Lecture / Ecriture
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Apprendre à finir de Laurent Mauvignier

Laurent Mauvignier
  Dans la foule
  Seuls
  Des Hommes
  Apprendre à finir
  Ce que j’appelle oubli
  Autour du monde
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Diplômé en arts plastiques, Laurent Mauvignier est un romancier français né en 1967.

Apprendre à finir - Laurent Mauvignier

Apprendre à finir (son assiette)
Note :

   Désolée. Laurent Mauvignier ne méritait pas ça. Il ne méritait pas que je lise "Apprendre à finir" juste après que Chiffonnette lance son défi «à lire et à manger», m’incitant à lire avec les papilles en éveil, à l’affût du moindre fumet. Il ne méritait pas non plus que je finisse son roman l’après-midi où le lave-vaisselle se lança dans un cycle de lavage toujours recommencé, nous incitant à explorer un peu les rouages de la minuterie, si bien que la fin (magnifique) se déroba de démontage de porte en reprise de lecture en remontage de porte en reprise de lecture en où est passé le boulon? ah le voilà en reprise de lecture. Complètement déplacé pour un roman avec un titre pareil.
   
   Non, Laurent Mauvignier ne mérite pas que je joue comme ça avec son titre, d’autant qu’apprendre à finir dans son roman, c’est un exercice tout à fait sérieux, c’est apprendre à finir d’aimer, d’espérer, de se miner la vie pour un amour mort. Au début du roman, le mari de la narratrice est à l’hôpital, immobilisé par un accident de voiture, et, c’est horrible, elle en est presque soulagée: elle n’aura plus à redouter que son mari quitte la maison, la quitte, elle. Elle n’aura plus à l’attendre la nuit, à s’épuiser en disputes, en coups. Il sera là, offert à son affection, et, peut-être, tout redeviendra comme avant.
   
   Dans la lignée du Nouveau Roman, le texte est le monologue intérieur de la femme en passe d’être quittée, revenant inlassablement sur son angoisse et ses illusions. Au fil des chapitres, ce que nous percevions d’abord comme la souffrance de l’épouse abandonnée se révèle être mêlé à une sorte de haine, une véritable folie. Le temps d’avant l’accident était un enfer. L’accident lui rend son époux mais lui permet aussi de reprendre en main sa vie, puisqu’elle est amenée à travailler pour subvenir aux besoins du ménage, à sortir de la maison qui a toujours été son territoire. A la convalescence du mari répond la guérison morale de l’épouse, qui apprivoise peu à peu l’idée qu’«il faut que ça finisse». Cela se dit à travers la reprise de certains motifs, comme l’usure de la maison et l’envahissement des arbustes que la narratrice craint d’abord de ne pas pouvoir endiguer, jusqu’à ce que cela lui soit indifférent, lui redevienne invisible, comme au temps de la vie commune.
   
   Bien sûr, le rapport à la nourriture fait aussi partie de ces indices, de façon plus ou moins habile. Le malheur amenait la narratrice à des privations, à avaler des soupes en sachet sans saveur, à ne rien cuisiner pour les garçons qui se contentaient d’une omelette ou d’un bout de fromage. Le retour à la vie s’accompagne d’un retour du goût, d’une envie de cuisiner, pour son homme, et peu importe la dépense. Rien de très très original. J’aime mieux les passages où la nourriture devient métaphorique, lorsque les deux corps qui se déchirent sont comparés à «une bouillie de framboises, des myrtilles écrasées dans un torchon, comme ça, d’un geste brusque, le tissu tout taché et éclaté de fruits». J’aime bien aussi l’évocation du bonheur passé à travers l’image angoissante du lapin qu’on tue pour les plats de fête. La narratrice croit que l’homme restera. «Qu’il tuer[a] des lapins. Qu’il fracasser[a] encore souvent le crâne des lapins avant de les suspendre par les pattes arrière à la ficelle grise et tressée qui pendouill[e] toujours au rail de la porte, comme ça, au bout du rail, devant ce mur de parpaings où rester[ont] les éclats de sang de ces vieilles victimes d’anniversaires, de fêtes, de dimanches.» Tout est dit dans cette image du désastre de la vie familiale, de cette violence latente qui ne peut qu’exploser à nouveau si on ne se force pas à «finir» enfin ce que la vie a commencé.
   
   Prix livre Inter 2001
    ↓

critique par Rose




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Pénible, aride...
Note :

   "(...) des gens qui partent, de toute façon, tout le monde connaît ça. Le monde est fait de gens qui partent"
   

   Une femme a vécu avec un homme, de longues années. Elle l'a aimé, et lui aussi. Un jour il a voulu partir, refaire sa vie. Un grave accident l'en a empêché. Le voilà immobilisé, pour de longs mois. L'épouse se prend à espérer : est-il encore possible de reconstruire, de garder son homme auprès d'elle ? Elle n'a pas renoncé. Mais lui? L'accident va-t-il leur permettre un nouveau départ?
   
   Avec mon amie Laure, on a eu envie de lire Laurent Mauvignier. Tout Mauvignier, un mois sur deux. On a fait un planning et tout... Et on a décidé, un peu au hasard, de commencer par Apprendre à finir.
   
    Mal nous en a pris, enfin en ce qui me concerne. Ce long monologue de souffrance, qui épouse le rythme des méandres de la pensée de cette femme, tantôt enfiévré, ému, tantôt plus apaisé quand l'espoir renaît, est remarquable du point de vue de la forme. Mauvignier est un grand écrivain et un grand styliste. Les sentiments mêlés, haine, tristesse, colère sont admirablement retranscrits et l'auteur se glisse à la perfection dans la peau de cette femme bafouée, entre amour fou et colère envers celui qui la rejette et auquel elle s'accroche avec l'énergie du désespoir.
   
   Seulement voilà, malgré ses évidentes qualités littéraires, cette lecture m'a semblé longue (pourtant le livre est court, il ne l'était pas assez pour moi, j'aurais aimé qu'il fasse seulement vingt pages. Une grosse nouvelle, quoi...) pénible, aride... Je me suis perdue, suis raccrochée aux branches, de nouveau égarée... ce fut une expérience fatigante. Je me suis ennuyée, ça m'a agacée, j'ai été agacée de m'ennuyer et d'être agacée, bref, ce n'était peut-être pas le bon moment ou tout simplement pas un livre pour moi. Je l'ai refermé avec un grand ouf... de soulagement. Trop sinueux pour ma p'tite tête bien encombrée. Et pas la moindre empathie pour l'épouse torturée. Quand je me fiche un peu de ce qui arrive aux personnages, c'est souvent le signe d'une lecture ratée...
   
   Je n'ai pas aimé ne pas aimer. Je garde un souvenir tellement marquant de Autour du monde qui m'avait totalement embarquée... Mauvignier en a écrit plein d'autres, des romans, mais celui-là je l'avais trouvé fascinant.
   
    Laure, en revanche, a apprécié. Pour une fois, on n'est pas tout à fait raccord.
   
    "Dans ma bouche, tous les mots de colère et de rage qui s'entassaient, ça craquait de partout d'avoir si lourd de mots, un tel chargement qui s'entassait dans la gorge, écrasant les parois, déchirant la chair pour prendre la place et moi j'étouffais-avec cette image aussi de lui assis sur le rebord de la banquette dans la cuisine, près de la porte."

critique par Une Comète




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