Lecture / Ecriture
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Les Monades Urbaines de Robert Silverberg

Robert Silverberg
  Les Monades Urbaines
  Né avec les morts
  Le long chemin du retour

Ecrivain américain né en 1935, Robert Silverberg a écrit à ce jour plus de 60 romans publiés sous son nom ou sous plusieurs pseudonymes.

Il a été lu dans le cadre des mois "L'Age d'or de la Science Fiction".

Les Monades Urbaines - Robert Silverberg

2381 : culte de la liberté sexuelle
Note :

   Sur les conseils d’un ami, je me suis replongée dans ce genre de littérature, la SF, ce que je n’avais pas fait depuis bien des années. Ce livre judicieusement sélectionné par ses soins m’a bien réconciliée avec cet univers que j’avais plus ou moins délaissé. J’ai toujours privilégié, pour ce genre de lecture, les sujets abordant une certaine évolution sociologique posant implicitement un questionnement sur notre présent. Avec “les monades urbaines” j’ai été comblée car il est vraiment dans la lignée du livre d’Ira Levin ”un bonheur insoutenable” que j’avais adoré et lu à plusieurs reprises dans les années 75-80.
   
   L’humanité, dans les monades urbaines, s’entasse à la verticale, faute de place, dans des immenses tours de 1000 étages hautes de 3 km. La société dans ces immeubles est rigoureusement hiérarchisée et à chaque étage correspond le rang social de ses habitants. Une doctrine totalitaire la régit : la liberté sexuelle absolue où les promenades nocturnes des hommes sont un devoir sacré de citoyen. Quant aux femmes, elles se doivent d’être avant tout respectueuses des lois, prêtes à tout moment à recevoir leurs visiteurs nocturnes dans le but d’obéir au dogme de la croissance démographique. Tout individu manifestant des pensées impies comme la jalousie, l’ambition, le besoin de solitude ou d’intimité, est considéré comme un “anomo” et bien vite exterminé sans pitié.
   
   Bien sûr, dans cette société de bonheur et de liberté en apparence idéale, s’élèvent quelques timides voix de contestation atteintes semble-t-il par le virus de la désobéissance. Ces “anomos” convaincus de l’esclavage insidieux engendré par ce culte de la liberté absolue, ont soif d’évasion et certains veulent aller voir à quoi ressemblent ces autres sociétés parallèles au-delà des monades que sont les communes agricoles aux coutumes sauvages et barbares dignes de la civilisation du XXe siècle… Utopie ?
   
   Ce livre a été écrit dans les années 70 et semble s’appuyer sur le plein essor de la liberté sexuelle, les communautés hippies, les mouvements féministes de l’époque. Il est ainsi une projection possible et déviante de ces courants de pensées.
   
   Un livre très bien écrit, captivant car l’intrigue gonfle de chapitres en chapitres jusqu’à placer le lecteur dans une forme de malaise sociologique.
   
   Merci à mon conseilleur pour ce livre.
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critique par Véro




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Un pilier !
Note :

   J'ai tout entendu sur "Les monades urbaines": fabuleux, percutant, emmerdifiant, essentiel, inintéressant... Tout entendu au point de l'acheter et de le laisser traîner approximativement six années sur une PAL* qui n'en demandait pas tant (et encore, ce n'est pas le locataire le plus ancien). Je le regardais du coin de l'oeil, il me regardait du coin de l'oeil, cela aurait pu durer encore longtemps. C'est la résolution de faire baisser ma PAL (oui, elle est remontée aussi sec, c'est même pire, c'est comme les régimes ce truc là, perdez en trois, vous en reprendrez quatre) conjuguée à une grosse semaine de vacances qui a signé son salut.
   
   Bref, revenons à nos moutons. Dans un avenir lointain mais pas si lointain que ça, l'humanité s'est multipliée: 70 milliards d'être humains vivent dans des monades dont ils ne sortent jamais, de gigantesques tours au fonctionnement quasi autarcique, et au sein d'une société équilibrée et juste où toute notion de propriété a disparu et où chacun est à chacun. Plus de jalousie, plus de guerres et de conflits: la vie est sacrée et le bonheur est pour tous... Du moins en apparence.
   
    On se croirait dans une utopie, on est dans une dystopie. Qu'est-ce qu'une monade: une gigantesque ruche au fonctionnement parfaitement rodé, une organisation sociale et politique que l'on va découvrir petit à petit à travers le destin de quelques habitants de la monade 116, citoyens parfaits ou déviants: celui qui veut sortir et voir la mer, celui qui ressent la jalousie, le jeune prodige ambitieux qui brûle ses ailes à son rêve, la femme stérile, la jeune femme contrainte à l'exil. Autant de personnalités, de réactions qu'il faut cacher soigneusement pour survivre, ou qui mènent à la folie.
   
   Au commencement est l'idée d'une société idéale fondée sur la croissance démographique et une liberté sexuelle perçue comme entière, une société où chacun trouve sa place. A la fin est une société totalitaire dont les contraintes sont totalement intégrées par ceux qui la constituent: un système qui régit tous les aspects de la vie et de la pensée, où l'individu s'efface au profit de la communauté, où tout ce qui est différent est éliminé ou rééduqué. Tout l'art de Robert Silverberg est d'introduire par petites touches le malaise dans sa description de la société monadiale. Il démonte petit à petit les rouages sociaux de la monade: la hiérarchie sociale voilée, la ségrégation comme règle non écrite (on ne fraye pas avec les étages inférieurs, et on ne se risque guère dans les étages supérieurs), la quasi impossibilité de refuser une relation sexuelle, le rejet des sentiments et émotions, la distribution de drogues et de psychotropes "étatisée"...
   
    Une monade est un monde clos sur lui-même: impossible d'en sortir, impossible d'y revenir: une expérience de laboratoire dont Silveberg pousse la logique à l'extrême. C'est de la SF, mais c'est aussi de la sociologie, de la science politique, une réflexion sur la liberté, la vie en société, et une intrigue passionnante.
   
    Certes, le roman est clairement daté des années 70, mais bien des choses restent valables et essentielles. Un indispensable.
   
   
   * Pile A Lire

critique par Chiffonnette




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