Lecture / Ecriture
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L'Invention de Paris de Eric Hazan

Eric Hazan
  L'Invention de Paris

L'Invention de Paris - Eric Hazan

Histoire, géographie, littérature, visite guidée
Note :

                          La visite guidée proposée par Eric Hazan est placée sous le signe de l'histoire. Partant du centre historique donc, l'auteur élargit peu à peu son sujet d'étude au fur et à mesure de l'extension de la ville. Une extension dont la forme, "par strates successives, denses et concentriques", est due aux six enceintes qui se sont succédé en huit siècles, de la muraille de Philippe Auguste au boulevard périphérique. La promenade est instructive, c'est le moins que l'on puisse dire, tant le travail est dense et riche en références. Hazan fait appel à des documents (plans, rapports officiels), aux portraitistes de Paris, Louis Sébastien Mercier en tête, et aussi à la littérature plus générale avec Balzac en figure de proue. Procédant méthodiquement, quartier par quartier, Eric Hazan donne le goût de la promenade, de la recherche des lieux perdus et des traces du passé.
   
   Ce pourrait être un livre à lire debout, sur le pavé, un livre déambulatoire si l'éditeur avait simplement pensé à le doter d'un index, un outil tellement facile à réaliser de nos jours qu'on a du mal à expliquer son absence.
   
   Ce pourrait donc être un livre frustrant mais heureusement, il ne s'arrête pas là, ce qui n'est guère surprenant si l'on connaît Hazan, ce qu'il écrit par ailleurs et surtout ce qu'il édite. La deuxième partie s'intitule "Paris rouge" et donne un tour nettement plus politique à l'ouvrage. C'est l'histoire du Paris insurrectionnel qui est alors relatée avec de longs et passionnants récits des barricades de 1830, 1848 et des journées de décembre 1851. La Commune est également évoquée mais pas en détail, peut-être parce qu'elle a déjà donné lieu à pas mal d'écrits ou parce que réservée à un ouvrage ultérieur. On croise alors les personnages fascinants de l'époque, Barbès, Blanqui, Delescluzes et ce Baudin dont il faudra bien parler un jour après avoir lu le livre qu'Alain Garrigou vient de lui consacrer. La littérature est aussi présente dans cette partie, plus nettement engagée que la première: pour Hazan, c'est Hugo plutôt que Flaubert, Baudelaire plutôt que Lamartine.
   
   La fin est ouverte: l'expansion de Paris n'est pas finie, la barrière du périphérique craquera comme ses devancières et les rues pourraient bien de nouveau s'animer: "Ceux qui pensent qu'à Paris la partie est finie, ceux qui affirment n'avoir jamais vu d'explosion dans un musée, ceux qui chaque jour travaillent à ravaler la façade de la vieille caserne républicaine devraient réfléchir aux variations de cette grandeur qui n'a cessé, au fil des siècles, de surprendre tous leurs prédécesseurs: la force de rupture de Paris."

critique par P.Didion




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