Lecture / Ecriture
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Le trottoir au soleil de Philippe Delerm

Philippe Delerm
  La Cinquième saison
  La première gorgée de bière
  Dès 09 ans: C'est bien
  Dès 09 ans: C'est toujours bien
  La sieste assassinée
  Ma grand-mère avait les mêmes
  Le bonheur
  La bulle de Tiepolo
  Autumn
  Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables
  Le trottoir au soleil
  Quelque chose en lui de Bartleby
  Je vais passer pour un vieux con
  Elle marchait sur un fil

Philippe Delerm est un écrivain français né en 1950.
Il vit en Normandie, dans l'Eure et est le père du chanteur-compositeur Vincent Delerm.

Le trottoir au soleil - Philippe Delerm

Ombre ou lumière?
Note :

   "- On traverse?
   - Pourquoi?
   - Pour prendre le trottoir au soleil." (p. 172)

   
   Ombre ou lumière? Quel côté choisirons-nous? C’est à un voyage entre ombre et lumière que nous convie Delerm dans son dernier livre: "Le trottoir au soleil", réfléchissant à l’écoulement du temps, avec les saisons qui passent et reviennent en un cycle perpétuel, avec la vie qui s’écoule vers un terme certain. "A soixante ans on a franchi depuis longtemps le solstice d’été" (p. 14). Mais pour juguler l’avancée du temps, on recherche le soleil: "plus les jours passent et plus j’ai envie de guetter la lumière, à plus forte raison si elle s’amenuise." Avec ce mot d’ordre: "Rester du côté du soleil." (p. 15)
   
   J’ai découvert Philippe Delerm à travers ses petits riens décrits avec finesse dans "La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" paru en 1997. J’avais poursuivi la découverte de son œuvre, avec autant de délectation, en lisant "La sieste assassinée". J’étais donc tentée de lire son dernier roman qui se présente sous forme de petites nouvelles de 2-3 pages chacune, certaines titrées, d’autres non: "Le trottoir au soleil" paru en janvier 2011. Je ressens au final une petite pointe de déception au regard des deux lectures précédentes du même auteur, mais j’ai globalement passé un bon moment.
   
   J’ai retrouvé dans certaines nouvelles ce que j’avais aimé précédemment. Dans "Vivante par défaut", par exemple, Delerm décrit avec brio le fonctionnement d’une porte récalcitrante et de sa serrure qui dysfonctionne. On peut retrouver, décrit d’une manière étonnamment précise et juste, souvent avec beaucoup de drôlerie, sa propre réalité quotidienne! Décrivant l’introduction – nécessairement subtile – de la clé dans la serrure dysfonctionnelle, Delerm écrit: "Il y a d’abord la précision millimétrique de l’enfoncement. Mais la difficulté vient de ce que le juste endroit ne se révèle pas par une franche résistance. […]" (p. 80). La capacité de l’auteur à décrire avec autant de prouesse littéraire et de finesse poétique une réalité si commune me fascine.
   
   "Le café dans un verre" m’a beaucoup touchée également. Dans une communauté d’Emmaüs, une après-midi de novembre, les vendeurs, qui souffrent particulièrement du froid, partagent un café servi dans des gros verres Duralex. L’auteur a su décrire la convivialité, le café qui réchauffe, le corps, mais aussi l’âme. Il rappelle en effet: "Loin, si loin derrière eux il y a des vies cabossées, des gestes vifs, de la violence, de l’alcool" (p. 69). Le propos est tout en retenue, en pudeur. Les mots sont simples mais savent dépeindre justement des maux qu’on essaie de panser en se sentant accueilli – à travers ce partage simple? – au sein d’une communauté.
   
   D’autres nouvelles m’ont un peu moins plu, à l’image de "La figue séchée" qui fait suite à "La figue mûre". Je trouve que le propos y est ici intellectualisé, l’analyse cède le pas à la description simple. Le ton devient résolument ésotérique rendant la compréhension plus difficile: "L’idée de compression est paradoxalement comme un début de respiration" (p. 26) ou, plus loin: "Une figue? après tout, pourquoi pas, même si les couleurs fauves, l’excessive préservation du conditionnement semblent à l’extrême opposé d’une déclinaison mauve, flétrie en quelques jours" (p. 27).
   
   La fin du livre fait écho au début, sous la forme d’un voyage que l’auteur a accompli avec son lecteur. Alors, que choisira-t-on au final: ombre ou lumière? Face obscure ou lumineuse de notre existence?
   Ainsi que le souligne François de Cornière (cité par l’auteur en incipit):
   "Je prends le plus souvent
   Le trottoir au soleil.
   J’y pense en traversant la rue
   pour quitter l’ombre
   rejoindre de l’autre côté mon ombre
   qui maintenant me suit."

critique par Seraphita




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