Lecture / Ecriture
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La Fête du siècle de Niccolò Ammaniti

Niccolò Ammaniti
  La Fête du siècle
  Je n'ai pas peur
  Moi et toi
  Branchies

Niccolò Ammaniti est un écrivain italien né à Rome en 1966.

La Fête du siècle - Niccolò Ammaniti

Satan, sexe et catacombes
Note :

   Déjà connu pour "Je n'ai pas peur" et "Comme Dieu le veut", Niccolò Ammaniti a mis le feu à la littérature italienne avec ce roman extravagant bâti sur une fête privée, qui n'est pas présentée d'emblée, et qui va dégénérer de façon catastrophique. Dès que la lecture de la seconde partie est commencée vous êtes vite amené à vous poser cette question élémentaire: "Où va-t-il chercher tout ça?" Les événements accélèreront jusqu'au chaos, sans attendre votre réponse. Non, il ne s'agit pas de saturnales au sens propre puisqu'on ne renverse pas les rôles sociaux. Peut-être inspiré par cet état de décomposition que donne certains jours l'actualité italienne, Niccolò Ammaniti aurait en quelque sorte cherché à actualiser le thème de "la chute de l'empire romain". Son scénario est le développement de deux projets qui se télescopent, échouent, créent des situations inimaginables et le rire du lecteur.
   
   Le héros principal est le romancier Fabrizio Ciba dont la notoriété vient de sa participation aux nuits romaines et d'un premier roman intitulé "La Fosse aux lions" — indice qu'il pourrait écrire "le grand roman italien", «celui qui, selon les critiques, manquait à notre littérature contemporaine.» Rien que le titre pourrait expliquer l'invitation que le milliardaire Sasà Chiatti lui envoie pour cette fête tapageuse qui réunit de nombreuses personnalités des arts, des lettres, de l'industrie, de la politique et du football (Est-ce que j'en oublie?). D'une certaine façon la tragédie aura une happy end — surtout pour Ciba qui trouve confirmation de son destin d'écrivain grâce à une mystérieuse clé USB et sort de la Villa Ada comme il y est entré: aux bras de la sculpturale Simona qui attire photographes et journalistes. Mais pour beaucoup d'autres la fête est finie.
   
   Cette maxi-fête est située en périphérie de Rome et l'auteur nous fournit le plan des lieux par une carte de son cru. Si vous êtes un peu saint-Thomas vous chercherez confirmation dans votre "Guide Vert" de Rome, à la rubrique "Catacombes de Priscilla". L'organisateur de la méga-fête a prévu un planning serré avec un mélange de chasse et de safari car l'immense domaine de la Villa Ada a été aménagé pour recevoir quantité d'animaux exotiques. Le romancier Ciba se retrouvera ainsi juché sur un éléphant pour la chasse au tigre, en compagnie d'une vedette de la chanson! Car un récital est prévu à deux heures du matin, avant un feu d'artifices, etc…
   
   Or, en parallèle des VIP, quatre membres d'une secte satanique en déconfiture, les Enragés d'Abaddon, vont passer à l'action pour redorer son blason. Edoardo dit Zombie, Roberto dit Murder et Silvietta sont sous l'emprise d'un gourou de supermarché, Saverio. Tel un ado mal dans ses baskets, celui-ci s'est jeté dans le satanisme pour échapper à sa femme, la redoutable et perverse Serena — «Elle le dominerait, le piétinerait, le réduirait au rang d'un domestique philippin» — héritière d'une PME familiale qui vend des meubles de style régional. Saverio s'est procuré via Internet une copie de la légendaire épée Durandal et c'est ainsi armé qu'il compte aller faire le sacrifice de la chanteuse à la mode sur des ruines au fond du parc de la Villa Ada. Tout ira de travers tant pour Sasà que pour Saverio et cet idiot de Zombie, romantique à retardement.
   
   Bien que "La Fête du siècle" verse par moments dans la vulgarité, on peut sans hésiter longtemps classer ce roman dans la catégorie "jubilatoire". Une dénonciation sidérante et hilarante de la bêtise ambiante. Avec, en mode mineur, de l'ironie sur le milieu de l'édition représentée ici par l'éditeur Martinelli dont le nom évoque par la rime une prestigieuse maison de Milan.

critique par Mapero




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