Lecture / Ecriture
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Ça commence à faire mal de James Lasdun

James Lasdun
  L'homme licorne
  Ça commence à faire mal

Né à Londres, James Lasdun vit dans l'Etat de New York. Il a reçu un prix Dylan Thomas pour la fiction et une bourse Guggenheim pour la poésie.

La nouvelle-titre du recueil "Besieged" a inspiré "Shanduraï" au réalisateur Bernardo Bertolucci.

James Lasdun enseigne la création littéraire à l'Université de Princeton.

Ça commence à faire mal - James Lasdun

Recueil de nouvelles
Note :

   "...la vie fleurissant, fragile, entre deux éléments inhospitaliers."
   
   Angoissés, craignant d'avoir raté leur vie, les personnages des nouvelles de James Lasdun se trouvent à un moment, apparemment banal mais en fait crucial, de leur existence, là où "ça commence à faire mal".
   
   Pourtant rien de mécanique dans la structure de ces textes, rien de répétitif,et l'auteur ne s'amuse pas avec ses personnages comme avec des animaux de laboratoire. Non, il les considère avec empathie , mais sans rien dissimuler de leurs travers, nous les rendant ainsi plus proches encore.
   
   Un style précis et lumineux, s'attachant aux détails révélateurs, une grande palette d'univers concourt à faire de ces textes de vrais plaisirs de lecture qu'il faut prendre le temps de laisser infuser pour mieux les savourer.
   
   Quelques citations, juste pour vous donner envie:
   "La femme ôta ses gants en chevreau. Les traits de son visage, lisse et symétrique semblaient entièrement occupés à inscrire de force le mot "beauté"  dans l'esprit de quiconque la contemplait."
   
   "Les actions les plus significatives d'un homme se gravaient-elles dans son anatomie, pour n'être décelable que par l'inconscient d'autrui ? "

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critique par Cathulu




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Oui, mais à qui ?
Note :

   Je ne suis pas un adepte de la littérature anglaise, mais j'aime beaucoup les recueils de nouvelles. Alors comme je ne connais pas cet auteur, pourquoi pas? Quinze nouvelles pour deux cent quatre vingt cinq pages, cela représente une bonne moyenne. L'auteur est né à Londres (mais il vit aux États-Unis) et ses récits se déroulent dans ces deux pays avec quelques incursions en Europe.
   
   « Un homme inquiet" est tout à fait dans l'air du temps ; un couple en vacances suit les cours de la bourse, et ce n'est pas fameux, l'argent part en fumée... La fumée justement, une paire de homards n'est pas trop contente de la rencontrer. Pauvres bêtes... Deux couples en vacances... l'un a plus de moyens que l'autre ; quelques regards et un léger flirt plus loin, après un bon repas et quelques bonnes bouteilles, au matin, le réveil est plutôt brumeux...
   
   « L'ordre naturel" évoque aussi un réveil pas très glorieux. Deux hommes voyagent en Europe, un journaliste américain et un photographe écossais, ils ne se ressemblent pas et le voyage n'est pas des plus réussis. Le photographe aime les femmes, qui le lui rendent bien, le journaliste aime sa femme qui est loin... Une nouvelle réussie malgré quelques invraisemblances... ou du moins peu vraisemblables.
   
   Dans « L'inestimable geste de vie" Richard Timmerman, directeur d'école se découvre une boule au niveau de la gorge. Est-ce grave? L'incertitude lui fait regarder sa vie et ses relations avec sa sœur sous un autre angle...
   
   « Le vieil homme" est pour moi la nouvelle la plus réussie de ce livre. L'argent est roi mais un homme va tomber de haut... Connaît-il vraiment sa future épouse?
   
   Le monde décrit dans « Annales du secrétaire honoraire" est inquiétant, sorte de club mêlant magie et spiritisme, la venue d'une jeune femme au pouvoir surnaturel ne va laisser personne indemne.
   
   « Une histoire bourgeoise" nous raconte les retrouvailles de deux amis d'école, puis d'université. Tout les oppose, l'un est devenu un avocat très coté, l'autre est resté militant de base...
   
   La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage est une des plus courtes, mais une des plus belles, un homme qui revient d'un enterrement se souvient... Un couple plaçant son argent en bourse mais ne l'assumant pas, deux hommes faisant des rencontres inattendues en voyage, un professeur de guitare à qui on tente de placer le laideron de la famille, un homme se rendant au mariage de son père mais se perdant en route, sont des personnages très ordinaires croisés au fil des pages. Ces nouvelles sont la description d'un monde souvent futile d'une certaine bourgeoisie anglaise ou américaine. J'ai eu l'impression que l'auteur prenait énormément de recul vis à vis de ses personnages, qu'il les regardait de loin, n'éprouvant pour eux ni sympathie ni antipathie, ils sont là!
   
   Des nouvelles un peu lisses, très « British" bien écrites, mais pas enthousiasmantes, avec des chutes dont la plus vertigineuse est celle-ci :
   Il demeura immobile, à contempler le gouffre béant à ses pieds.

   
   C'est agréable, mais pas inoubliable et cela manque du petit zeste d'humour ou de cruauté qui rendrait tout cela un peu plus vivant.
   
    J'ai l'impression d’être passé à côté de ce livre qui visiblement n'était pas pour moi.
   
   
   Extraits :
   
   - Mais son évidente certitude à être désirable paraissait largement suffire à ce qu'elle le fut vraiment.
   
   - Un observateur étranger aurait pu la trouver bizarrement indifférente. Mais cette réserve était simplement sa manière d'être, l'expression de la lenteur, scrupuleuse, avec lequel elle recevait les sujets importants.
   
   - Elle était douloureusement ingrate.
   
   - Apparemment ces phénomènes avaient une existence et une logique propres.
   
   - Elle garda sa place sur le devant de l'estrade, les bras ballants, la veste informe telle une loque sur sa poitrine plate, les cheveux pendant en mèches navrantes.
   
   - Par moments, il entrevoyait quelque chose de presque intentionnel derrière ses propres malheurs, comme solidarité obscure, insidieuse.
   
   - Il a repris contact avec un trotskiste qu'il avait perdu de vue depuis la fac, l'entendis-je lancer. Vous vous rendez compte?
   
   - Il lui offrait une boisson- on ne s'en offusquait pas encore à ce moment-là- et il bavardait avant de monter contempler le bouquet scintillant.
   
   - Ce mariage, rétrospectivement, avait été une suite de jeux plus ou moins amers.
   
   - Je suis amoureuse de toi, lui avait-elle simplement dit, et ça commence à faire mal.
   

   Titre original : It's Beginning to Hurt (2009)

critique par Eireann Yvon




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