Lecture / Ecriture
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Dans la guerre de Alice Ferney

Alice Ferney
  L'élégance des veuves
  Dans la guerre
  Grâce et dénuement
  La conversation amoureuse
  Les autres
  Le Ventre de la Fée
  Paradis conjugal
  Cherchez la femme
  Les bourgeois

Née en 1967, écrivain français dont le vrai nom est Cécile Gavriloff, elle a choisi ce pseudonyme en hommage à Voltaire (qui résidait à Ferney) et à Lewis Carroll, ou du moins à son Alice.

Alice Ferney est enseignante et Docteur en Sciences Economiques.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Dans la guerre - Alice Ferney

Absurdité de la Grande Guerre
Note :

   Certes, la littérature regorge déjà d’ouvrages sur la Première guerre mondiale. Ce roman, toutefois, déroge quelque peu à la règle du livre historique classique puisqu’il met en scène un animal, le chien Prince, sous couvert duquel la barbarie absurde est dénoncée implicitement. L’animal, personnage moteur, incarne parfaitement ce sentiment omniprésent d’avoir été utilisé sans en avoir compris les raisons. Ici, alors qu’on est en plein cœur des batailles, on ne ressent pas les effets de la propagande de l’époque qui diabolisait l’adversaire. Plutôt le contraire avec une certaine forme d’antimilitarisme, de haine de la guerre et d’opposition au patriotisme.
   
   Cette lucidité de ressentis conduit Jules, maître de Prince, à manifester jusqu’à une profonde haine des hommes et ces longues conversations qu’il entretient avec son chien en témoignent.
   
   Une belle histoire d’amour entre le chien et son maître au cœur de la tragédie de la Grande guerre. Une écriture précise, rigoureuse dont la partie centrale languit quand même un peu, à mon goût.
    ↓

critique par Véro




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Au cœur du chaos au début du XXème siècle...
Note :

   La guerre, la grande guerre. Celle de 14 – 18. La guerre par les yeux d’une femme, pourrait-on penser? D’une femme à la sensibilité bien affirmée qui plus est...
   
   Pas exactement. D’abord la guerre est vécue par Prince. Prince est un chien, un colley, parti depuis les Landes pour rejoindre son maître, Jules, dans les tranchées sur le Front de l’Est. C’est par lui que nous vivons l’évènement. Un scénario somme toute improbable, sauf à penser qu’un colley, tellement malheureux du départ de son maître depuis les Landes pour combattre sur le front de Meuse, est capable de partir nez au vent et de le retrouver. Car c’est ainsi que ça démarre.
   
   Après, Prince étant un chien intelligent et particulièrement bien éduqué par Jules, il va rendre bien des services au front ; entre autres aller porter des messages, identifier des blessés parmi les cadavres sur le champ de bataille...
   
   Mais la véritable histoire, pour qui connait Alice Ferney, n’est pas là, bien entendu. C’est plutôt le long plaidoyer d’une femme face à l’absurdité des comportements et des situations en temps de guerre.
   
   L’absurdité que vit Félicité, la femme de Jules, qui se retrouve seule à gérer le quotidien d’une ferme, sans homme ou quasi, avec une belle-mère sur le dos qui lui en fait voir de toutes les couleurs.
   
   L’absurdité de la guerre vue au quotidien, à ras de terre, par les soldats littéralement chair à canon dans ce qui fut un grand raout de dépeçage de viande fraîche.
   
   L’absurdité du quotidien de ces soldats à moitié enterrés, à attendre la venue d’un éventuel obus, d’un éventuel assaut terrifiant, d’un éventuel ordre de monter sus à l’ennemi et de se faire découper par les mitrailleuses ou embrocher par une baïonnette.
   
   Alice Ferney s’y entend pour nous faire toucher du doigt ces absurdités dans l’horreur au quotidien. Et sa sensibilité féminine l’y aide beaucoup. Là où un homme retrouverait des accents guerriers – tel Bernard Clavel dans "Le soleil des morts" par exemple – Alice Ferney nous installe dans un sentiment d’angoisse permanente. Comme elle n’a rien perdu de ses qualités d’introspection, ça en fait un roman remarquable.
   
   "Depuis dix heures du matin ils attendaient plantés dans leurs trous, continuant de creuser en guettant le ciel, étouffant sous leur masque. A midi un sifflement trancha leur monde, puis l’éclatement fit jaillir une étoile de terre noire. Voilà l’orage qui se prépare, dit Brêle. Le soleil faisait trembler et le dégel faisait briller les champs. Des obus fusants éclataient très bas au-dessus de la ligne. Tout de suite il y eût des morts. Camille Moulin parlait à Jules quand il reçut une giclée dans la gorge. Jules sentit sa main droite entrer dans son tremblement et la glissa dans le pelage de Prince. La boue avait commencé de coller ensemble les longs poils du chien. Tu auras bientôt une armure, murmura Jules. Le chien gémissait doucement."

critique par Tistou




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