Lecture / Ecriture
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Le long séjour de Régine Detambel

Régine Detambel
  Le long séjour
  Album
  Pandémonium
  L'écrivaillon Ou L'enfance de l'écriture
  Mésanges
  Petit éloge de la peau
  Sur l’aile
  50 histoires fraîches
  Son corps extrême
  Noces de chêne
  Opéra sérieux

Vous trouverez sur ce site une interview de cet auteur dans la rubrique "Rencontres" et des Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le long séjour - Régine Detambel

L'usure
Note :

   Ce roman vous attaque d’un coup, sans introduction. Vous lisez les premiers mots et déjà, vous êtes en pleine situation. Vous avez franchi sans le savoir cette cloison invisible qui séparait votre monde de celui du livre. On ne vous a pas prévenu, on ne vous a pas demandé votre avis. Vous avez posé les yeux sur les premières lignes. Vous êtes entré. Vous y êtes.
   Où ? Dans une maison de retraite, à «L’âge d’or». Joli nom. Certains pensionnaires, incapables de toute façon de trouver l’énergie de visiter, de comparer etc. l’ont choisie pour ce nom. Vous les comprenez. L’âge d’or, ultime mensonge. L’âge dort.
   Une maison de retraite somme toute très convenable d’ailleurs avec, d’une part des «filles en bleu» dont on saisit parfois vivement des éclats de vraie vie, et d’autre part trois pensionnaires. Un homme, une femme, un ni homme-ni femme. Une caméra les scrute tout au long d’une journée, dans chacun de leurs gestes et de leurs routines, rien ne lui échappe. Sauf qu’elle ne voit pas seulement ce qu’ils font, elle voit aussi ce qu’ils pensent et sauf encore que ce n’est pas une caméra, c’est Régine Detambel.
   Elle nous dit, sans explication, ni commentaire. Elle relate. Dans un style qui parvient à reprendre ce qu’on imagine être le cheminement mental de ces trois personnages bien distincts et on croit, on sait, que c’est exactement comme cela.
   Ce n’est pas une maison de retraite honteuse. Les pensionnaires n’y sont pas volontairement maltraités ou négligés. N’allez pas imaginer des comptes rendus affreux, des atrocités sadiques. Les amateurs de scandales seront déçus.
   Il y a atrocité, pourtant, et il y a scandale, mais ils s’appellent « vieillesse », ruine, usure inexorable et décrépitude, et nous serons peut-être demain un de ces trois personnages (ou peut-être connaîtrons nous pire encore). Ne dites pas «Pas moi !». C’est ridicule. Combien parmi eux avaient prévu de longue date leur présence en ce lieu ? Bien peu. Combien avaient dit «Pas moi !» ? Bien davantage. Et puis, comme les vêtements feutrés, c’est doux aussi.
   
   Quand elle a écrit ce livre, l’auteur avait 27 ans. Elle venait de travailler comme kiné dans une maison de retraite. Elle dit elle-même qu’à la suite de cette expérience, elle était « totalement habitée par la vieillesse et par la façon dont on la traite et dont on la subit ».
   Mon sentiment de lectrice est que, s’il n’y a pas maltraitance, il y a tout de même bien une vraie négligence de l’humain, un manque d’amour. Inévitable ? Peut-être. Peut-être même cette négligence de l’humain et ce manque d’amour nous sont-ils imposés depuis bien avant la vieillesse.
   De ce livre, Régine Detambel dit : ‘C’est ainsi que j’ai eu vraiment l’impression de pénétrer dans mon écriture. Par les corps aimant, souffrant et vieillissant, et jouissant et mourant. C’est la vie ». C’est par ce livre que moi, j’ai découvert ce qu’écrivait Régine Detambel et j’en suis impressionnée. Dès que je le peux, je poursuis la découverte de cet écrivain, parce que, si elle écrivait cela à 27 ans…

critique par Sibylline




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