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Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5 de Philip Kerr

Philip Kerr
  L'été de cristal - Trilogie berlinoise - 1
  La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2
  Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3
  La Mort, entre autres - Trilogie berlinoise - 4?
  Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5
  Hôtel Adlon - Suite Trilogie berlinoise - 6
  Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7
  Prague fatale - Suite Trilogie berlinoise - 8

Philip Kerr est un auteur britannique né en 1956 et mort d'un cancer en 2018.

Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5 - Philip Kerr

Et 5!
Note :

   Les trois romans qui composent «La trilogie berlinois », polars écrits par le talentueux Philip Kerr, nous invitaient à suivre les enquêtes de Bernhard Gunther, détective privé, dans l'Allemagne des années 30 et 40.
   On y découvrait un Bernhard Gunther, personnage cynique et obstiné, tentant de résoudre nombre d'affaires criminelles alors qu'autour de lui le nazisme étend sa sinistre mainmise sur l'Allemagne puis sur l'Europe, avant de s'effondrer suite à l'offensive des forces alliées.
    Le quatrième opus «La mort, entre autres» voyait Bernhard «Bernie» Gunther contraint de fuir clandestinement l'Allemagne vers l'Argentine, suivant la filière des criminels de guerre nazis ayant échappé aux arrestations et au procès de Nuremberg.
   C'est donc en Argentine que débute le cinquième volet des aventures de Bernie Gunther, dans cette dictature sud-américaine qui servira longtemps de sanctuaire aux nazis de tout poil, accueillis avec la bénédiction d'un Juan Perón qui n'a jamais caché sa sympathie envers les régimes fascistes de la vieille Europe.
   
   C'est donc sous l'identité d'un criminel de guerre nazi que Bernhard Gunther débarque à Buenos Aires en 1950 après avoir traversé l'Atlantique en compagnie d'un certain Adolf Eichmann.
   Très rapidement, Gunther, reçu par Juan Perón lui-même, va jouer son va-tout en révélant sa véritable identité, celle d'un détective privé, ancien policier de la Kripo (Kriminalpolizei) dans les années 30. Son aveu va attirer l'attention du colonel Montalbán, un responsable de la police, qui va lui proposer de travailler avec lui afin de résoudre une affaire de meurtre. Une jeune fille a en effet été retrouvée quelques jours plus tôt, assassinée et éviscérée. Curieusement, ce meurtre rappelle à Gunther une affaire similaire sur laquelle il avait enquêté sans succès dans le Berlin des années 30.
   L'auteur de ces meurtres qui lui avait échappé quelques vingt ans plus tôt a-t-il survécu à la guerre et réussi à trouver refuge, tout comme lui, en Argentine? Est-ce l'œuvre d'un tueur en série? D'un ancien tortionnaire nazi en mal d'atrocités? À partir de ce moment, le roman va se scinder en deux époques, alternant entre celle où il mène l'enquête à Buenos Aires et celle qui se déroula à Berlin dans les années 30.
   
   On suivra ainsi Gunther dans les cabarets louches de Berlin, aux toutes dernières heures de la république de Weimar, pour le voir ensuite enquêter dans l'Argentine des années 50, recensant patiemment tous les anciens nazis susceptibles d'avoir commis de pareilles atrocités. Son chemin croisera même celui du sinistre docteur Mengele, «l'ange de la mort» d'Auschwitz.
   
   Parallèlement à cette affaire, Gunther va être contacté par une jeune femme d'origine juive dont l'oncle et la tante ont mystérieusement disparu.
   Mener ces deux enquêtes de front ne va pas être de tout repos et une fois de plus Gunther va apprendre à ses dépens qu'il vaut mieux parfois ne pas mettre son nez n'importe où, surtout quand ce n'importe où voisine dangereusement avec le pouvoir en place, que ce soit dans l'Allemagne nazie ou dans l'Argentine du Péronisme.
   
   Avec ce cinquième opus, Philip Kerr nous livre une fois de plus un récit palpitant, passionnant de bout en bout. On y retrouve avec plaisir un Bernhard Gunther au mieux de sa forme, un privé dont le cynisme et la gouaille apportent une certaine fraîcheur dans cette période particulièrement sinistre de l'Histoire. 
   La prose de Philip Kerr, qui nous relate ces récits par la bouche même de Gunther nous offre ainsi de savoureux moments qui tranchent avec l'atmosphère souvent oppressante du contexte historique. Les dialogues, ainsi que la description de certains personnages sont souvent d'une truculente drôlerie. En voici pour preuve un court extrait dans lequel Gunther fait son entrée dans un commissariat de Munich en 1932:
   « Le sergent de permanence était aussi gros qu'un boulet de démolition et tout aussi serviable. Il avait le crâne chauve et une moustache gominée semblable à un petit aigle allemand. Chaque fois qu'il faisait un geste, sa ceinture en cuir grinçait contre son ventre tel un navire tirant sur ses amarres. De temps à autre, il portait sa main à sa bouche et rotait. On pouvait sentir son petit déjeuner depuis la porte d'entrée.»

   
   On rit beaucoup donc, on tremble aussi tant Gunther met d'application et de talent à se retrouver dans d'inextricables guêpiers. Mais surtout on apprend énormément de choses sur certains pans occultés de l'Histoire comme l'implication du Vatican dans l'évasion des criminels de guerre nazis, l'utilisation des connaissances de ceux-ci après-guerre par des grandes puissances comme les États-Unis, ou encore les pratiques scandaleuses de certaines firmes pharmaceutiques (déjà!) avant, pendant et après la seconde guerre mondiale.
   
   Avec «Une douce flamme», Philip Kerr nous offre une fois de plus un polar de haute volée, remarquablement documenté, et dont le personnage principal doté d'un indéniable charisme séduira nombre de lecteurs. Un véritable coup de cœur en ce qui me concerne.        
   
   
   L'été de cristal - Trilogie berlinoise - 1
   La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2
   Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3
   La Mort, entre autres - Suite Trilogie berlinoise - 4
   Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5

   Hôtel Adlon - Suite Trilogie berlinoise - 6
   Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7
   Prague Fatale - Suite Trilogie berlinoise - 8
   Les Ombres de Katyn - Suite Trilogie berlinoise - 9
   La Dame de Zagreb - Suite Trilogie berlinoise - 10
   Les Pièges de l'exil - Suite Trilogie berlinoise - 11
   Bleu de Prusse, Seuil - - Suite Trilogie berlinoise - 12
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critique par Le Bibliomane




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Trilogie plus deux
Note :

   Titre original: A Quiet Flame
   
   Où l'on retrouve Bernie Gunther, héros de la "Trilogie berlinoise" et de "La mort, entre autres" à Buenos Aires en 1950. Après avoir décrit dans ses trois premiers livres la montée du nazisme en Allemagne, Philip Kerr s'attache désormais à ses suites. Nombre de tortionnaires du régime ont trouvé refuge en Argentine et Gunther recherche parmi ceux-ci un tueur de jeunes filles susceptible d'avoir exercé ses talents des deux côtés de l'Atlantique.
   
   On a rapproché, ici même, le travail de reconstitution historique de Philip Kerr sur l'Allemagne nazie de celui de Stuart Kaminsky sur le Hollywood des années 40. En fait les enjeux sont un peu différents d'un auteur à l'autre. Se coltiner, comme le fait Toby Peters, avec Judy Garland ou Clark Gable n'est pas tout à fait la même chose que croiser sur sa route des gens comme Adolf Eichmann, Josef Mengele ou le couple Peron qui logent dans ce livre. Les intrigues ne sont pas non plus à la même échelle: là où Peters met fin aux agissements de quelques méchants qui hantent le milieu du cinéma, Bernie Gunther découvre les restes d'un camp d'extermination en pleine pampa argentine. Par ailleurs, Toby Peters, privé ordinaire, n'a pas le même vécu que Gunther qui a fait partie de la SS et qui, pour cette raison, rend le travail de Kerr particulièrement délicat: comment en effet parvenir - et il y parvient - à rendre sympathique aux yeux du lecteur un personnage possédant un tel passé? Là où les deux auteurs se rejoignent, c'est dans la minutie du travail de reconstitution, et surtout dans la manière de raconter leurs histoires, leur écriture pleine de trouvailles, d'expressions et d'images qui font mouche à chaque fois. Le plaisir de lecture est équivalent d'un auteur à l'autre mais, encore une fois, Philip Kerr présente dans ses romans des enjeux d'une taille autre que ceux de son collègue.
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critique par P.Didion




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Accueillante Amérique latine
Note :

   J'ai retrouvé avec un très grand plaisir Bernie Gunther dans ce cinquième volet qui nous emmène en Argentine. Comme toujours avec Philipp Kerr, je croyais savoir déjà un bon nombre de faits sur les dessous de l'Histoire liée à l'Allemagne nazie, mais j'apprends encore des choses peu reluisantes sur cette époque pas si lointaine.
   
   Que dire après une telle lecture?
   
   Un petit résumé d'abord. A la fin du précédent roman, "La mort entre autres", Bernie s'apprête à s'embarquer pour l'Amérique du sud en compagnie de gens peu recommandables. Nous sommes au début des années 50 et l'Argentine accueille à bras ouverts les anciens Nazis. Le couple Peron n'a rien à envier à certains dignitaires du régime nazi, et le lecteur comprendra vite pourquoi Juan Peron est très intéressé par la nouvelle identité de Gunther qui se fait passer pour un médecin.
   Mais notre cynique policier, rattrapé par sa réputation d'excellent enquêteur, est "recruté" par un haut gradé qui doit résoudre un cas un peu embarrassant, présentant quelques ressemblances avec une affaire traitée par Bernie en 1932 à Berlin et jamais résolue. On suit donc une double enquête, dont les liens finiront par paraître évidents.
   
   Plongeant dans le passé de Bernie Gunther et de Berlin tout en éclairant ses lecteurs sur les liens entre l'Argentine et les ex-Nazis, Philip Kerr nous offre une fois de plus une fascinante reconstitution historique de cette période charnière. L'écrivain sait maintenir l'intérêt en multipliant les révélations, en éclairant les dessous de l'Histoire, jamais reluisants, et en amenant sans cesse le lecteur à s'interroger sur les mécanismes qui ont favorisé l'émergence de cette monstruosité qu'est le nazisme, et l'ont maintenu. Comme Bernie Gunther, on ressort estomaqué et écœuré d'une telle aventure. D'un continent à l'autre, la noirceur et l'horreur ne changent guère de visage et l'on ne peut que redoubler de sympathie pour notre détective, empêtré dans les fils de cette gigantesque toile, perdant peu à peu amis, collègues, amour, n'ayant plus foi en l'humanité.
   
   La traduction est excellente, comme d'habitude, et un sixième volume a déjà été traduit, "Hôtel Adlon". Inutile de dire que je serai au rendez-vous!
   
   
   PS : Depuis Hôtel Adlon, Kerr a écrit deux autres volumes : Field grey et Prague fatale.

critique par Folfaerie




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