré le premier de l'auteure "Dans les coulisses du musée" et depuis je n'ai été déçue par aucun. Je ne peux pas dire celui que je préfère, je les aime tous, avec ou sans Jackson Brodie. A propos de Brodie, la dernière phrase du roman laisse supposer que nous le retrouverons à l'avenir et c'est une nouvelle hautement réjouissante.
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critique par Aifelle




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Bravo !
Note :

   "Une justice ironique, une forme de jurisprudence pour laquelle Jackson avait une affection particulière."
   
   
   Mères assassinées, mères sans cœur qui au contraire s'acharnent à ne pas mourir, enfants enlevés mais qui font preuve comme souvent chez Kate Atkinson d'une résilience sans ostentation, policiers véreux et au milieu de ce maelström vertigineux orchestré de main de maître par l'auteure, notre détective privé préféré, Jackson Brodie.
   
   Jackson qui n'est nommé qu'à la page 50 et manque parfois se faire voler la vedette à la fois par le chien du titre et surtout par une nouvelle venue, Tracy Waterhouse, formidable personnage de policière capable tout à la fois d'estourbir un malfrat d'un coup de sac à main (dûment lesté d'une torche de police il est vrai) et d'effectuer un bien curieux achat.
   Kate Atkinson nous balade (dans tous les sens du terme!) entre 1975 et notre époque dans un Yorshire où plane l'ombre d'un tueur en série et où ses personnages se déplacent sans cesse pour revenir à leur point de départ : Leeds.
   
   Une fois de plus l'auteure se révèle la reine de la frustration, jouant avec virtuosité de l'attente du lecteur et de toutes les possibilités de manipulation que lui offre l'écriture. Péripéties, fausses pistes, le lecteur ne se sent pourtant jamais perdu car Kate Atkinson excelle à se glisser aussi bien dans la peau d'une vieille actrice qui perd à la fois son porte-monnaie et ses mots, que dans celle d'un vieux policier tenaillé par l'idée de vengeance. Atkinson maîtrise totalement la forme de son roman ainsi que son style, parsemé de petites pépites d'humour (parfois noir), de remarques caustique et de citations. Qu'une vieille actrice se remémore des vers de Shakespeare, en particulier de "La tempête", comme un écho de celle qui se déroule dans son crâne, n'a en soi rien d'étonnant mais qu'un homme supposé fruste en fasse autant avec des vers d'Emily Dickinson l'est déjà beaucoup plus! Et c'est comme ça tout au long de ce roman jubilatoire où le lecteur se fait sans cesse berner et en redemande, ce que Atkinson a aussi prévu car tous les mystères ne sont pas forcément éclaircis...Un roman qui se dévore à toute allure!
   
   Bravo à l'équipe éditoriale qui a réussi le tour de force d'en dire suffisamment pour donner envie sans pour autant révéler quoi que ce soit des multiples chausse-trappes de ce texte dans la 4 ème de couv'!
   
   Bravo aussi à la traductrice, lsabelle Caron!

critique par Cathulu




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