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L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S Spivet de Reif Larsen

Reif Larsen
  L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S Spivet
  Ados: L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S Spivet

Reif Larsen est un écrivain américain né en 1980.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S Spivet - Reif Larsen

Esprit scientifique
Note :

    Présentation de l'éditeur: (en partie)
   
   "T. S. Spivet est un enfant prodige de douze ans, passionné par la cartographie et les illustrations scientifiques. Il dessine tout ce qu’il observe: la carte de ses rêves, les expressions de sa famille, le volume des voix, les distances qui séparent l’Ici de l’Ailleurs, les sauterelles mormones, et même les variations rageuses des ellipses de petits pois lors des repas…
   Mais T. S. se sent très seul. Il vit dans un ranch du Montana, entouré d’un père mutique, un cow-boy qui déteste les sciences, une mère entomologiste qui cherche depuis vingt ans une espèce fantôme de coléoptère, une sœur qui pense être (à juste titre) le seul individu normal de la famille, et leur chien, Merveilleux, dépressif depuis la mort accidentelle du fils le plus jeune.
   Un jour, T. S. reçoit un appel inattendu du musée Smithsonian lui annonçant qu’il a reçu le très prestigieux prix Baird (un proche de la famille a envoyé ses dessins), et qu’il est invité à venir faire un discours. Il décide alors de traverser les États-Unis, à l’insu de tous, pour rejoindre Washington D.C., et tant pis si là-bas personne ne se doute qu’il n’est qu’un enfant.
   Au cours de ce périple, caché dans un train, T. S. continue de dessiner tout ce qu’il voit: à ses croquis et cartes, il ajoute des notes lumineuses sur la résilience de la mémoire, la relativité du temps, la manière de tenir un mug, les trous de vers du Middle West, le son du silence, la définition de la médiocrité, les signes distinctifs de l’âge adulte…"

   
   
   Commentaire

   
   Premier commentaire: quel objet-livre magnifique que celui-ci! Tout de suite en l'ouvrant, nous entrons dans un univers réel mais à la fois très particulier où habite un petit génie de 12 ans qui nous ouvre l'un de ses carnets. Et quel carnet! Fait de beau papier, agrémenté des dessins et des réflexions de TS tout au long, c'est un régal pour les yeux (j'adore les petites flèches au lieu des numéros! Ça fait très réaliste!)!! C'est que TS a une façon bien particulière de voir le monde et que ses idées sont à la fois farfelues et terre à terre. Ça semble totalement incohérent comme concept, je sais... mais ce sont les mots qui me viennent! Comment en effet expliquer qu'on puisse avoir le goût de cartographier un bruit de train ou des Crises de Colère d'une sœur adolescente?  
   
   La voix de TS m'a vraiment plu et je me suis tout de suite attachée à ce petit bonhomme qui ne voit jamais rien comme le reste du monde et qui est dangereusement à cheval entre le monde de l'enfance, simple et en noir et blanc, et celui de l'adolescence, où on réalise qu'il y a des teintes de gris dans l'affaire. On ressent son intelligence vive, ses réflexions complètement décalées, mais aussi un furieux besoin d'illustrer de façon objective pour comprendre ce qui lui échappe soudain, ce qui n'est plus objectif ni illustrable. On ressent son grand besoin d'être aimé, sa culpabilité qu'il ose à peine s'avouer. Je l'ai tout de suite suivi dans ses digressions - qui m'ont fait sourire ou franchement rire - et j'ai emboîté le pas à cet extravagant voyage qui n'a absolument aucun bon sens pour l'adulte que je suis. Sauf que j'ai choisi d'adhérer à sa logique d'enfant qui, au bout d'un long raisonnement, l'a mené à conclure que la meilleure solution pour aller recevoir un prix à l'autre bout du pays, c'était d'embarquer comme les hobos dans un train de marchandises et de faire son possible. Ben quoi, ça coûte moins cher, les parents ne sont pas au courant... c'est logique, non? Beaucoup d'humour, un grand sentiment de solitude, un souhait de trouver sa place dans ce monde alors qu'il a perdu ses repères avec la mort de son petit frère.
   
   Tout au long du voyage en train, TS nous racontera ses réflexions, ses passions (et ses obsessions) et lira aussi le récit de la vie de son arrière-grand-mère, première femme géologue, telle qu'écrit par sa mère à lui, elle-même scientifique qui voue sa vie à trouver une bestiole qui n'existe probablement pas.
   
   Je dois toutefois avouer avoir connu une période plus creuse vers le milieu du roman, où j'ai trouvé quelques longueurs et où j'avais l'impression de nager dans le flou, mais j'ai repris mon entrain à la lecture des carnets de la mère de TS. En effet, tout a une valeur, tout est relié et si TS vagabonde dans ses pensées, l'auteur ne perd jamais le fil du récit.  
   
   Une très belle lecture que j'ai terminée avec beaucoup, beaucoup d'enthousiasme malgré un petit passage plus laborieux. Une histoire foisonnante où l'on parle d'acceptation de soi et de son propre passage à l'adolescence où notre jeune se demande s'il est un monstre, si c'est normal tout ça et essaie désespérément de rationaliser ce qui ne l'est pas. Une voix d'enfant que j'ai trouvé extrêmement attachante avec sa naïveté malgré sa grande intelligence et son côté précoce. Mais n'empêche qu'il faut aimer les voix d'enfants un peu improbables, ce qui est heureusement mon cas!
   
   
   PS: Sortie format poche juin 2011
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critique par Karine




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Enthousiasmée !
Note :

   "La médiocrité, c'est la moisissure de l'esprit."
   
   Pour recevoir le prestigieux prix Baird, le cartographe et illustrateur scientifique T.S Spivet doit traverser les Etats-Unis d'Ouest en Est, inversant ainsi le trajet suivi par ses ancêtres. Rien de bien original à première vue sauf que T.S.Spivet n'a que douze ans.
   
   A sa suite, nous entreprenons ce voyage initiatique qui permettra à ce garçon, féru de détails et de précisions, d'éclairer d'un nouveau jour sa lignée familiale et en particulier les liens pour le moins distendus, en apparence, entre son cow-boy laconique de père et sa scientifique de mère.
   
   T.S. n'a rien d'un "singe savant", c'est un enfant sensible et précoce qui s'efforce toujours d'ordonner le monde qui l'entoure, sans doute pour apaiser les questions qui le hantent et qui ne prennent d'abord place qu'en marge du récit -au sens propre-, dans les notes et dessins qui accompagnent ce texte et en font un objet hors du commun.
   
   Le livre est en effet doté d'une couverture et d'une iconographie qui lui donnent à la fois un côté intemporel et désuet que je n'ai pas voulu abîmer, pas de pages cornées donc mais un roman tout hérissé de marque-pages!
   
   L'écriture fluide fait qu'on ne s'ennuie pas une minute dans ce récit fertile en rebondissements, tant au niveau aventures que découvertes psychologiques. Une rencontre enthousiasmante! Je n'oublierai pas de sitôt ces personnages pittoresques et attachants!
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critique par Cathulu




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Original et audacieux
Note :

   Lorsque le téléphone sonne pour lui annoncer qu’il a remporté un prix, le jeune T.S. Spivet est sur la véranda avec sa sœur Gracia en train d’éplucher du maïs. En fait, il faisait surtout un schéma des différentes étapes de cet épluchage, une de ses occupations favorites étant de cartographier tout ce qu’il peut autour de lui. Ainsi il ne quitte pas ses carnets : les bleus dans lesquels il recense les gens en train de faire des choses, les verts où il fait des croquis zoologiques, géologiques ou topographiques ou encore les rouges avec des dessins d’insectes.
   
   Il fait le désarroi de son père qui ne comprend rien à son esprit scientifique. Ce dernier est un rancher, métier et passion qu’il partageait avec son plus jeune fils Layton, malheureusement décédé à l’âge de dix ans. "Layton était mort en février dans un accident avec un fusil dans la grange dont personne ne parlait jamais". T.S. Spivet voue une véritable fascination à ce frère mort et il cache son nom dans toutes ses cartes.
   Il apprend donc à sa grande surprise qu’il a gagné le prestigieux prix Bird, pour la popularisation de la science, le docteur Yorn ayant déposé sans lui en parler sa candidature à un prix normalement réservé aux adultes. Car T. S. Spivet n’a que douze ans.
   
   Voici un véritable petit bijou. Un roman tout d’abord d’une incroyable originalité ne serait-ce que par sa forme et les nombreuses notes qui l’émaillent, toutes plus drôles les unes que les autres, avec des schémas comme celui de son père buvant le whisky, ou une brève histoire du cordon de téléphone et qui viennent renforcer le récit de façon délicieuse.
   
   Mais ce qui sous tend ce roman, hormis la formidable équipée que T.S. Spivet va réaliser à travers le pays pour remporter son prix, en le traversant dans un train de marchandises, c’est surtout la formidable tendresse qui émane de ces relations familiales faites de non dits avec en toile de fond le drame qui a anéanti cette famille.
   
   Drôle, attendrissant, intelligent, ce premier roman est tout simplement sublime. En donnant la parole à un gamin de douze ans aussi novateur, l’auteur nous offre un récit brillant, qui n’est ni plus ni moins que celui de la vie d’un enfant devenant un adulte. Tout simplement merveilleux, comme le nom du chien mort de Layton, à qui ce livre est en quelque sorte dédié.
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critique par Éléonore W.




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Passionnant road novel
Note :

   Tecumseh Sansonnet Spivet (ces deux prénoms sont tout une histoire!) vit dans un ranch à Divide, Montana, avec sa famille composée de membres un peu disparates, entre un père cowboy plutôt rustique et une mère, le Dr Clair, entomologiste passionnée. Celle-ci a compris les dons extraordinaires de son fils et les encourage en le confiant au docteur Yorn, un savant qui devient une sorte de père spirituel. Jeune cartographe surdoué de douze ans, passionné de sciences, TS Spivet apprend qu'il a gagné un prix prestigieux décerné par le musée Smithsonian à Washington pour la qualité exceptionnelle de ses illustrations scientifiques. Il décide alors sans avertir ses parents et son mentor de partir à Washington pour recevoir son prix mais là-bas personne ne sait qu'il est un enfant. C'est le début d'une longue traversée des Etats-Unis, caché dans un train de marchandise comme un véritable vagabond de la Grande Dépression, un hobo.
   
   Disons tout de suite que le personnage principal, TS, jeune garçon surdoué est très attachant. Le contraste entre sa maturité intellectuelle et son comportement parfois enfantin amusent mais est émouvant car il révèle sa fragilité et sa solitude. Son voyage sera une épreuve, il affrontera beaucoup de dangers, il lui faudra patience, intelligence et courage pour réussir.
   
   Le roman est divisé en trois parties qui correspondent à trois moments de la vie de TS et aussi à trois étapes géographiques : 1°L'Ouest 2° la traversée 3 °L'Est. Au cours de ces trois étapes, Reif Larsen présente à la fois les paysages de l'Amérique mais aussi son passé à travers la saga de sa famille car TS va découvrir, dans un carnet qu'il a volé à sa mère, l'histoire d'Emma, son arrière grand-mère. Ce récit dans le récit mêle à la fois le passé et le présent et établit des parallèles entre deux destins, celle d'Emma et du Dr Clair, la mère de TS. Scientifiques de haut niveau, elles sont en tant que femmes vouées à l'échec, en butte à la suprématie masculine. Prises au piège de l'amour pour des hommes qui ne leur ressemblent en rien, elles sont retenues au foyer et élèvent leurs enfants. Un parallèle existe aussi entre Emma et son arrière petit-fils. Tous deux ont besoin d'un père spirituel, d'un mentor pour les guider dans le domaine des sciences. Le jeune garçon réussira-t-il là où Emma a échoué? On verra quand il arrivera au Smithsonian que la question se pose. L'enfant, comme la femme, a à affronter des difficultés et déjouer des chausse-trappes inhérents à son fragile statut social. TS rencontre, en effet, la jalousie des scientifiques adultes mais excite aussi leur concupiscence car l'image de l'enfant prodige peut être médiatisée et rapporter gros. Le jeune garçon est transformé en bête de cirque, exposé à la curiosité de tous, exploité. Heureusement pour lui, son père, le vrai, interviendra pour le sortir des griffes de cette "maffia". Vision assez pessimiste de Reif Larsen visant l'une des Instituions les plus prestigieuses du pays!
   
   C'est en ce sens que l'on peut dire que ce voyage est initiatique pour TS. Il va découvrir la vérité des personnes qui l'entourent cachée derrière l'apparence. Pas seulement celle des scientifiques mais aussi celle de ses parents. Il y a un grand sens du tragique dans cette famille dont les membres sont incapables d'exprimer leurs sentiments que ce soit pour dire leur amour ou crier leur désespoir. Entre un père taciturne et un peu primaire, une mère, savante et secrète qui s'enferme dans de vaines recherches pour un insecte qui n'existe vraisemblablement pas, il se sent coupable de la mort tragique de son grand frère Layton dont personne ne parle dans une sorte de déni de la réalité. Sa longue traversée lèvera le voile et lui fera mieux comprendre sa mère et découvrir les sentiments de son père, ce qui tempère la tristesse de l'enfant. Mais l'humour le dispute au tragique avec tout autant de force car les personnages de cette famille sont si inattendues, si étranges, si extravagants que l'on ne peut s'empêcher d'en rire... Gracie, la grande sœur, la seule "normale" de la famille fait parfois ce qu'elle appelle un une retraite "anti-abrutis" quand elle ne peut plus les supporter. Elle s'enferme dans sa chambre dont elle ne sort plus même pour prendre ses repas.
   "Elle y restait des heures, jusqu'à trente-six le jour où je l'avais électrocutée (par accident) avec le polygraphe que j'avais fabriqué moi-même et que, par la suite, j'ai pris la sage décision de démonter. Ce jour-là, je n'avais pas réussi à lui faire abandonner son cocon de pop sucrée qu'en lui offrant presque cent cinquante mètres de chewing-gum en ruban (et toute mon allocation mensuelle de l'Institut de surveillance géoloque y était passée)."

   
   Notons aussi et c'est un des faits remarquables du roman que les connaissances scientifiques de Reif Larsen, son sens du détail, de la précision, lui permettent de nous faire découvrir un monde passionnant dans lequel il nous introduit par l'intermédiaire de son petit héros à la curiosité insatiable. De plus, l'écrivain mène une réflexion sur la science avec une telle ferveur qu'il nous la fait aimer. Et quand il demande si celle-ci est bien utile, c'est l'éclat de rire de Mr Englethorpe, le mentor d'Emma, qui répond :
   "C'est le mot "utile" qui me chiffonne. Toute ma vie ce mot m'a tracassé. Voyager, par exemple, est-ce "utile". Je n'en suis pas certain, mais bon Dieu (..), bon Dieu que c'est passionnant"!

   
   Les marges du livre sont agréablement illustrées et présentent les schémas mais aussi des réflexions scientifiques de TS, des anecdotes familiales... Ceci a été parfois un peu déstabilisant pour moi (pourtant c'est un des charmes du livre!) car j'avais l'impression d'être détournée de ma lecture, arrêtée dans la progression du récit par tous ces détails foisonnants. Quand je m'y suis habituée, je me suis rendue compte que la plupart de ces notes servait le récit. Je me suis demandée si les difficultés que j'avais éprouvées pour progresser dans ma lecture étaient liées à cette manière d'écrire un peu partout comme s'il s'agissait d'un carnet de notes prises sur le vif ou si certains passages étaient moins réussis d'où une attention moins soutenue? Par exemple, je n'ai pas aimé cette histoire de société secrète du Mégatherium auquel adhère TS. Je ne vois pas trop où menait cette histoire, ce que l'auteur voulait dire. Mais malgré cette restriction, ce roman est riche, passionnant par bien des aspects.

critique par Claudialucia




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