Lecture / Ecriture
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Le Diable danse à Bleeding Heart Square de Andrew Taylor

Andrew Taylor
  Le Diable danse à Bleeding Heart Square

Andrew Taylor est un écrivain britannique né en 1951.

Le Diable danse à Bleeding Heart Square - Andrew Taylor

Bloody hell !
Note :

   Aujourd'hui je vous emmène avec moi dans les années 1930 à Londres près de Holborn, dans une pension qu'il ne fait pas bon fréquenter. Suivons pour commencer Lydia Langstone qui vient de quitter le domicile conjugal après avoir été frappée par son époux Marcus, séduisant (chouette) mais sinistre individu (dommage) sur le point de rejoindre le parti fasciste britannique (no comment).
   
   N'ayant que peu d'endroits où se rendre, elle emménage avec un père qu'elle ne connaît pratiquement pas, sa mère s'étant remariée avec un aristocrate peu de temps après sa naissance. Habituée à une maison des beaux quartiers un poil lugubre mais toujours entretenue par une armée de serviteurs, Lydia découvre un logement assez sordide, exigu, froid et peu commode, ainsi qu'un père qui prétexte des rendez-vous importants pour se rendre en urgence au pub d'en face où il passe ses journées à se saouler. Bientôt elle fait la connaissance d'un nouvel habitant qui lui fait des révélations troublantes sur le propriétaire: il aurait séduit Miss Penhow, une vieille fille de dix ans son aînée. Puis celle-ci aurait mystérieusement disparu, faisant du séducteur le nouvel heureux propriétaire du petit immeuble de Bleeding Heart Square.
   
   Si ce roman historique vise à faire le jour sur cette mystérieuse affaire, il s'inscrit aussi dans une période intéressante et bien trouble de l'histoire: l'entre-deux-guerres avec la montée du fascisme en Europe et l'essor de l'Union britannique des fascistes. Se pose aussi la question de l'émancipation des femmes, avec Lydia qui décide de quitter son mari dès qu'il se montre brutal et fait preuve d'une grande volonté en acceptant un travail inintéressant et mal payé ainsi que des conditions de vie bien plus précaires que celles auxquelles elle était habituée. Un profil de femme volontaire et courageuse, qui a d'ailleurs pour livre de chevet "Une Chambre à soi" de Virginia Woolf (que j'aurais dû chroniquer il y a des mois)! Même si, il faut bien l'avouer, elle ne lit pas bien vite ce court essai qui la suivra tout au long du roman!
   
   "Le Diable danse à Bleeding Heart Square" reste avant tout un bon gros roman à suspense, parfait pour se détendre et se changer les idées le temps d'une lecture qui vous absorbera sans doute entièrement. Un plaisir britannique à souhait dont on ne devrait pas se priver (et un livre qui m'a été bien utile lors du dernier dimanche pluvieux!). Attention: vous risquez d'oublier l'heure et de passer une nuit très courte en arrivant à la fin!
    ↓

critique par Lou




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Suspens à l'ancienne
Note :

   Quand Lydia Langstone quitte son mari et sa confortable demeure, son seul abri est la pension de famille modeste où habite un père qu'elle n'a jamais connu et où se croisent des locataires pour le moins étranges, quand ils ne sont pas purement et simplement inquiétants. Pourtant, tout vaut mieux que les coups, même s'il faut trouver du travail, même s'il faut se passer de domestique et affronter les mystères que cache la disparition de la propriétaire de la pension, miss Penhow.
   
   Je ne lis guère de littérature policière, mais que voulez-vous, d'abominables tentatrices sont passées par là et ma légendaire faiblesse étant ce qu'elle est, j'ai d'autant moins résisté à l'attrait de ce gros roman que la quatrième de couverture cite Jonathan Coe et dame Agatha. Deux excellentes raisons de lire ce roman "terriblement britannique" qui se révèle effectivement prenant avec son atmosphère brumeuse où l'on devine au détour des escaliers de la pension ou des recoins de Bleeding Heart Square de sombres secrets, des liens occultes et des violences soigneusement masquées par le tissu épais des convenances.
   
   Petit à petit, les relations entre les personnages se dévoilent, tissant la trame d'une intrigue qui rappelle effectivement celles qu'offrait à ses lecteurs Agatha Christie y compris le twist final qui fait tourner en bourrique le lecteur mais avec un petit arrière-goût de detective story des années 50 sans le détective revenu de tout mais avec le journaliste fouineur et la "femme fatale".
   
   L'intrigue, sans être débordante d'originalité, est bien construite, alimentée par des aspects sociaux et politiques qui rappellent la réalité des années 1930 avec le chômage et la montée du fascisme. Elle n'édulcore pas pour autant le poids persistant des convenances dans la haute société et les drames et trahisons qui s'y déroulent, presque imperceptibles pour qui ne fait pas partie de ce monde. L'ambiance se fait souvent oppressante, de plus en plus lourde au fil des révélations, des secrets mis au jour, et de l'histoire de miss Penhaw qu'on devine, puis découvre tragique à travers son journal intime, chronique d'espoirs déçus et d'une lente descente aux enfers qui n'a rien à envier à ce que subissent ou ont subis ceux qui cherchent à comprendre ce qui lui est arrivé et se retrouvent pris dans les rets d'une violence protéiforme qu'ils combattent chacun à leur manière ou à laquelle ils cèdent.
   
   Une franche réussite donc!
   ↓

critique par Chiffonnette




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Pas inoubliable
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "1934. Londres. Lydia Langstone fuit la haute société anglaise et un mari violent pour trouver refuge dans une petite pension de famille sise Bleeding Heart Square. Privée des privilèges que lui conférait son statut social, elle tente de renouer avec une vie plus modeste, plus indépendante aussi. Mais très vite Lydia se trouve confrontée à d'étranges événements. Qui est cet homme qui semble surveiller nuit et jour les allées et venues de la maison? Qu'est devenue Miss Penhow, l'ancienne propriétaire de la pension, mystérieusement disparue? Enfin, qui envoie des morceaux de cœur en décomposition à Joseph Serridge, le dernier pensionnaire à avoir vu Miss Penhow vivante? Selon la légende londonienne, le diable danse à Bleeding Heart Square, cette fois, il serait plutôt tapi dans l'ombre, en silence, attendant son heure. "

   
   
   Commentaire

   
   Presque tout de suite en sortant de ma panne de lecture, j'ai pioché ce roman dans ma pile. J'avais lu plusieurs bonnes critiques et tout le monde semblait avoir beaucoup aimé. Quoi de mieux qu'un bon roman d'atmosphère avec une certaine dose de mystère pour m'intéresser, n'est-ce pas?
   
   Finalement, j'ai bien aimé mais je suis quand même moins enthousiaste que la plupart des lecteurs. J'ai lu le roman en une journée parce que les pages se tournent toutes seules et que c'est très facile à lire. Je dois toutefois avouer que l'intrigue ne m'a pas marquée plus que ça.
   
   Andrew Taylor réussit à recréer une atmosphère des années 30 très efficace et l'époque est bien rendue. Nous sommes entre deux guerres, Lydia Langstone, le personnage principal, fait partie de la bourgeoisie et elle choisit de se libérer du carcan qui la retenait auprès d'un mari violent. Elle passe donc d'une vie facile où tout lui est offert sur un plateau d'argent à un édifice lugubre de Bleeding Heart Square, lieu lugubre aux multiples légendes, où elle rejoint son père naturel qu'elle n'a jamais vraiment connu. C'est tout un autre pendant de la vie londonienne qu'elle découvre, où elle doit tout faire elle-même et où les sous sont définitivement un problème quotidien. Ce personnage est intéressant parce que même si Lydia est inexpérimentée et qu'elle ne sait pas trop dans quoi elle s'embarque, elle reste intelligente et fonceuse, tout en assumant ses décisions. Disons que les deux milieux sont dépeints de façon pas nécessairement très rose. De plus, nous assistons à la montée du fascisme en Angleterre, avec son antisémitisme et ses beaux discours. J'ai beaucoup aimé que l'intrigue soit ainsi placée dans ce contexte.
   
   De plus, la construction du roman, avec des lettres intercalées et un mystérieux narrateur, est habile et tient en haleine pendant un moment. Toutefois, j'ai trouvé le départ assez lent, avec parfois des longueurs. Si mon intérêt s'est rapidement aiguisé au fil des pages, il reste que les trop nombreuses coïncidences m'ont tout de même ennuyée après un certain temps. Il y a beaucoup de personnages qui semblent, pour une raison ou pour une autre, tous liés par d'anciens événements. Plusieurs mystères à résoudre sont exposés au départ (qu'est-il arrivé à Miss Penhow, qui envoie les cœurs à Serridge) tandis que autres ne surgissent que plus tard.
   
   Je referme donc ce roman avec le sentiment d'avoir passé un bon moment de détente, distrayant et empreint d'une atmosphère désuète, bien dépeinte et fermement plantée dans le contexte social. Mais également avec un sentiment de "trop". De coïncidences, de personnages, de secrets, de manichéisme aussi (certains personnages sont ma foi détestables... quelques uns échappent à la règle, heureusement), ainsi que de méchancetés pour notre héroïne, surtout au début du roman. Je me demande si je me rappellerai l'intrigue dans quelques mois...
   
   J'ai l'air très négative ainsi mais j'ai tout de même passé un bon moment. Juste pas inoubliable, contrairement à plusieurs, plusieurs lecteurs!
   ↓

critique par Karine




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Londres, début des années 30
Note :

   Londres, 1934. Lydia Langstone fuit le confort matériel d'une existence de femme de la bonne société pour se réfugier à Bleeding Heart Square, dans un quartier plus minable, où elle devra travailler pour vivre... "C'était une situation parfaitement absurde, tellement victorienne. Son destin reposait apparemment entre les mains de deux hommes, son mari et son père, un jeune tyran et un vieux pochard." La lecture d'"Une chambre à soi" de Virginia Woolf sera le fil conducteur de l'évolution de Lydia (mais il faut un œil de fan).
   
   La vie n'est pas un long fleuve tranquille à Bleeding heart Square. Qui envoie des morceaux de cœur à Joseph Serridge, accusé et innocenté de la disparition de la propriétaire, Miss Penhow? A l'époque, 1930, ils vivaient maritalement dans une propriété vendue par le père de Lydia, proche de la demeure d'amis de longue date de la famille de Lydia. Bien des coïncidences troublantes, donc. Le policier Narton a-t-il des raisons personnelles pour continuer l'enquête et y entraîner Rory, récemment revenu des Indes et en recherche d'emploi dans une Angleterre en crise? Ajoutons les menées d'un certain parti des fascistes anglais, une vieille légende sur Bleeding Heart Square, des extraits du journal de Miss Penhow, et la tension monte...
   
   Bon, un thriller bien construit, des surprises, cela se dévore en 24 heures chrono. J'ai aimé aussi l'ambiance de Londres au début des années 30, avec les différences de classes sociales finement discernables.
   
   Cependant, comme à mon habitude, je n'aime pas trop qu'on me force la main, ces légendes où le diable danse, ces squelettes d'animaux, ces locataires de Bleeding Heart Square trop liés par des coïncidences, sur la réserve ou trop collants ou menaçants sans utilité réelle , cela me paraît un peu "too much". Même les surprises tombent un peu à plat, c'est agaçant, car cette histoire fonctionne bien malgré des ressorts sans originalité, mais laisse sur sa faim.

critique par Keisha




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